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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 11:06

(suite à l'expo Niki de St Phalle qui vient de fermer ses portes à Paris au grand Palais)

 

Tout d'abord, le prénom me parlait. Ce n'est pas le sien, ce n'est pas le mien, mais durant quelques années, dans des revues poétiques, je signais du même prénom.

 

La comparaison s'arrête là.

C'est une immense artiste

Je n'ai pas été violée, à l'âge de 11 ans, ni à aucun âge, par mon père, ou qui que ce soit d'autre.

Elle si.

J'ai cru longtemps que le nom de St Phalle avait été choisi par elle à cause du drame, pour accuser sa famille. Mais non. Elle n'a rien inventé. Ni le nom, ni la douleur.

Je connaissais de Niki ces immenses NANAS, colorées, dansantes, plantureuses, offertes à la convoitise des hommes qu'un seul de leur pas de géante suffit à écraser. Et puis cette femme gigantesque, dont on explore l'intérieur en entrant par la porte du sexe. "Vous voulez y aller, dit ELLE ( HON en suédois), eh bien allez y , en masse, en famille, en cohorte, mais c'est moi qui décide, où et quand".

J'ai découvert l'autre Niki, la première, adolescente au visage lumineux, qui abandonne le métier de mannequin pour entrer en ART. Art brut au premier abord, entre Dubuffet et Pollock. Mais plus brutal que véritablement brut. Femmes déformées, hérissées de couteaux, de haches, de marteaux, d'avions de chasse ou de bébés démembrés. Sorcières puissantes et torturées. Femmes et bas reliefs habillés de plâtre, dont tous ceux qui ont travaillé ce matériau connaissent la douceur tiède et blanche comme une chair d'enfant.

Alors entre en scène la Niki tueuse. Celle qui vise à la carabine ces coques de plâtre recouvrant des poches de couleur, chaque tir à balles réelles faisant surgir du sang, des larmes, des couleurs éclatantes, des souffrances infinies.

C'est aussi l'époque où la guerre froide et nucléaire est en suspens au dessus de ce monde viril et délirant (Kennedy, Kroutchev et consorts). Monde de patriarches arrogants, de noceurs, de puissants prêts à tout pour être les vainqueurs de leurs déraisonnables raisons.

Ces années que Niki passe à fracasser le carcan des douleurs qui l'assaillent touchent directement au coeur. La femme, l'artiste, la petite fille, dans le corps et la main de Niki, toutes ensemble, racontent l'histoire des femmes.

Aujourd'hui, on en parle deux ou trois fois par an. Les chiffres nous afolent, nous insupportent... et puis ? Pour dire cela, Niki trouve des mots qui ne parlent pas. Femmes immenses pour nommer les millions, et désormais milliards, de femmes, filles, vendues, mutilées, abusées, tabassées, enfermées, violées, manipulées. Les milliards de femmes qui ont PEUR.

Bien sûr, ça ne se dit pas, ou ça ne s'avoue pas, peut être même le plus souvent, ne s'en aperçoit-on pas. Parce qu'après des millénaires, ça finit par être intégré à nos éducations, à nos habitudes, à nos défenses, à notre découragement.

Tout à coup je me souviens d'être rentrée, adolescente, dans les rues sombres d'une banlieue hivernale, avec ma clef dans mon poing serré, pour me défendre, au cas où... Je me souviens qu'il ne fallait pas montrer ses jambes, sourire aux inconnus, pas faire de stop, pas faire ceci, pas faire cela, mais qu'il fallait jauger les prédateurs. Encore ne vivais-je pas dans une zone où si tu mets une jupe, tu es une "pute", dans une zone de guerre où l'on te viole, légalement ou non, dans n'importe quelle zone, où l'on t'excise, où l'on te voile, où l'on te fouette, où l'on te vend. C'était comme si, dans les paroles dont nous nous moquions, nos mères disaient les douleurs, et les sagesses des femmes qui portent toutes, sans le savoir, une cible sur le bas ventre. Cible virtuelle que Niki matérialise dans ses oeuvres.

Certains diront que si Niki n'avait pas souffert, elle ne serait pas devenue cette immense artiste. Vraiment ? n'y a-t-il place nulle part pour un Art apaisé, pour la beauté quotidienne, pour l'harmonie des humains et de la nature, débarrassés de la suffisance, de l'hyper- virilité, et qui redevienne l'écho constant de la création et du vivant ? En réponse Niki écrit sur le mur de ses créations, cette phrase pour imaginer un monde neuf, voué à la vie, et au bonheur :" nous avons bien le Black power, pourquoi pas le Nana power ? Le communisme et le capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d'une nouvelle société matriarcale "

Je voudrais dre avec Niki qu'il faudrait, oui, réinventer le matriarcat. Pour voir. Non que les femmes soient meilleures, ou que le mal soit toujours du coté des mâles. Il y a des femmes bourreaux et des hommes gentils. Mais on rêverait d'essayer un monde différent, sur deux trois générations, oui, juste pour essayer, une architecture de femmes, une culture de femmes, une école de femmes, une industrie de femmes, qui ne se soumettraient plus à la loi millénaire, mais se mettraient à Inventer ! à vouloir tout, comme le dit Niki : l'indépendance et la beauté... et que les mecs restent à l'écart, en oubliant la puissance et la gloire.

Mais le fusil, dans les mains de Niki, me fait aussi penser que ce que dit l'artiste n'est pas dépourvu de vengeance. Elle dit peut être, Niki : "si nous avions le pouvoir, nous n'en userions pas pour la soumission de l'autre, pour l'enfermement de l'autre, pour l'asservissement de l'autre. Juste une chose. Si tu tires un coup sans demander, moi aussi je tire un coup. Et je ne te raterai pas."

Celle, donc, que papa Freud appellerait la castratrice. Sauf que Sigmund, en homme sûr de son sexe qu'il était, n'a rien compris. Aucune petite fille ne rêve d'avoir le robinet de son petit frère, aucune jeune fille n'a envie, à première vue, du sexe de l'homme au bas de son propre ventre (je me souviens de la première fois où j'ai vu un sexe en érection, celui d'un vieil exhibitionniste dans une allée du jardin des plantes. Pas de quoi faire rêver). Si castratrices nous sommes, fûmes, et rêvons d'être parfois, c'est comme d'un antidote au seul droit de n'être QUE femme, antidote au risque, à la négation et à la peur.

Cependant, Niki n'a pas tiré sur son violeur. Elle a re-créé le monde autour d'elle, du gris vers la couleur, de la hache vers le jardin des délices, du couteau vers la fontaine de vie, de la tragédie vers la beauté. Femme, elle a surmonté son destin pathétique, pour partager avec nous les plus belles, les plus pacifiques images au nom de la Vérité. De la Création. De l'Art.

Ce qu'une femme peut faire, faisons le toutes, nous qui disons NON à l'oppression, en voulant , cette fois, qu'on nous entende vraiment. Re-créons le monde à notre image!

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publié par dominique dieterlé - dans chroniques
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commentaires

marie aline 12/02/2015 01:12

Je suis d'accord pour Ce qu'une femme peut faire, faisons le toutes, nous qui disons NON à l'oppression, en voulant , cette fois, qu'on nous entende vraiment. Re-créons le monde à notre image!
J'ai vu l'exposition aussi.

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