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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 15:39

Je commencerai par trois citations des dernières femmes qui ont eu le Nobel de la Paix

Malala Yousafzai (Pakistan) 2014

"Les talibans sont contre l’instruction parce qu’ils pensent que lorsqu’un enfant lit un livre, apprend l’anglais ou étudie la science, il s’occidentalise. Mais moi, je dis : « L’instruction, c’est l’instruction. Nous devons tout apprendre et choisir ensuite quelle voie nous suivons. » L’instruction n’appartient ni à l’Occident ni à l’Orient, elle appartient à l’humanité."

et encore ceci :

"Pourquoi les pays qu'on dit puissants sont-ils si forts à provoquer des guerres, mais si faibles pur apporter la paix ? pourquoi donner des armes est-il si facile quand donner des livres est si difficile? pourquoi est-il facile de construire des chars mais si difficile de construire des écoles ?"

Leymah Gbowee (Liberia) 2011

"Dans le récit traditionnel des histoires de guerre, les femmes sont toujours à l'arrière-plan. Nos souffrances ne sont qu'un à-côté du récit principal. Quand on nous montre c'est par « intérêt humanitaire ». Nous autres, Africaines, sommes le plus souvent marginalisées et dépeintes comme des victimes pathétiques à l'expression hagarde, aux vêtements déchirés, aux seins tombants. Telle est l'image à laquelle le monde est habitué, l'image qui se vend. (…) nos histoires sont rarement contées. Je veux que vous entendiez la mienne"

j'ajouterai mon humble contribution par ce texte écrit pour le dimanche 8 mars à Concarneau

"Tout d'abord, dit-elle,
au premier jour, j'étais penchée vers le berceau, vers la terre, vers le fleuve, et mes mains dans la terre semaient les racines et les mots de la civilisation
je ne regardais ni vers le ciel, ni vers un autre territoire, ni vers l'au-delà des océans.

Je façonnais la glaise pour en faire des pots remplis d'espérance, des boites de Pandore bien closes. Je nourrissais, j'abritais, et la tâche infinie s'étirait de jour en jour, de proche en proche.

Mais le pouvoir d'enfanter, de nourrir, de pacifier le monde m'a éloignée des conquérants.
Alors, dit-elle, ils m'ont maudite, enfermée, humiliée, violentée et ils m'ont dit :
tu es l'indienne, la sorcière, la voilée, l'enfant captive, l'esclave soumise, la marchandise
tu es la palestinienne, l'aborigène, la brûlée vive, la mal mariée, la Vénus hottentot, la noyée,

la putain
tu es la femme
et tu ne sais rien de la gloire, du pouvoir et de la guerre


et puis un autre jour, dit-elle, ils sont allée plus loin encore :
car de mon village au premier printemps, de la rivière chargée de fleurs, du feu et des étoiles, de la poussière des routes et des saisons de pluies, de tous les villages où mon père s'est chargé de mots et d'odeurs, du monde à explorer, de la douceur des nuits, de la caresse des hommes, de la colère portée par les vents du changements, du sommet de la montagne au delà des prairies, de la poitrine de ma mère où je voulais dormir
je ne connaissais rien
je suis l'arrêtée, la mort née, la triée entre toutes les espérances
je suis la fille qui n'est pas née
nous sommes les milles voix de nos villages désertés où les hommes creusent en vain le lit de leurs désirs inassouvis et de leur fierté imbécile
je suis la fille pas née, l'évitée, celle qu'on a jeté aux chiens, celle qu'on a enfermée vivante au profond de la terre, celle qu'on a offerte au bûcher des traditions
parce que la fille est celle qu'on achète et qu'on vend, qu'on dote pour la marier, parce que la fille ne sert à rien, qu'à ruiner ses parents
je savais que la joie n'était pas faite pour moi, peut être la douleur, sûrement la soumission, alors, ai-je échappé au pire ? Moi la pas-née, pas choisie, rejetée, moi fille de toutes les malédictions, de toutes les sélections, au souffle interrompu avant son premier cri !

Mais aujourd'hui, peut être comme toutes celles ci

elle - ne dit plus rien
elle se lève, elle se tient debout, elle marche, elle regarde au loin, non pas vers la conquête, mais vers la paix
elle voit toutes les femmes, les pionnières, les semeuses, les volontaires

alors c'est son corps, son regard, sa force qui disent non


et ce sont nos regards, notre force et notre nombre qui maintenant façonnent la paix, qui allument l'espoir, et lèvent ces arcs de résistance

sur une terre qui se trouve enfin désaltérée, réhabilitée, pacifiée.

♦  8 mars : la Paix des femmes♦  8 mars : la Paix des femmes

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publié par dominique dieterlé - dans chroniques
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