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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 14:38

Que dire d'une vie d'artiste - qui n'était pas gagnée d'avance - sans fortune, sans notoriété, mais surtout sans contrainte ni amertume?

Par le seul plaisir d'avoir mis, longtemps après, un qualificatif à son nom propre - qui n'était pas si propre - et de situer sa véridique histoire dans un choix sous-terrain, inavoué, à peine tracé, finissant toutefois par faire un vrai chemin de lacets, un passage visible sur la carte du ciel, d'où je regarde les méandres qui parviennent à charrier un peu d'eau claire, un peu d'eau courante, un peu de sens à la terre assoiffée.

Longtemps j'ai évité de dire le mot, de peur qu'il ne s'échappe. Longtemps j'ai couru dans le sable (où l'on court si mal) pour m'éloigner de l'entrainement du fleuve. Longtemps j'ai hésité, j'ai suivi, nez au vent, des hommes qui passaient, des signes informes, des appels incompréhensibles.

Mais un jour, tout est là, dans la ferveur minuscule d'une scène, d'un chant comme étourdi, d'un collage exposé, explosé. Un crépitement de mots et de rires qui établissent et justifient ce qui n'en avait pas besoin, croyait-on.

Les mots, tout d'abord, quand l'écriture manquait encore, quand le tracé pataud me rangeait au coté des malhabiles, tandis que sur un théâtre d'école primaire, je ne connaissais pas la peur de "produire", de "me produire", et d'ânonner ces premiers mots qui n'étaient pas les miens.

Adolescence : tout ensemble se présentent le mot poétique, le chant, le tracé heureux d'une main maîtrisée. Baudelaire - premier éblouissement, cartographies à l'encre de Chine, broderies de classe, théâtre, chorale, atelier: irruption bien heureuse d'un possible qui me lavait de la médiocrité d'une vie maigre et chaotique que personne ne pouvait m'envier.

Mais au tournant des choix d'avenir, je ne sus pas dire, je ne sus pas faire, ni prévoir, ni imaginer, ni anticiper. Il fallut n'être que là, n'être que moi, et occuper mes mains de plumes, de traits, de reliefs qui semblaient un divertissement de l'essentiel, où, comme toujours, l'essentiel manquait. Ce fut donc le jeu, un peu vain, le plus souvent caché, d'une vie rêvée, par une autre que moi, qui s'écrivait avec des mots plus forts, moins honteux d'eux mêmes.

Un jour, le théâtre m'a choisi, où je lançais quelques espérances, quelques conjectures, quelques apprentissages, avec un temps qui fait le reste, sans vraiment le vouloir. Qui échafaude un statut, qui construit un espace, un modèle, une légitimité, que dire ?

Toujours les mots en tête, les doigts courent sur le papier, donnent une forme aux objets, aux pensées, aux rencontres, aux représentations. Et quelle que soit la petitesse désespérée de l'ambition, elle n'a pas de prise sur la peau, elle glisse au delà du regard, bien au- delà.

Mais une fois, quelqu'un est là, quelqu'un est mort, là, qui ne m'a pas parlé, mais m'a laissé dire, enfin, longtemps après qu'on m'ait fermé la bouche, qu'il en était ainsi : là où je me sentais, là où je trouvais le sens à tire d'ailes, de loin, d'en haut, ce que je voyais m'a dit cela : ma vie d'artiste.

1966 - 17 ans ... collage réalisé dans l'atelier de Jac Adam à Issy les Mx

1966 - 17 ans ... collage réalisé dans l'atelier de Jac Adam à Issy les Mx

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publié par dominique dieterlé - dans chroniques
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