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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 19:27

Parmi les multiples plans d'eau et bras de mer entourant Copenhague, il est un lieu particulièrement célèbre depuis presque 50 ans : la ville libre de Christiania, créée par des hippies et squatters en 1971 sur un ancien terrain de l'armée, et qui revendique toujours, depuis lors, son statut libertaire, défini par une charte encore en vigueur : «L'objectif de Christiania est de créer une société autogérée dans laquelle chaque individu se sent responsable du bien-être de la communauté entière. Notre société doit être économiquement autonome et nous ne devons jamais dévier de notre conviction que la misère physique et psychologique peut être évitée. »

Un peu d'errance sur le quartier me tente. Dans le même temps je n'ai pas envie de faire du voyeurisme auprès de gens qui ont choisi et défendu ce mode de vie pour montrer que la "marge" est une option valide à coté d'un monde dont les valeurs ne leur convenaient pas.
Je ne traverse donc pas, ou peu, le village de mille habitants. Je longe le plan d'eau, m'arrêtant auprès des maisons que je rencontre, essayant de ressentir quelque chose de l'air d'un temps qui parait figé dans son désordre brinquebalant.

Ce qui frappe en effet c'est, plus que l'étrangeté de ces maisons auto-construites, la désuétude, voire le délabrement qui en ressort. Une vaste récupération de tout et rien s'entasse dans des cours à ciel ouvert. La population a vieilli, les peintures s'effritent, le soleil oblique souligne les cicatrices. On semble se déplacer dans une cité perdue et silencieuse que l'enchevêtrement des rues, à d'autres moments, condamne à un repli sans fin.

Je sais que j'appréhende seulement l'apparence. Je ne veux juger en rien cette expérience qui a toute ma sympathie, a priori. Mais la vérité est plus proche d'une sorte de bidonville. C'est le mot qui me vient à l'esprit. Au même moment, j'en éprouve la violence. Ceux qui, de par le monde, vivent dans ce genre de zones ne l'ont pas choisi. Ceux de Christiania, oui. Malgré tout, c'est comme si le temps avait eu raison de l'énergie des bâtisseurs. Bâtisseurs d'idées, bâtisseurs de maisons. Comme toujours. Comme si la pureté de l'idée et du projet finissaient par s'abîmer dans une sorte de paresse négligente qui fait monter les herbes et s'écailler les peintures.

Ce qui en souffre n'est pas mon parti-pris esthétique. L'art brut, que j'adore, provoque aussi cette sorte d'émotion, mais il garde, sur chaque œuvre, la fraicheur intacte de l'achèvement. Une maison, un lieu de vie - pourquoi ? - ne veulent pas du délabrement. Ou en tirent un indice de malheur immédiat.

Je regarde mieux. Je ne vois pas beaucoup plus clair. Mais il me faut être honnête. Ne pas me laisser happer par la seule vision matérialiste. Repenser à la volonté, à l'impact, au devenir, à la recherche du bonheur ? (cette constante énoncée dans toute référence aux pays Nordiques).

Vivre dans une ville  qui n'en est pas une ? ne pas travailler à temps plein ? laisser sa maison ouverte et ne pas s'accrocher à la permanence, mais accepter l'idée de la décrépitude, comme on accepte celle de la vieillesse. Mes amis africains m'ont appris qu'il n'est pas si grave de vivre de peu, pourvu, disent-ils qu'on ait la santé. (Je me dis que c'est sans doute  cela qu'il leur faudrait trouver, tout d'abord, pour ne plus avoir peur de leur malheur).

Les Danois ont un très bon système de santé, accessible à tous. Ils savent qu'ils seront pris en charge au moment où ils en auront vraiment besoin... alors qu'importe les herbes folles et les planches déclouées. On vit. C'est tout. On mange, un peu, on travaille, à peine, on se resserre avec ses amis autour d'une bougie tremblante (tous les Danois font cela), on crée, peut être ? on parle et on imagine. En tout cas, on croit à la vie !

Quand on se retrouve de l'autre coté du pont, on replonge dans la rigidité académique de l'architecture néo classique. En sera-t-on plus heureux ? Car, le bonheur, c'est peut être aussi simple que ça : vivre de presque rien dans sa cabane ... avec la Sécurité Sociale !  

 

colorées, fantaisistes et branlantes ?
colorées, fantaisistes et branlantes ?
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OU. Rigide, propre et formelle ?

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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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