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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 10:38

Au matin, sur le pont du Viking Lines, Helsinki s'annonce claire et froide, dédale et archipel, îles sous le vent polaire. Les passagers par centaines se dispersent en un instant, j'y entre presque seule, remontant à  pied des avenues de briques, où mon chemin inscrit déjà tout un mystère. Je me souviens du soleil oblique, du port désert, du bois de feuilles mortes, et de la chambre blanche où une fille aux cheveux pâles m'accueille en silence. Vers le soir un ourlet de nuages se déchire en un moment bleuté aveuglant de lumière. Je n'y comprends rien!

Le lendemain, le marché se déploie sur les quais, le palais présidentiel est à portée de tout, de  tous, le franc soleil accroche le petit ferry vers Suomenlinna. Forteresse aux maisons colorées, aux arrondis de murs, aux esplanades, porches, tunnels, remparts que rien ne semble pouvoir réveiller de sa torpeur paisible, sinon les cris d'enfants d'une proche école, ou l'ouvrage compulsif des ouvriers ramasseurs de feuilles!

Au soir tombant, je trouve des rues animées : l'accordéoniste a gardé ses mitaines, les marches de l'église blanche sont prises d'assaut par trois chinois en goguette, la gare centrale est chaude et pleine comme un œuf, les vieux tramways de bois ne s'appellent pas "désir", mais de noms compliqués qui s'affichent partout en deux langues (je saurais ensuite que c'est le suédois, souvenir d'occupation ancienne, et le finnois aux étranges origines). Dans le port une voile claque au vent sur un bateau de bois, des baigneurs presque nus passent du sauna à la piscine fumante, en plein air. Retour par les rues vides : au petit supermarché du coin, je ne sais déchiffrer aucune étiquette, je choisis au hasard dans les rayons... et je paye en Euros, seule concession au train train des habitudes !

Je ne pénètre pas le mystère mais je m'y baigne avec ferveur, c'est ainsi qu'on attrape le goût de "l'étrangeté", celle de l'autre, qui parfois, se tait. Quelques jours sont trop peu pour aimer, mais assez pour séduire.

Encore un autre jour : Dans le bus "connecté", comme partout, je traverse des forêts de bouleaux dépouillés vers Porvoo, où m'accueille un soleil gris. De fins cristaux de glace s'accrochent aux derniers rosiers sauvages, et rident les canaux. Jaunes, rouges, orangées, les maisons de bois fument à la verticale parfaite d'un jour sans vent. Dans la petite église - cathédrale cependant - une femme pasteur fait la leçon à des collégiens attentifs. Les ruelles pavées dévalent jusqu'aux parcs, rivières, bosquets où je marche en faisant craquer les herbes... une presque odeur d'enfance distille sa musique secrète et immortelle, odeur de feux et de terre mouillée, odeur d'hiver et de banlieue où mes genoux nus se cognaient à la froidure des cours d'école.

Je ne verrai de la Finlande que ce qu'elle m'a laissé voir. Le reste est tout à l'intérieur... il faut prendre le temps.

L'ombre d'un enfant sur un carreau dit, tout là haut, qu'il faudrait revenir, un jour un peu plus long, un jour sans nuit, sans froid, un jour d'un autre temps.

Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo
Helsinki, Suomenlinna, Porvoo

Helsinki, Suomenlinna, Porvoo

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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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