Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 18:20

Une ombre légère nous traverse. On se retourne. Elle a fui dans le couloir d'un blanc hallucinant. Sa robe soyeuse se déchire avec un chuintement de rêve asphyxié.

C'est le moment d'un printemps longtemps espéré, avec des feuilles tendres et le jaune des fleurs souveraines. Il semble s'épuiser avant d'avoir surgi. Lui aussi cavale au loin, comme l'ombre d'une ombre sur un cheval sans tête.

C’est le moment où la mort rode, cherche à s'apprivoiser. Elle chante comme Schubert la ferait chanter, elle se glisse dans le silence d'une ville abandonnée où plus un enfant n'ira jouer dans la rue.

C’est un moment comme tous les moments oubliés de la course au temps qui parait élastique. L'attente étire le buisson jaune toujours à la fenêtre. Chaque jour ressemble au vide. Chaque pétale se fige au pâle soleil de mars.

Et nous, et nous, cultivant le présent. Sans même savoir si…

 ***

Le matin s'ankylose, la nuit veille. Il faudrait raser les lits, partir sur la route qui fait un bruit de neige. Mâcher des rêves au ralenti, des spectacles qui n'auront jamais lieu. On a oublié le texte, on a oublié le nom de la pièce et le théâtre est vide.

Il  n'a jamais fait aussi beau quand on se tient debout. Et que s'étire un vol d'oiseau sur des jardins qui deviennent un monde.

Une première mouche bourdonne sur la vitre. Elle ne sortira pas. L'air au dehors n'a plus d'odeur connue.

 ***

Tout est contraire à tout. On oublie chaque instant passé à se mentir. On espère ne plus avoir besoin de jouer. Ni de se souvenir.

Les chemins déjà verdissent, la marche est un passé lointain où la guerre semblait irréelle.

Ce n'est pas la guerre. C'est la douceur ineffable des arbres en pâmoison. Beauté conquise, sitôt  abandonnée, sitôt noircie d'attentes immobiles.

C’est un jour ordinaire. Qu'on ne peut plus nommer

***

Un pied dedans, un pied dehors

sur la ligne de partage du temps.

Anesthésie du repli. Ni angoisse, ni refus.

Il n'y a rien à vivre, que la minute du soleil

premières fleurs de prunier

premières fleurs de prunier

Partager cet article

commentaires

Repères

  • : ANISARA
  • ANISARA
  • : Après la publication de mes livres "lettres d'anisara aux enfants du Togo" et "Villes d'Afrique", ce blog rend compte en chroniques, poèmes, photos, dessins, des rencontres avec les humains et la solidarité, avec la poésie, l'art, les cultures, l'Afrique et les voyages.
  • Contact

Rechercher