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4 février 2021 4 04 /02 /février /2021 14:06

Graver avec les outils qui déchirent, qui creusent, qui taillent, brûlent. Gouges, acide, couteaux, presse. C'est tout nous, ça ! Pour faire du beau, pour faire du plus, même pas beau le plus souvent, parce que du plus que tout, il en faut, il en faut...

Pour faire peu, il faut beaucoup de mal.

D'abord, une image paisible de Pachamama, comme disent les Indiens. Non la terre n'est pas paisible, elle aussi nous lamine et nous contraint, nous défait, nous détruit. Dans son inconscience minérale, dans son ignorance somptueuse que nous lui pardonnons au nom de la beauté. Que pardonner d'ailleurs ? Le péché n'a été inventé que pour nous, que pour nos violences irrépressibles, nos génocides, nos armes imparables, nos industries lourdes, notre mortel patriarcat. Et toutes nos illusions.

Parce que c'est trop. On ne s'arrête jamais. Toujours plus, donc. Toujours jouer au plus fort, au plus lourd, au plus cher. Écraser, posséder, massacrer. Notre histoire humaine. Enfouie au profond des carcasses aveuglées de suffisance et de désirs carnivores.

Et puis, tomber sur ce texte de Boltanski pour sa dernière exposition. Lui, grand artiste, ou  moi, bricoleuse, même constat, mêmes créations. Déchirées et guerrières. Comme nous sommes. Guerre à tout le vivant, à tous les vivants, de toutes les façons !

Parfois, penser : à quoi bon le redire ? Tout le monde sait. Depuis des millénaires, ni pires, ni meilleurs. Tout justes bons à disparaitre puisqu'on n'en fait rien d'autre... Puisqu’on ne sait rien d'autre.

René Char écrit dans fureur et mystère : "les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri". Donc, essayer ne coûte rien. Alors vas-y ! Tout le monde s'en  fout ? Et moi ? Pour les vivants ou pour les morts ? Pour l'espoir ou la consolation ?

« Je voulais donner une vision assez pessimiste du monde : je pense que nous sommes toujours en guerre, que la guerre ne s’arrête jamais. Parfois la guerre se déroule chez nous, parfois en Afrique ou ailleurs, mais en tout cas la guerre est constante. Il n’y a pas d’après-guerre. Et donc là se mélangent tous ces massacres. Il y a les pogroms des années 1915, le massacre de Nankin par les Japonais, la guerre d’Algérie, la Shoah, la guerre du Vietnam, et il y a le Rwanda. Tout cela faisant pour moi presque une seule chose, à savoir une suite de désastres. Il y a cette réplique d’un peintre un peu idiot dans "Quai des brumes" : « Quand je peins un nageur, je vois un noyé ». Et moi, quand je vois un beau paysage, je pense toujours à l’horreur, aux morts – c’est une chose qui m’accompagne toujours. Il y a ce joli monde qu’on nous présente et puis tout ce qu’il y a derrière. Et ce qui m’intéresse, c’est que ceux qui veulent voir voient et ce qui ne veulent pas voir ne voient pas. »

Entretien avec Christian Boltanski dont la nouvelle exposition, « Après », se tient à la Galerie Marian Goodman jusqu'au 13 mars.

De quelle fureur ?

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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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