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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 13:37

D'aucuns n'ignorent pas qu'il m'arrive à des heures perdues, ou gagnées sur le quotidien, de pratiquer de façon plus qu'intermittente un métier de diseuse, de comédienne, ou de transmetteuse, en particulier dans le domaine de la poésie. Le dernier spectacle dans lequel je me mets en scène et en mots avec une amie pianiste, est axé sur la poésie de Pablo Neruda.

Cela vous dit quelque chose , n'est ce pas ? Neruda, Chili, Allende, Unita popular, coup d'état, 11 septembre ... nous y voilà !

A la fin du dit spectacle je me permets de rappeler aux spectateurs cet autre 11 septembre de 1973, qui vit les forces du "chaos" emmenées par les USA et un futur nobel de la Paix , Henri Kissinger, flinguer à bout portant une démocratie légitime d'amérique du sud  qui échappait à leur influence.

Neruda, chantre poétique de la révolution chilienne mourut le 23 septembre 1973, quelques jours après son ami Salvador Allende. Malgré l'interdiction des putschistes, le peuple assista en masse à ses obsèques, après qu'il eût écrit ceci dans son dernier poème :

«Je veux vivre dans un pays où il n'y a pas d'excommuniés.
Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette.
Je veux qu'on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries.
Je veux qu'on n'attende plus jamais personne à la porte d'un hôtel de ville pour l'arrêter, pour l'expulser.
Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie.
Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos.
Je veux que l'immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s'épanouir.»

 

A Quimper en mai, une dame vient me voir après le spectacle et me dit : "Bravo ! vous êtes courageuse d'avoir évoqué de cette façon le 11 septembre, c'est tellement connoté aujourd'hui !"

Et voilà que je lis dans "Le Télégramme" de ce samedi 11  septembre, sous la plume d'un autre courageux , Hervé Hamon, donc, les lignes qui suivent et que je ne résiste pas ( qu'il me pardonne de l'emprunt ) à la satisfaction de les reproduire in extenso.

 

L'AUTRE 11 SEPTEMBRE

 

"Les Américains ont bien raison de commémorer leurs morts, victimes d'un terrorisme qui n'était pas si aveugle que cela et dont l'efficacité fut redoutable. S'il n'y eut point, en l'occurrence, de «choc des civilisations», comme l'ont prétendu les amateurs d'idées simples et de raccourcis assassins, le crime fut presque parfait et ne saurait être prescrit. Même si des imbéciles s'obstinent à confondre une religion, l'Islam, avec son odieuse caricature, ou s'offrent à jeter son livre saint au bûcher, notre devoir de mémoire et de solidarité reste entier.

Mais un 11septembre peut en cacher un autre. Le 11septembre 1973, Salvador Allende, président démocratiquement élu de la République chilienne, fut assiégé dans son propre palais, la Moneda, au coeur de Santiago. Les putschistes étaient des militaires qui lui avaient juré obédience, et leur chef, Augusto Pinochet, avait été nommé par Allende lui-même au commandement suprême des forces armées.

Depuis la veille, comme par hasard, la marine chilienne et l'US Navy menaient ensemble des manoeuvres au large de Valparaiso. Le président Nixon ne cachait pas son exaspération devant ce «marxiste» élu contre toute attente dans son pré carré, et le conseiller spécial Henry Kissinger, qui obtint le prix Nobel de la Paix, fut par la suite le seul diplomate - ou peu s'en faut - qui continua d'entretenir des liens étroits et amicaux avec la junte chilienne.

Bombardé par l'aviation, encerclé par les chars, Allende refusa de se rendre. Le numéro deux des putschistes félons téléphona pour lui offrir un avion vers l'exil (on sut plus tard que l'intention des insurgés était de le balancer par-dessus bord), mais le président refusa, fit sortir tous ses amis et son personnel, puis se suicida dans son propre bureau avec une arme automatique.

La répression fut effroyable. Les stades débordèrent d'hommes et de femmes raflés, dont beaucoup subirent les pires exactions et furent l'objet de massacres collectifs. Toutes les libertés, tous les partis, tous les syndicats, tous les journaux furent proscrits. La police politique, la terrible Dina, commença son travail. On estime à plus de 150.000 les citoyens emprisonnés, à 25.000 les torturés, à plusieurs milliers leurs compatriotes disparus. Pinochet tenta d'effacer les traces de ces exactions, mais les témoins subsistent. Récemment, un cortège énorme, où se mêlaient jeunes et vieux, a porté en terre les restes de Victor Jara, chanteur magnifique dont les mains furent coupées au stade national, avant liquidation violente. Le devoir de mémoire ne se partage pas. Puisse le souvenir du 11septembre 2001 ne pas occulter celui du 11 septembre 1973. "

 

Est-il besoin d'en dire plus ?

Et merci à lui de l'avoir rappelé aux nombreux lecteurs de son journal

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publié par dominique dieterlé - dans politique et social
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