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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 14:35
discours contradictoires de politiques français à Dakar à propos de l'esclavage et autres avanies subies par les africains de la part des européens au moment des traites négrières, colonisation, et  pillages organisés...

alors, faut-il demander pardon ?

il semble qu'il y ait une différence fondamentale de nature entre "reconnaissance" et "repentance" : la première est de l'ordre de la justice, du respect des vérités historiques et humaines que les évènements en question ont souvent malmenées, la seconde de l'ordre d'un discours moralisateur qui, n'engageant que les mots, traduit par une sorte de vertige d'abaissement, l'idée qu'on se met ainsi à la portée de celui qu'on a blessé
c'est à dire qu'on n'est jamais à la bonne hauteur pour se regarder en face, au bout du compte, et que cette pseudo humiliation ne recouvre que des ambiguités douteuses qui nous font ainsi rejeter des fautes irréparables vers les poubelles fatalistes de l'histoire.

je ne demande pas pardon pour les actes de mes ancêtres, même si je les trouve odieux, même si je clame haut et fort qu'ils ont existé et que ce furent des tragédies, parce que c'est aujourd'hui et maintenant qu'il m'appartient de considérer l'autre sans arrogance, de le respecter autant que de demander son respect en retour, sachant que ce sentiment entre nous ne peut exister que par nos actes en présence

n'allez pas croire que je serais prête à reconnaitre le "rôle positif de la colonisation" ( me suis-assez battue contre cette loi !), ni que je n'ai sentie, maintes et maintes fois, combien ma peau de blanche avait une signification douloureuse intégrée au profond de nos inconscients lors de rencontres avec vous, amis africains.
tout cela je le reconnais, c'est à dire que j'accepte que cela me revienne à la conscience, avec l'histoire, avec les mots, avec les images insoutenables de ces déchéances que vous avez endurées

mais pour moi vous n'êtes pas déchus, vous n'êtes pas à terre
je ne vous relève pas
je ne m'agenouille pas

je vous écoute et je vous parle
je comprends que je ne comprends pas tout

il est certain que jamais , au grand jamais je ne m'autoriserai à dire que  "vous n'êtes pas entrés dans l'histoire" ou que "Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé." (discours de Nicolas Sarkozy à Dakar )

cette intolérable façon de savoir mieux que l'autre ce qui est bon pour lui, de lui asséner des jugements portés en fonction de ses propres analyses, sans aucune distance, sans aucune écoute, sans aucun doute, mais avec le mépris avéré de celui qui croit pouvoir se le permettre, me met en fureur

mais je  ne peux pas me repentir

parce que je ne cautionne ni ce qu'ont fait mes pères ou mes semblables, ni ce qu'ont fait ou feront les français, les blancs, les européens à votre égard

la couleur de peau ne crée pas, pour moi cette sorte de fraternité solidaire, donc pas cette redevance à l'expiation de ce que je n'ai pas commis

je vous respecte et je vous aime, pas à cause de votre couleur, ni en dépit d'elle, mais parce que nous nous rencontrons et que nous nous acceptons
égaux et différents
frères et étrangers
semblables et inconnus

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publié par dominique dieterlé - dans politique et social
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