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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 21:35

revenues au coeur du presqu'hiver, encore quelques villes africaines où j'ai aimé passer et contempler le vaste monde étranger cher à mon coeur autant qu'indispensable à mon esprit

 

Tchitchao

Couronne du bois sacré

Contre l’arche ardoisée des nuages

Arbres en chevelure dévalant la courbe luisante des maïs

 

Le coupe-coupe dans la branche

L’arrachement du cœur meurtri

Par les pluies en bouillon

Que des adolescents cadencent

 

Sous le vert éclate la parole

Des morts annoncés

Sokodé

La langue je ne la comprends pas

perdue comme je veux

dans le temps autrement

Mots effacés que je regarde

avec les sens, les impressions, les intuitions

d’un langage qui ne se lit

ni de gauche à droite, ni de haut en bas

mais au fond des sentiments voilés

et vit dans un ailleurs

qui a touché le ciel et la saveur du soir

 

Oh ! se perdre sans rien savoir

des mondes incertains

qui ne se possèdent pas

Image contrariée du bonheur facile

Connaissance trouvée qui se tait

et sait aimer le silence en silence

dans le regard en fuite

 

Le doux chant du muezzin

Les filles aux yeux brillants parées pour des noces futures

Les puits, les feux paisible, les rivières

et les chemins de terre parlant de l’enfant que je fus

 

Je les aime et je peux les nommer

 

Cotonou

C’est le vent du large, dit-on, qui chasse la persistance pâle des fumées,

cette accélération du cœur et du battement tremble à chaque carrefour

enlacement, retours, dérapages, jusqu’à l’écœurement des essences marchandées.

L’ouate est sur la ville dans son nom de blancheur où perce la flèche d’un minaret ou la rumeur d’un tapage vaudou

Le marais ne se dessine pas, lui même errant dans l’infinité de lagunes et de silices que le plastique recouvre et désunit

Cotonou laisse ma mémoire sans objet, sans lumière, sans autre fraîcheur que la trace d’un zem chargeant vers l’improbable, une espérance noyée de volutes grimaçantes 

 

 

Abomey

 

Il est, tout au contraire d’autres instants flétris, des scarifications dont rien ne vous délivre

Le train s’étirait en fardeaux incertains et tombait là, sur Bohicon au marché de midi, où la ville sanctifiée, à portée de sagaie, ouvrait la statue sans mesure d’un roi transi qu’aucun astre tropical ne savait réchauffer

Le sang des ancêtres ne vaut pas la terre rouge des royales amazones où piaillent des coqs noirs

Le passage étreint l’âme jusqu’au genou, et fait ramper le sol sous les pieds étrangers

Je me souviens des tissus, des cannes, des ors pâles, des bois affûtés, des soudures pesantes, des monnaies, du capharnaüm d’incertitudes et de rapts anciens que la mélopée ne peut rendre

Et qui, pourtant, de fresques en images, de sculptures en piqûres de frange, célèbre sans interruption le vide et l’amertume des gloires asservies et des esclaves morts

Abomey l’impériale est une parenthèse de vent entre deux wagons éraillés que le lent passage du sable retient jusqu'à la fin

De quelle incertaine douceur ?

 

 

 

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publié par dominique dieterlé - dans from Africa
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