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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 15:29

Marcher à l'envers, marcher sur la tête, marcher en crabe ou à l'aveugle. Toutes les marches nous emmènent quelque part, puisque le temps ne s'arrête, ni le mouvement.

Pourtant il arrive au hasard des chemins durs à gravir, ou dévalés à pieds joyeux, qu'on finisse bien par s'égarer, non sur le sens ou sur l'orientation, sur la carte ou le plan, mais sur le but que l'on poursuit et que le paysage nous renvoie de manière parfois majestueuse, parfois secrète, mais toujours interrogative.

Car nulle part on ne rencontre un paysage, semblât-il le plus sauvage, le plus lointain, qui n'ait été façonné par l'humain. Ce qu'on appelle "nature" n'a évidemment rien à voir avec l'état de nature tel qu'on s'imagine parfois le retrouver lorsqu'on est enfant et qu'on croit échapper aux douleurs civilisées sur des chemins de rage et de solitude.

Je ne suis pas particulièrement passéiste, je ne pense pas en général que c'était mieux "avant". J'aime à penser que l'avenir peut se construire conjointement avec la reconnaissance du passé et du présent. Je veux en toute innocence, le meilleur de tout, pour tous.

Lorsque je marche sur un chemin, il m'arrive le plus souvent de vouloir à tout prix "boucler une boucle" et ne pas m'en revenir par où je suis allée, ce qui donne, illusoirement, la minuscule satisfaction d'un objet, d'un projet fini qui a su regarder tout autour du même lieu en considérant ses divers points de vue.

Mais si d'aventure je dois reprendre mes pas, en observant mes traces, je suis contrainte à regarder la route une deuxième fois sous un angle contraire.

Je détestais cela autrefois, cette idée de "retour". Mais j'ai acquis progressivement la conviction qu'il était parfois bon de venir, puis de revenir, de mesurer à la descente la rudesse de la montée, de reprendre à l'envers. Parce qu'alors une autre nouveauté, insoupçonnée, apparaît.

C'est une image de nos modes de pensée, d'habitat, d'histoire, de géographie que le paysage écrit et donne à lire sur des chemins de vie.

Oui, parfois il est nécessaire de reprendre et de revoir, à l'opposé de ce qui tourne en boucle et dont on croit avoir fait, une mauvaise foi pour toutes, le tour, et cru comprendre les raisons.

 

sisteron

 

Je voyais depuis la forteresse de Sisteron cette vallée de la Durance, paysages et hommes racontés par Giono, et fus saisie d'une indéfinissable nostalgie qui n'est pas ce regret de "l'avant", mais le sentiment intense qu'en avançant sans avoir regardé le paysage "contraire" et ce qu'il signifiait, on a détruit le visage d'un pays lentement élaboré. Ce qu'il signifiait pour ceux qui l'avaient habité, imaginé, puis remodelé à leur façon.

Quand on parle d'écologie, je pense souvent à cette évidence de l'accélération du paysage qui ne suit pas le rythme des saisons.

Depuis toujours il y a eu des villes, des bourgades, des organisations plus ou moins concentrées, commerciales, industrielles, ce n'est donc pas cela que je trouve regrettable, pour ne pas dire d'une insupportable laideur. Les pylônes électriques, les barrages, les usines ou les éoliennes ne sont pas laids en soi. 

Mais la fin du siècle dernier a semble-t-il inventé une notion sans âme, sans culture, sans espérance qui se nomme le "péri-urbain". Parce que chacun veut avoir "droit" à son petit bout de carré vert en Occident, parce que les centre-villes sont devenus inaccessibles, parce que les paysans du monde sont chassés par la misère, enfin pour mille raisons sans doute très explicables, on a détruit irrémédiablement cette sorte d'équilibre complémentaire qui existait entre villes, grandes ou petites, et espaces naturels, dont on a dilué les limites. On a fini, selon le mot d'Allais, par construire les villes à la campagne.

Pâté indigeste et infini qui se décline dans tout notre monde limité, en faubourgs pléthoriques, mégapoles désespérantes, favelas misérables, zones commerciales interminables, ou banlieues délavées (je ne fais pas la différence volontairement ) où l'on serait sensé ne plus mourir des même maux qu'autrefois, mais où l'on égare toujours la trace de quelque chose d'essentiel, que je peux voir en retournant derrière moi, et que je perds si j'accélère en oubliant le chemin parcouru.

Cette "urbanité" , mot qui a un sens bien précis, tout comme le mot "policé" ne sont pas des valeurs négatives, mais elles se sont fondues en "péri-urbanité" ou en "police", en brutalité, en leurre pour des humains déboussolés.

 

Je voudrais bien qu'on s'arrête un moment et qu'on regarde d'où l'on vient .

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publié par dominique dieterlé - dans voyages en France
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