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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 16:12

 

Il y a très précisément une année, j'étais à Cuzco, au Pérou. 

Submergée par le déferlement de jaune du dieu soleil, de jaune d'or inca sur la ville, les éclats des pétards et des fusées illuminant les terrasses et les montagnes.

Il faisait frais à cette altitude, pourtant ce n'était pas l'hiver. De quelle saison nous vient tant de beauté ?

Dans mon hiver d'ici, avec chaleur de poële et tendresse étoilée, je cherche après le froid des Andes, après le souffle court, une autre invitation aux voyages qui tardent à venir

Parce que le temps est court lui aussi, de mon souffle un peu rassis qui oublie son vertige

 

Que reste-t-il de nos voyages après retour ?

Les images perdues, ou volées, les objets rares, les odeurs furtives, la tièdeur de l'eau sur le Salar, la musique des langues, la couleur des marchés, les îles du Lac, les nuages ... 

Et toujours, le sentiment d'avoir été, toute autre, tout autrement, le besoin de rentrer pour mettre ses chaussures en ordre, et le désir qui tient la route à chaque aube nouvelle

Mon père était ce voyageur qui ouvrit le chemin, ou la fuite, qui fit bien d'emporter au loin ses démons invaincus, qui m'a laissé le meilleur pour la faim.

De ses éloignements, je me suis souvenue il y a peu qu'il m'envoyait des poupées à collectionner, objets témoins d'un échange inégal. Marionnettes de plastiques et de chiffons, apprêtées, figées dans la pose rigide d'une fête sans joie. Je suivais un trajet improbable semé de cailloux à figures humaines n'exprimant rien d'autre que l'artifice, le costume empesé d'un éternel dimanche où il perdait nos vies. Les objets ne parlent pas d'ailleurs, seulement d'un présent délavé que l'absence javellise

A 15 ans, j'ai tout bazardé. Pour qu'une autre vie me montre un autre chemin.

J'ai attendu longtemps. Pour sortir de ce trou, de cette tanière de monde resserré où je forgeais mes doutes.

Car s'il n'est une épreuve, le voyage n'est rien d'autre qu'un commerce vil.

 

Que reste-t-il alors ?

Les cicatrices, les blessures, les avènements, les douleurs que le désir promet et que la beauté ravive ?

Oui. Mais je veux dire maintenant, sans en faire une philosophie, ni un précepte, ni une morale, qu'il reste au bout du compte un peu de fausse monnaie pour nos objets perdus contre l'immatérielle  irruption de ce qui se nomme "empathie".

Si vous ne connaissez ni la langue, ni l'habitude, si vous ne convoitez ni la richesse, ni la compréhension, ni l'arrogance, si vous êtes déshabillés, allégés, réceptifs, il n'est pas impossible que vous ressentiez, sans rien en savoir, le moment du regard qui ne préjuge de rien, et surtout pas de lui même, le moment où l'être se retrouve sans autre vérité que celle d'un Autre dans son miroir.

Pourquoi me fallait il aller si loin pour ressentir cela ?

Et si c'était seulement le privilège, la force, le besoin de se savoir l'étranger, le barbare ?

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publié par dominique dieterlé - dans voyages
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