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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 14:02

J'aimerais invoquer ici un des sens premiers du mot "transport" qui selon le dictionnaire des synonymes invite à des significations telles que : " ardeur,  déchaînement, délire, élan, emportement, enivrement, enthousiasme, exaltation, excitation, exclamation, extase, ivresse, ravissement "

Il y a tout cela dans les transports en commun losrque je retrouve la chaude ambiance togolaise. Ce mélange d'incertitude absolue, d'espérance, parfois contre toute attente (surtout si elle dure assez longtemps), cette communion du danger, cette vivacité des échanges et bien d'autres choses encore qui rendent le moment du voyage épique en lui même ; sans vouloir faire dans le pittoresque à tout prix, mais tout simplement parce que, en France comme partout ailleurs j'aime prendre les transports collectifs, j'aime qu'ils participent de l'expérience du voyage au même titre que tous les aleas, toutes les découvertes, toutes les rencontres, tous les possibles.

Depuis mon dernier voyage, les bus au Togo ont fait quelques progrès, je veux dire qu'ils suivent un horaire, qu'on n'y est pas sur-entassés comme dans les taxis brousse collectifs (qui partent seulement lorsque le véhicule est plein), et qu'ils tombent moins souvent en panne. Pour autant, si l'on est capable de dépasser la lenteur et le relatif inconfort, il faut être toujours prêt à vivre l'aventure et l'insolite d'un ailleurs surprenant.

 

lome03

 

Au départ de Lomé, un énergumène prend les choses en main dans l'organisation du voyage. Au début je pense qu'il est mandaté par la compagnie pour distraire les passagers et rendre le voyage moins ennuyeux.

Pas du tout.

Première phase de mise en confiance : prière collective pour demander à chacun son dieu, un voyage sans histoires, une route sans accidents et une arrivée à bon port ; tout le monde se plie de bon gré à l'exercice (sauf moi qui pourtant ne veux pas passer pour une porteuse de poisse, et fait donc profil bas ! ).

Suit après cela une interminable dissertation sur le règlement de la compagnie, le trajet du car, la gestion des arrêts pipi, le timing prévu pour la pause déjeuner, le tout assorti de vannes plus on moins fines sensées désamorcées les protestations du public : "on ne peut pas déjeuner en 10 minutes", "on doit pouvoir aller à la toilette quand on veut" etc ...

Troisième phase, après la ferveur du prêcheur, et la rigueur du juriste, on passe à la complicité grivoise (mon voisin me traduit les blagues tant bien que mal), aux considérations familiales diverses, à l'éducation des enfants, à la vertu des femmes et à la possible défaillance des maris. Tout cela dure déjà depuis plus d'une heure (je précise que nous n'avons toujours pas quitté les faubourgs de Lomé à cause des arrêts constants, et non réglementaires, pour prendre de nouveaux passagers).

Cette phase de la harangue détend totalement l'atmosphère et notre babillard peut enfin passer à l'estocade finale : la vente de produits pharmaceutiques venus de Côte d'Ivoire " que vous ne trouverez dans aucun hôpital du Togo" qui ont les propriétés les plus magiques, les plus universelles, les plus assurées, sous forme de crèmes, poudres, comprimés ou sirops aux allures parfaitement médicales.

Les togolais souffrent dans leur grande majorité d'une grande pauvreté et des maux les plus divers à cause du manque d'établissements de soins, ou du manque d'argent. Pourtant à mon grand effarement je vois sortir comme par magie (c'est probablement là le seul effet des produits en question) billets de 1000, 2000 ou 5000 CFA de toutes les poches de tous les voyageurs. Je proteste faiblement auprès de mon voisin, un jeune homme de connaissance qui n'ose pas se délester des quelques subsides que des amis lui ont fait parvenir depuis la France par mon intermédiaire, mais je le sens malheureux de ne pouvoir contribuer au succès du beau parleur.

Notre frère prêcheur descend finalement en pleine brousse après deux bonnes heures de son étourdissant numéro, et une liasse conséquente de biffetons dans sa besace.

Je ne dis pas que les togolais sont plus naîfs que n'importe quel français piégé par n'importe quelle pub parfaitement inutile... je dis que le bla bla du vendeur, et ma stupéfaction, participent à cette sorte de transport collectif auquel la froideur des TGV ne nous permet pas d'accéder...

Quant au voyage, pour cette fois, il finira sans autre encombre.

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publié par dominique dieterlé - dans from Africa
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