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28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 13:44

Il arrive, souvent, d'oublier : un nom, un lieu, un air de musique, un livre autrefois lu. Il semble parfois que ce qu'on n'oublie le moins tient aux sens les plus primitifs: odorat, gout, sonorité (et non mélodie)... Ressenti profond surgissant contre toute attente : j'ai déjà éprouvé, déjà entendu, je suis déjà venue..? Tout est enfoui. Tout est là. Qu'on s'en souvienne ou non n'est pas l'essentiel.

Mais il faut parler d'une autre mémoire, reconstituée, réinventée qui pourrait soutenir tel projet de "Mémoires" ou le désir de les écrire. Magnifier le mensonge et l'erreur de la reconstitution par le chemin de l'écrit qui, toujours, s'éloigne du vrai, du vécu.

Par le jeu du retour effectif sur un passé révolu - revenir à tel endroit, revoir tel film, rencontrer quelqu'un qu'on avait oublié, ou presque - arrive alors une étrange confrontation avec soi-même, avec ses souvenirs, avec sa mémoire assumée dont on se croyait certaine de la fiabilité et qui tourne au désastre et à l'incompréhension. Je ne suis jamais allée ici, où j'avais la certitude de mon passage, j'ai oublié et transformé la fin d'un récit, d'un film, d'une histoire lue ou entendue, j'ai fait erreur sur la personne, inventé, reconstruit, clamé une vérité qui s'effondre une fois la preuve en main!

On ne pas ici d'une faiblesse de l'acte de "mémorisation" qui serait due à la défaillance de l'imprimante cérébrale. Ce dont on parle est arrivé, il y a longtemps, on en est sûr, quand la mémoire était vaillante... et la tête l'a ré-écrit comme elle l'entendait.

Alors, quel témoignage mérite de figurer dans mon histoire? J'ai vu ceci, ou j'ai cru le voir, mon œil a recadré, en photographe diligent, cette image, cette scène unique et signifiante et, face aux preuves indubitables, se trouve absolument désemparé, se referme sans gloire dans la noirceur d'un récit surfait et mensonger.

Quel crédit accorder à ces souvenirs, ces affirmations, ces relations d'évènements tronqués et délirants, à l'incertitude qui brusquement envahit ce qui fut, ce qui fut moi, ce qui fut ma vie ? Le projet d'écriture du passé recomposé s'en trouverait vacillant dès le premier mot sur son socle de marbre attaqué par l'acide de la recomposition.

Quel crédit à toute histoire, à l'Histoire même qui prétend exposer ce qui a été vécu, parfois oublié, puis rétabli. A ce que , surtout, l'on n'a PAS VU, PAS ÉCOUTÉ alors que c'était à portée, juste devant le regard, juste à portée des oreilles qui, avant même d'enregistrer, se tournaient ailleurs et composaient le paysage et le texte et le film d'une autre vie qui n'a jamais été ?

Nous sommes fait de l'étoffe des songes, disait le grand William, comment acceptons- nous que ce rêve soit immiscé jusque dans nos souvenirs les plus marquants, les plus sincères, les plus explicites ?

Mémoire-Mémoires

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6 janvier 2021 3 06 /01 /janvier /2021 15:27

Mes cinq images de 2020... pour beaucoup, année terrible : malades et leur famille, personnels médicaux, saltimbanques et restaus, qui nourrissent l'esprit et le corps, et tous ceux qui ont eu à souffrir dans leur chair, leur affect, leurs activités. Moi, retraitée en bonne santé je n'ai pas (encore) de raison de me plaindre à titre perso, mais peut-on avoir l'esprit léger et le cœur sec quand, autour de nous, tant de gens voient s'écrouler leur monde ? Alors quand même ose-t-on se dire : Bonne Année ?

5 x 2020

Mai 2020, juste à la fin du premier confinement. Les petits enfants à la plage, le kilomètre dépassé, l'espoir après le K.O. Mon pays d'adoption (la Bretagne) offre sa beauté lumineuse à nos appétits d'espace... L'air est toujours grand quand il arrive après l'enfermement.

5 x 2020

Beaucoup de manifs cette année, beaucoup de protestations sur tous les fronts ... La politique n'est pas la guerre, mais demeure un combat, quoiqu'on veuille nous faire croire. Parce que nous vivons en démocratie (quelle chance !) on nous doit une gouvernance équitable, juste, transparente. Nous avons, non seulement le droit, mais le devoir de demander des comptes. Le pays n'appartient pas aux élus, la Sécurité sociale n'appartient pas à l’État, ni nos retraites, ni nos hôpitaux. Les gouvernants sont nos obligés, la police est payée avec nos impôts. La majorité n'est pas la totalité. Nous sommes un peuple, pas un troupeau !

5 x 2020

Pas de voyages donc. Bon, il y a pire comme punition... et  puis les voyages ça pollue, non ? Oui, mais la rencontre avec l'autre? Oui, mais la beauté du monde? Oui, mais la curiosité exploratoire pour la Culture et la Nature? Alors je reviens vers Paris, mon lieu de naissance où quelque chose toujours est à découvrir en dépit de la proximité. J'ai de la chance, je suis née dans la plus belle ville du monde ! L'automne a encore magnifié mon Octobre baladeur.

5 x 2020

Petite BD de Geluck qui résume une part de mon agacement, (je le dis avec modération) face à l'irruption constante des problèmes liés aux religions dans notre société laïque... les croyants ont le droit de croire - chacun son autel, chacun sa chapelle - mais on aimerait que ces sujets n'interviennent pas constamment dans le champ des politiques, des jugements, des évènements. Et mon agacement se mue en colère lorsque je constate que les lieux de culte sont à nouveau autorisés, et que les lieux de culture restent interdits !

5 x 2020

C'est une année où la Mort nous a accompagnés, liée à sa complice la Peur, et à ces images désespérantes qui nous coupaient le souffle. Cette irruption ne pourrait-elle, pourtant, être salutaire pour l'Esprit qui s'éloigne trop souvent de toute réflexion philosophique, si prompt à faire l'impasse sur ce qui dérange vraiment, ou qui ne dérange plus : les guerres, les migrations, les maladies non soignées faute de moyens, les féminicides, la violence exacerbée de l'Humanité etc... Je ne connaissais pas les Catacombes de Paris. J'ai trouvé apaisant ce dialogue avec ces morts lointains qui dorment tranquilles et nous redisent qu'il est temps de prendre le temps. Temps d'être vivants ensemble ?

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 14:25

Plus de vingt ans après avoir écrit une courte pièce de théâtre appelée "7 jours d'Icare", je retrouve le mythe à l'occasion de 3 linogravures qui m'ont conduit là où je ne pensais plus aller.

Sur une base d'aquarelle, ces trois linos ont été tirées à 6 exemplaires chacune...  et sans trop l'avoir cherché c'est le thème qui s'est imposé à moi ..

Quelqu'un d'intéressé peut, s'il le désire, trouver le texte de cette pièce sur une page de ce blog

le vol d'Icare

le vol d'Icare

L'arbre-labyrinthe

L'arbre-labyrinthe

La femme sans mémoire

La femme sans mémoire

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 16:29

on ne sait si ce sont les mots répétés dans le tourbillon des pluies, tout en même temps que le dehors impraticable, le confiné, disent-ils, l'attente de l'implosion ou le refus de la patience

on ne sait ce qui rend le monde si étroit

on cherche en vain le vaste, où ne se trouve que le dévasté

on veut, on voudrait, on s'en excuse, les mots ne suffisent plus, il faut de l'air

ou bien alors chanter ce qui se dérobe en ricanant

on cherche le voleur, on ne le trouve pas

partir, dit-on, encore plus faiblement

mais où? demande la raison

car la raison s'en fout. Elle veut, elle exige

un regain de lumière, un espace au bout de la voix

 

bientôt

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 15:48

hiver Paris, sans pitié pour les genoux des filles

peau nue sous les jupes à plis marine

espérant en vain le rouge radieux

d'un collant qui fut toujours bleu

de froid lui aussi, comme aux enfants de Marie

comme toujours aux enfants derrière les fenêtres

aux enfants qui imploraient le monde de venir

jusqu'à eux

 

hiver Paris

fenêtres glacées qui demeurent

quand les enfants cachés ont dit leur dernier mot

d'enfant

et sont devenus grands

23 rue de Coulmiers. Jeudis et dimanches chez l'arrière grand mère

23 rue de Coulmiers. Jeudis et dimanches chez l'arrière grand mère

6 rue Etienne Dolet. L'école existe à peine encore. Restent les arbres ?

6 rue Etienne Dolet. L'école existe à peine encore. Restent les arbres ?

87 avenue de Verdun - HLM de circonstance derrière les trains qui partent

87 avenue de Verdun - HLM de circonstance derrière les trains qui partent

33 rue d'Assas. Lycée ste Geneviève. La rue tout en bas qui va, qui va ...

33 rue d'Assas. Lycée ste Geneviève. La rue tout en bas qui va, qui va ...

64 rue d'Assas. Terminale. Et tout peut commencer ?

64 rue d'Assas. Terminale. Et tout peut commencer ?

5 rue de l'Odéon. Etudiante travailleuse. Librairie autrefois "pensée sauvage". Si seulement c'était vrai ?

5 rue de l'Odéon. Etudiante travailleuse. Librairie autrefois "pensée sauvage". Si seulement c'était vrai ?

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 13:53

Question sèche. A-t-on encore le droit à des voyages lointains dans ce monde qui se défait devant nos yeux, et brûle et s'asphyxie de nos excès.

Politiquement je serais tentée de dire que ceux qui font des efforts constants depuis toujours,  et s'écartent parfois de la pensée règlementaire, sont pas les plus grands pollueurs de la planètes, ni les vrais responsables de sa déshérence. Mais ... On ressent ce fond aigu de mauvaise conscience à lancer des images volées à l'autre bout du monde, à user exagérément de la toile, à embarquer connectée dans des périples sans raisons.

Pourtant il faut vivre en s'émerveillant, et parfois réaliser ses rêves. Il faut connaitre le monde et témoigner de celui qui vit ailleurs, autrement. Le jeu innocent de la découverte est ancrée dans notre ADN de voyageurs traversant les continents pour donner corps à notre "sapience".

On ne sait plus trop, on flotte dans un espace-temps incontrôlable qui échappe à la souplesse de l'avenir.

J'ai parcouru cette année trois rêves de ma vie. J'ai du mal à m'en culpabiliser ? J'ai aimé partager sans regrets la beauté et la diversité. Essayant de voyager sans trop faire de dégâts, d'emprunter les transports locaux (trains, bus , ferry), de marcher chaque fois que possible, notamment dans les villes ...  et  craquant néanmoins pour une grande traversée où l'avion m'a emportée. On ne sait plus s'il n'est pas trop tard, si l'on n'est pas trop perso, trop égoïste, et l'on s'accroche, quoiqu'il en soit, à la beauté rencontrée, à "l'usage du monde", comme disait Nicolas Bouvier...

La minéralité hiératique des Andes, le parcours sur le fleuve Amazone, les lumières du grand Nord. Voici mes richesses de l'année qui se ferme. Avec le désir de retrouver encore des espaces mythiques de notre Terre.

Et la peur que personne ne puisse plus les retrouver, jamais ... C'est encore loin, la fin du voyage ?

Ecuador - Janvier 2019 - Riobamba / Mont Chimborazo / Caldera de Cuicocha
Ecuador - Janvier 2019 - Riobamba / Mont Chimborazo / Caldera de Cuicocha
Ecuador - Janvier 2019 - Riobamba / Mont Chimborazo / Caldera de Cuicocha

Ecuador - Janvier 2019 - Riobamba / Mont Chimborazo / Caldera de Cuicocha

Pérou - février 2019 : l'Amazone jusqu'à Iquitos
Pérou - février 2019 : l'Amazone jusqu'à Iquitos
Pérou - février 2019 : l'Amazone jusqu'à Iquitos

Pérou - février 2019 : l'Amazone jusqu'à Iquitos

Norvège Octobre 2019 -Finnmark (Laponie)  - Tromso / route du Nord
Norvège Octobre 2019 -Finnmark (Laponie)  - Tromso / route du Nord
Norvège Octobre 2019 -Finnmark (Laponie)  - Tromso / route du Nord

Norvège Octobre 2019 -Finnmark (Laponie) - Tromso / route du Nord

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 10:54

Manif à Quimper. Milliers de gens qui défilent sur le bitume... et chantent ! Mais oui, les manifestants ne sont pas que ces casseurs exhibés chaque soir sur les écrans de télé poubelles

Ils espèrent aussi, ils aiment. Ils aiment se retrouver, nombreux et déterminés. Ils luttent. Pour eux ; pas seulement. Pour leurs enfants ; pas seulement. Contre les privilèges ; pas seulement. Ils luttent parce qu'ils ont raison. Parce que, dit leur chanson : "... pour l'honneur des travailleurs, et pour un monde meilleur, on est là, on est là..."

Ils luttent, et avancent, et chantent ensemble : slogans inventifs, drapeaux multicolores. Poésie de la rue qui déborde, d'où la France est issue, non ?

Un moment, le grand serpent de manif devient bicéphale. Quelques centaines se retrouvent la gare de Quimper, entrent pacifiquement, bloquent le quai à hauteur d'un TGV tout bête qui a perdu son conducteur et sa boussole. Et là, ils chantent, de plus en plus fort le même refrain "On est là, on est là..." repris inlassablement, joyeusement. Les minutes passent, on ne sait pas combien. On est là, on chante à l'unisson, on a chaud et on est heureux.

Ont-ils oublié, ceux qui lancent la police sur des mères de famille, ceux qui vilipendent l'unité des faibles, ceux qui crachent sur l'action syndicale, ont ils oublié que cette humanité, parfois désespérante et passive, peut aussi bien souvent, à la faveur d'un moment de grâce, à la faveur d'un lieu commun, à la faveur d'une injustice, d'une répression, partout dans le monde, devenir "le Peuple" et chanter d'une seule voix son amour de la liberté, de la justice ?

On n'a pas envie que cela s'arrête, et cela s'arrête pourtant. Peu à peu, les jeunes, les vieux, les drapeaux, les gilets, les couleurs, les convictions diverses et tout juste réunies, se reforment en cortège et rejoignent tranquillement la rue, la vie, le chez-soi.

Le soir, je regarde une émission hallucinante sur la privatisation de l'eau et la spéculation financière des millions de mètres cubes que l'on peut acheter en bourse à Londres et revendre à Sydney ou à Los Angeles lorsque la sécheresse assoiffe les paysans.

Nos combats si dérisoires peuvent-ils changer la logique de ce monde là? ce monde est il encore le nôtre,  vendu cent fois aux profiteurs ?

On ne sait pas. On ne sait plus. On était là, on reviendra. On survivra dans la fraternité. pour donner tort à la folie de l'argent, au mépris des puissants, à l'arrogance mortifère des possédants.

On est là ! On lâche rien

 

On est là... !

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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 08:11


... écrit dans le train de nuit

 


Escales. Rencontre brèves dont le temps gratifie nos passages. Ici. On n’est jamais venu, on ne reviendra pas. Sans doute.


Repérer. Hésiter. L’arrivée dans la nuit, ou bien au petit jour, le sourire d'un passant, le langage qui s’effrite au long des rues que l’on ne sait pas nommer. Avec le frisson du pied sur le bitume, le grognement d’un train qui nous verse et ne nous reprend pas.

Ne pas se retourner. Redouter l'ankylose. Marcher, marcher. Oublier de dormir. Oublier de manger. Faire du corps un brouillard ou un nuage qui déchire la rêverie. On ne rêve plus, puisqu'on y est, puisqu’on glisse sur le pavé, sur la terre lourde, ou dans l'ombre des rues. Ici. Maintenant.


Et puis demain, dire adieu à la ville indifférente qui ne se souvient plus qu’on l’a serrée de près.

Et puis demain un autre port, un autre lit, un autre enfant qui nous dira bonsoir, un autre bus qu’on a peur de manquer.

Où rien ne manque lorsqu’il faut repartir, avec son sac, lourd de chemins entrelacés. Et le pari des heures prochaines. De l'arrivée.

Du nouveau jour. 
 

Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 16:24

Tu vois, lui dis-je, c'est maintenant que l'on se quitte. Dans ce matin blanc à la frontière de nulle part. Avec douceur et sans regrets : c'est une histoire qui n'a pas eu lieu.


Sur mes talons depuis sept jours elle a marqué son territoire, sa profondeur sans limites, en tenant mes chevilles au dessus des abysses. Elle m'ignorait le plus souvent, me laissant respirer malgré cette agacerie d'aiguille fine plantée dans la chair tiède. 


Parfois je lâche prise et j'oublie qu’elle me tient à sa portée, alors elle gronde un peu plus fort : mon cœur s'emballe et la nuit me surprend, secouée de spasmes à venir. Elle dit qu’elle épargne comme elle veut, selon son bon plaisir, mais je ne suis pas dupe. 


C'est maintenant que j'abandonne. Saluant le navire qui tourne dans le fjord alourdi de nuages bleutés. Grimpée sur la montagne au-dessus de Kirkenes, dans la tourbe et la glace, je la regarde au loin sans savoir quoi lui dire :  peut être un merci, peut-être une rancœur secrète. Je connais la puissance qu’elle n'a pas déployée et me félicite d'être partie à temps, je n’avais rien à offrir en échange. 


La Terre est rousse sous mes pas. Il reste, à peine, ce léger balancement du corps qui ne veut pas lâcher.

J'ai retrouvé la route libre et dure qui ne se dérobe pas, où l'on n'explore pas le fond secret des cales. 
J'ai retrouvé mes pieds. J'ai retrouvé mes mots.

Faire suite à mon post du 22 septembre ?
Faire suite à mon post du 22 septembre ?
Faire suite à mon post du 22 septembre ?
Faire suite à mon post du 22 septembre ?
Faire suite à mon post du 22 septembre ?

Faire suite à mon post du 22 septembre ?

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3 octobre 2019 4 03 /10 /octobre /2019 09:21

Jeudi 3 octobre. Un très grand vieux monsieur (est-il plus vieux que moi après tout) fait une fois, puis deux le tour de l'expo, puis reprend les places une à une en lisant avec une attention soutenue tous les textes qui accompagnent les œuvres présentées. Il a fini. Il s'approche avec une sorte d'hésitation.

J'ai été très intéressé, surtout par les textes, me dit-il. Je réponds : merci, attendant la suite qui vient après mûre réflexion. C'est très fort, reprend-il, j'ai rencontré une émotion puissante à chaque nouveau poème. Dès le début on est happé par le sujet et la façon de l'aborder... Vous terminez souvent par une mise à distance un peu étrange, une sorte de pirouette, une forme de légèreté qui désamorce la bombe prête à exploser... Je laisse passer quelques points de suspension qui tombent soyeusement dans le silence. Puis : vous avez vu tout ça ???

Je suis stupéfaite, personne ne m'a jamais dit cela avec une telle justesse, une telle acuité. Je m'arrête de parler. En quelques minutes le timide visiteur a lu en moi sans façon, révélant avec clarté ce que j'ai peine à m'avouer. Vous écrivez vous aussi ? Je tente une approche pour détourner la conversation de ma grande confusion. Il répond : il n'est pas nécessaire d'écrire pour ressentir les mots. Il a raison, c'est sûr. Encore un temps de silence. Je réfléchis. Puisque vous êtes si clairvoyant, permettez moi  de vous proposer une amorce de réponse. Cette mise à distance des grandes colères, des indignations, des douleurs est la seule chose qui permette d'agir, enfin. Être submergé par la violence des ressentis paralyse. Je m'en défends de façon constante. Et raisonnée.

Ou alors, ajoute-t-il doucement, les émotions fortes bouchent la sortie et ne permettent pas d'exprimer ce qui est à l'intérieur. Il semble qu'il y ait dans cet homme beaucoup de mots qui n'ont pas trouvé la sortie de secours. Je me trompe peut être, et me contente d'un  banal oui, certainement. Puis je reprends. En tout cas, la distanciation est certainement la condition sine qua non de la création à propos de tout ce qui suscite tristesse, révolte et désespoir. L'insupportable devient art parce qu'il refuse de devenir haine, parce qu'il garde la force, et la vie, intactes. Nous sommes d'accord. Je n'ose plus rien dire, juste encore, merci beaucoup.

Au fait. La conversation ne s'est pas sans doute pas déroulée avec ces mots exacts, mais la vérité de l'échange fut aussi claire pour moi que ma colère est souvent noire !

 

Et donc ... quelques mots pour présenter ma démarche sur des chemins tortueux ... et "protéiformes" comme disait avec humour  un autre visiteur de l'expo !

vie d'artiste etc...
vie d'artiste etc...

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 15:32
Sur la carte satellite on voit le trajet de la voie ferrée entre  Laroquebrou et Laval s/Cère, qui suit la rivière (Cère) tandis qu'aucune route ne passe par cette vallée encaissée qui détermine les limites du Cantal, du Lot et de la Corrèze

Sur la carte satellite on voit le trajet de la voie ferrée entre Laroquebrou et Laval s/Cère, qui suit la rivière (Cère) tandis qu'aucune route ne passe par cette vallée encaissée qui détermine les limites du Cantal, du Lot et de la Corrèze

Il fallut moins d'un siècle pour donner à tous les pays du monde le transport ferroviaire, au prix d'efforts humains, industriels, logistiques sans précédent : ouvrages d'arts, tunnels creusés à la main, ou presque, viaducs, ponts de fer, milliers de kilomètres de voies destinées à relier les hommes, à amener les marchandises là où les routes n'allaient pas, là où le seul moyen de transport était la charrette ou la barge fluviale.

 

Chaque voie ferrée abandonnée au profit de la route, est un déni de tout ce qui a été donné, espéré et promis par un mode de liaison qui reste parmi les plus économiques, écologiques, en dépit de l'entretien nécessaire de toutes ses infrastructures.

 

Le petit train qui longe cette vallée de la Cère, où aucune route ne peut s'immiscer, rappelle constamment au voyageur le travail titanesque accompli pour construire la voie, et la fragilité d'une ligne autrefois nécessaire ( construite en alternative au transport par les gabarres), désormais en sursis (dont on ne sait combien il pourra tenir).

 

J'avais emprunté cette voie dans les années 70 lorsque la liaison ferroviaire menait de Périgueux à Aurillac. Aujourd'hui c'est à Brive que le train d'Aurillac trouve son terminus, toute la partie Ouest ayant été abandonnée (notamment Sarlat, Souillac, etc..).

 

J'ai fait en juillet cet aller-retour entre Laroquebrou et Biars-Bretennoux... pour la beauté du geste et pour l'amour des trains.

train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 14:35

Mais qui m'a dit ce jour là "l'important c'est de rester jeune dans sa tête" ?

Sais-tu bien que ma tête se refuse à cela ? accepter l'intrusion d'un chien fou qui mette en péril cicatrices et traversées, savoirs, éclats, et surtout, l'âge de mes artères ? Ah ça non !

Le Moi de moi fantaisiste, rebelle, ou non conforme, dit non au paraitre - faire plus - avoir l'air moins, et brandit, œil courroucé, sa carte senior, sa lointaine ménopause, ses petits enfants, ses vieilles lunes et ses cheveux blancs

Vieux c'est pas moins que jeune, si c'est pas mieux

Vieux, pas une insulte, pas une étiquette, pas une morale, pas une malédiction, c'est de l'identité. Mon utérus (comme dit Élodie Poux), mes yeux marrons, mes noires colères et mon vieux caractère. C'est mon identité.

Il y a de vieux enthousiastes (ah! Michel Serres) et des jeunes cons bornés. Tout le contraire, aussi. Et puis, des pessimistes et des hésitants, des marginaux et des cadrés bien encadrés, des femmes des hommes, et d'autres qui ne savent pas, des anarchistes, des ruminants, des fous à lier, des déchaînés. Il y a de tout. Avec un âge, un jour, une date de naissance, qu'est-ce que tu veux de plus ?

Ma peau le sait, mon corps l'écrit, ma tête aussi. C'est ça ma vérité, parce que pour tout le reste, hein, personne n'est sûr de rien ... L'âge au moins, on sait d'où ça nous  vient. Soixante dix piges dans le sac à dos, et regarder devant, jusqu'au bout, sans savoir quand. Mais on s'en fout. La vérité c'est maintenant.

Pas trop jeune dans sa tête, c'est bien comme ça. Pas de quoi s'en vanter, mais on n'a pas le choix !!!

l'âge de ses artères

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Repères

  • : ANISARA
  • ANISARA
  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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