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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 19:31

On me disait : "ce que tu écris, ce que tu montres, ce que tu joues, c'est la tristesse, c'est la colère du monde. Pourquoi n'écris-tu pas la joie, la paix, l'insouciance ? "

Je répondais - avec cynisme - "Ah oui, montrez les moi. Ah oui, que je vienne vers elles, et mes mains se tendront jusqu'à les reconnaitre"

Non, c'est autre chose.

Si l'artiste ne fait que reproduire la beauté à l'état de nature, à qui, à quoi servira-t-il ? La réalité n'est-elle pas infiniment plus riche, plus étonnante, plus machiavélique aussi, que ce qu'il peut concevoir ? ( il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre... disait le grand William...)

J'aime les histoires vraies. Je l'ai dit souvent . Pas parce qu'elles devraient être  plus gaies, ni parce qu'elles devraient mieux nous consoler, mais parce que la seule trace évidente que je trouve à suivre leur chemin, est leur réalité.

Je ne méprise pas l'imaginaire. Je lui trouve moins d'invention que le réel. Je voudrais que l'image procède seulement d'un arrangement du vrai, d'une folle combinaison, d'un recadrage ou d'une fixation, d'une sur- exposition. Tous les photographes, tous les cinéastes, et même les comédiens, le savent : c'est dans la focalisation sublimée de la vérité qu'on cherche, qu'on trouve son art. 

Paradoxe, dira-t-on, que ce gout affiché du réel, combiné à la beauté (mensonge !) suprême du cadrage, si c'est pour n'offrir que la noirceur du monde qui colle à son reflet .

Oui. Je n'écris pas comme un artisan qui se met fiévreusement au travail chaque matin. Béni soit ce professionnel, et ses œuvres majestueuses que je n'écrirai jamais : par mon incapacité à me mettre à table (!), par amour du vivant (mais oui...), par un penchant naturel à la gaité sans contrainte, qui me font jouir de la beauté et de la lumière sans avoir à les écrire chaque fois qu'elles me traversent.

Je suis moi, l'artisan d'une besogne timide et minuscule qui assoit mes visions seulement lorsqu'elles deviennent pesantes et nécessaires, m'obligeant à les déposer. Pourquoi ? pour mieux en rire, qui sait?

Il fut une période de ma vie, où je dessinais chacun de mes rêves nocturnes. Thérapie ? s'il faut le dire, oui, sans doute. Mais l'écriture n'est pas thérapeutique.

Elle contient en elle-même cette douleur fragile identique à celle des rêves. Celle d'une vérité qui s'échappe. Celle de la nécessité, brève et sporadique d'un partage assumé. Et surtout, comme l'encre et le gras du crayon maculent la blancheur du cahier, elle assume la noirceur originale de ses outils, de ses procédés, et de ses mots jaillis.  Pour faire de la colère, des larmes, des orages, des injures et des monstres d'images que chaque jour déverse, un temps de repentir, un temps de construction, un temps de beau temps qui s'annonce au couchant des nuages qui tremblent.

Ce que j'écris, ce que je montre, ce que je veux. De la laideur insultante et de la haine vorace, tisser des mots enchantés qui ne détournent pas du vrai. Qui ne "divertissent point " (voici Monsieur Pascal ...) , mais qui font voir plus haut : conscience, catharsis, lucidité téméraire. 

Je ne détournerai pas mes yeux face à la guerre, mais j'en admire les "Guernica" ( et Monsieur Picasso).

La faiblesse de mon talent m'interdit de viser au sublime. Elle m'autorise pourtant à nommer ce qui est, quel que soit le malaise qui en résulte.

Parce que c'est une vérité. Parce que cela devient une création. Parce que c'est ainsi. Cassandre de banlieue solidement arrimée à sa vision du pire. Tant pis pour "moi" ! Car  ce que j'admire, ce que j'aime, souvent me chavire, mais "moi" ne compte pas, face au cri d'un seul autre, à la déchirure maléfique de l'histoire humaine.

Aimer les gens, la "Nature", comme on dit. Désespérer de la violence, des uns et de l'autre.

Dans l'arbre vert, c'est toujours l'ombre et le squelette que je vois.

L'arbre est vivant. L'apparence est sa vérité. Sa substance est sa vérité.

Ma vérité c'est l'image d'un arbre tordu qui implore la délivrance du jour. Voilà ma folie, mon regard et peut être, mon art.

Face au soleil qui brûle, tout au milieu.

 

ma vie d'artiste (9) - les bois noirs

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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 10:00

...après l'exposition "Henri Michaux Face à Face" au centre Wallonie- Bruxelles à Paris (face à Beaubourg)

Me souviens de ces jours où je la découvrais, puis l'oubliais, la retrouvais ici et là, pour une chanson fredonnée (Danielle Messia), pour un poète qui la tirait du néant droit (Henri Michaux), pour un philosophe contrarié (Michel Serres), pour un jeu d'amputé qui nourrissait la scène

"Gauche" et "maladroite" : voilà bien de ces mots assenant une vérité calibrée qui ne souffre pas de lenteur, de virages et de brusques dérapages. Un brevet de bonnes raisons, où s'enlise l'autre part. Qui est. Qui n'est pas. Et que moi je voulais.

Avec le temps, ne suis pas plus "adroite" mais ai apprivoisé la gauche, la paresseuse, la douteuse, la mélancolique et son troupeau de bêtes préhistoriques. Ses mots qui flinguent la bonne conduite, ses sonorités d'os en travers de la gorge, ses avalanches de cailloux en travers du chemin.

La voilà ! vaniteuse de foire ! elle fait des roues carrées, et creuse des puits de dentelle où s'engouffrent des vents d'enfance mal tournée. Que j'aime, ô ma moitié. Ma maladresse.

C'est de l'art chaque jour que jaillit l'incertitude de ma recherche. Je ne veux pas trouver.

Je veux marcher sur deux pieds, tantôt l'un tantôt l'autre, et tracer des lignes à deux mains. Lignes de vie, lignes de hiéroglyphes, lignes de mots bancals qu'un seul coté ne conduit pas. Il n'y a pas de murs, le ciel est infini. C'est la main qui le tient.

Mais de ne pas savoir, je dis : laquelle ?

............................

Voici donc qui fait écho à un texte plus explicatif retrouvé , sur le même thème, dans un vieux numéro (Février 1998!) de la revue "Quimper est poésie" à laquelle je collaborais ...


Plonger « au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ». Cette injonction baudelairienne entraîne vers un ailleurs improbable et mythique ceux, poètes ou autres, dont l'amertume de n'être que soi, de ne vivre que sa vie prétendument étriquée, conduit obstinément à la quête désespérée d'un autre espace, d'un autre temps .

La « terra incognita » pourtant, et les «gouffres » si l'on veut bien prendre le risque de s'y pencher, sont parfois plus près de nous que nous ne l'imaginons. En nous-mêmes sans doute, et cette exploration-là, telle que la menèrent MICHAUX et d'autres, me fit penser un jour que l'inconnu qui dormait au fond de moi valait aussi bien que tous les voyages incertains - Ne considérant par exemple que cette moitié ignorée de ma «connaissance savante » : la main gauche (pour moi qui suis droitière).

Expérience : faire passer un jour le crayon dans l'autre main, tracer avec maladresse des signes tremblants, tandis que la « première », la droite reste sur la table comme une baleine échouée et monstrueuse, désormais inutile, mais tellement présente et encombrante, alors qu'au quotidien , l'« autre », la gauche ne me sert à rien, je l'oublie la plupart du temps.
Cette « reconnaissance » de « l'homme gauche »* a l'intérêt de faire émerger en soi une écriture étrangère, un tracé difficile qui révèlent une sorte d'expérience « brute », dépouillée de toute habileté, de toute tentative faisandée de tomber dans le convenu et le brillant. Cette application enfantine, au bord de la souffrance, à poser le signe qui échappe laisse échapper par la même occasion toute référence aux habitudes de pensées**.

L'activation de ces différents espaces morcelle notre cervelle dans son hétérogénéité, mais aussi la titille et l'excite dans sa nouveauté. Nulle pensée n'est unique, fut-ce à l'intérieur du même individu. Nos fragments d'images, de mémoires, de savoirs, de rêveries se mêlent en des cocktails toujours réinventés, et plus nombreux sont les ingrédients sollicités, plus variées les combinaisons possibles.
Une île vierge est là, inexplorée et bancale à l'intérieur de nos corps, au bout de doigts rebelles et maladroits gravant le chemin qui va du - je ne sais plus rien - au - peut-être qu'à l'orée d'un autre monde apparaîtra « l'espace du dedans »*-


*Henri MICHAUX  : « 1957- se casse le coude droit. Ostéoporose. Main inutilisable. Découverte de l'homme gauche » in « Quelques renseignements sur cinquante neuf années d'existence »

**Ce qui est en jeu à ce moment c'est aussi une mise en marche d'autres connexions nerveuses, chaque moitié du corps étant commandée par des zones hémisphériques contraires du cerveau

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 09:38

Voici le terme d'un processus par lequel une nation entière et souveraine décide de ses orientations politiques pour les années à venir. A travers ce choix elle manifeste son attachements à des valeurs, des idéaux et précise ses désirs et ses espérances pour l'avenir.

Le jeu démocratique exige que de véritables alternances voient le jour et que des minorités puissent parfois devenir majoritaires pour mettre en oeuvre leurs projets de société. Il est permis de les combattre si ces projets sont en désaccord avec les valeurs fondamentales de la démocratie. Encore faut-il ne pas tomber dans l'intox et la désinformation.

Que n'entend -on pas en ce moment sur l'extrémisme supposé du vote de France Insoumise, lequel n'est évidemment ni extrémiste, ni violent, ni dictatorial, mais porté par une espérance et une dynamique qui ne sont pas moins légitimes que celles qui ont porté les formations au pouvoir depuis 30 ans. Dont les résultats sont médiocres et parfois catastrophiques pour des pans entiers de notre société! S'en préoccupe- t-on ? ou pas ? Pourquoi le vote FN n'est-il pas analysé par les frileux comme le résultat des échecs et erreurs des pouvoirs antérieurs. Pourquoi ne pas tenter le vote de l'espoir, contre le vote de la haine, pour des millions de laissés pour compte? Qu'y aurait-il à y perdre ?

Le désir d'une alternance est peut être une aventure. Mais il n'est pas détestable d'espérer cette aventure, cette découverte d'un autrement possible, comme on explore un ailleurs insoupçonné ? personne en vérité ne croit aux lendemains qui se mettraient à chanter d'un magique claquement de doigts. Du travail, de la conscience et de la volonté seront nécessaires. Nous n'en manquerons pas. Et nous saurons dire à nos responsables qu'ils se trompent si c'est le cas. Une nouvelle constitution pour la 6ème République devrait nous le permettre.

Inventer. Rêver. Créer. C'est ce que nous voulons, face au lot d'alternatives mensongères, de raisons déraisonnables ou de prétendues nouveautés que nous propose chaque élection. Ce monde reste désespérément soumis aux appétits monstrueux, aux élans guerriers, aux profits illimités des trop gavés. Qui ne désirerait essayer autrement, autre chose, face à la destruction de valeurs qui devaient articuler notre pensée, face à l'ignorance dans laquelle on maintient les plus faibles, face à l'asservissement aux intérêt financiers, face à la peur entretenue chez nos contemporains ?

En 2005 des millions de français avaient répondu qu'ils ne voulaient pas de cette Europe là (et non pas de l'Europe comme concept). A-t-on pris en compte cette volonté majoritaire du droit à réfléchir, de l'urgence d'attendre face à la loi des marchés? On a balayé leurs inquiétudes, leur refus d'asservissement. On a fait fi de leur liberté de dire non.

Comme en 2005, et par la suite, lors du déni de démocratie que fut le traité de Lisbonne, on recourt au mépris et à l'argumentation  puérile pour tuer cet élan. Mais non, les français ne sont pas des imbéciles, les banques ne sont (hélas) pas en position de faiblesse, les chars de Poutine ne sont pas aux portes de Paris !

Ce que manifestent ceux qui s'apprêtent à voter pour Jean Luc Mélenchon, ce n'est pas la soumission à un homme, si brillant fût-il, c'est un nouveau permis de rêver.

Tous les artistes, si nécessaires à un monde humain, vous le diront. Rêver le monde permet de transformer le réel, créer l'oeuvre au coeur de son désir permet de l'accomplir, penser l'impossible, voilà l'enfance de l'Art. 

Au regard de notre brève histoire humaine, nous sommes des enfants qui explorons à tâtons l'infini des possibles. Donnons nous une chance de voir un nouveau jour plus juste, plus libre, plus fraternel.

Essayons !

France insoumise, c’est FI. Et nous le disons en grec. (…) Phi, c’est la philosophie, c’est l’amour de la sagesse, ça va comme programme !

France insoumise, c’est FI. Et nous le disons en grec. (…) Phi, c’est la philosophie, c’est l’amour de la sagesse, ça va comme programme !

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 09:35

Accidents

Dans l'art de la scène ils se multiplient confusément. On oublie le texte, on laisse tomber le livre, on trébuche sur une latte disjointe. On ne sait plus, d'un seul coup où l'on se trouve, ce que l'on fait, ce que l'on doit faire. Le public n'en saura rien le plus souvent, qui verra dans une hésitation ou dans une chute un moment volé dont on ne sait s'il est vrai ou pas vrai. Puisque ce public sait, au demeurant, que tout est faux de ce qu'il reçoit à l'instant.

Jouer de l'accident est un art plus profond qu'il n'y parait. Il est, peut être, une forme avouée de modestie qui cache une forme orgueilleuse de domination pour tout ce que le hasard m'offre et que je récupère à mon avantage. Comme si c'était moi qui l'avait voulu, organisé, en une apparence subtile qui fait douter de toute représentation.

Parfois l'artiste fatigué avoue son inconfort et sa sécheresse, alors, il laisse aller ce peu qui ne lui ressemble plus. Il abandonne. Il laisse tomber le pinceau ou rature le mot en cours de route comme s'il l'avait voulu ainsi. Et parfois même déclenche cet accident de lassitude, au moment juste où quelque chose en lui dit : tu en as fait assez. Il faut laisser ton ardeur en chemin et donner quitus au hasard. Accepter la défaite et laisser faire le vent.

Ceux qui organisait ce hasard, comme nos surréalistes, étaient plus roués qu'il semble à première vue. Parmi des milliards possibles de mots arrangés entre eux, pourquoi choisir celui ci ou celui là ? Laissons faire l'accident, la respiration de l'air, l'image du rêve, dirent-ils, et nous prétendrons avoir inventé le nouvel art. Nouveau ? je n'y crois guère.

Car à chaque moment de la vie d'artiste. De la vie. Qui nous contraint à choisir tel mot, tel direction, tel trait de quelle couleur, quelle hésitation face à la roue des possibles ?

On prétend que le créateur domine de son art, de son savoir faire, de son habileté, de son intention manifeste, tout ce qu'il entreprend: le plan et la réalisation, le croquis, l'ébauche et le travail, la forme et la couleur, le mot et la phrase.

Oui, mille fois oui à ce travail constant que la volonté tient à flot. oui au travail, au désir et au vouloir.

Mais non, mille fois non, à cette idée que tout est si bien carrelé qu'on ne voit plus le sol, le terreau, la faille ou le volcan qui couvent sous nos pieds.

J'aime les accidents, j'aime qu'on sache ne pas les masquer, qu'on apprenne à les vouloir, qu'on les magnifient comme une part de maitrise, qu'on écoute leur voix secrète, qu'on accepte leur dépassement, leur violence et leurs révélations.

J'aime qu'on ne sache pas tout avant de l'avoir fait.

Je n'écrirai jamais de romans, parce que je les ai déjà écrit, parfois tout entiers au cours de nuits sans sommeil. A quoi bon, alors ?

Je choisis l'accident, la maladresse, cette part de hasard, qui désorganisent le temps, la main, le regard et accordent leur confiance au souffle de l'incertitude.

Ma vie d'artiste (7)

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 20:31

... le premier livre de poésie que ma mère m'a offert quand j'avais 5 ans, lorsqu'elle m'apprit à lire

puis, les premières cigarettes mentholées que je lui piquais en douce à 15 ans

Ce soir je fumais une clope dans la nuit glacée en guettant la lune qui ne s'est pas levée

trop de nuages, ou pas le bon moment ? comme pour tout le reste ...

je garde les étoiles qui sont mes références : Gémeaux, Pléiades, Orion...

et le reste ?

je m'en fous !

Poésie

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 10:33

quelques définitions du dictionnaire concernant le mot "voeu"

Promesse faite à la divinité pour obtenir sa faveur ou en remerciement d'une prière exaucée.

Vif souhait, vif désir de voir se réaliser quelque chose : Le résultat est conforme à vos vœux.

Souhait particulier, fait dans certaines occasions, liées à une tradition, une coutume, des superstitions, etc. : Faire un vœu quand on voit une étoile filante.

 

 

Tant de voeux échangés aujourd'hui pour conjurer la peur... de quoi ?

Et malgré cela, des rétrospectives d'instants heureux qui s'insèrent entre les maux

Regarder vers l'avant, regarder vers l'arrière ?

La vérité est elle dans cette étoile filante, très loin de nous, qui trace au coeur des nuits une lueur de beauté fugitive ? ou dans la nuit elle même qui ne se dépare pas de l'espérance du matin ? ou dans celui qui regarde et croit au lendemain avec ce vif désir de saisir le jour nouveau à pleins bras, à plein regards ?

je livre ces images, et j'attends, moi aussi, toujours debout, avec cette étoile imprévisible des voeux humains qui savent tout inventer. Le meilleur et le pire. 

 

 

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 17:38

Période de Noël oblige, nous voilà en plein dans une actualité qui irrigue de nombreuses prises de position politiques, de nombreux et virulents débats faits pour semer le trouble et diviser encore un peu plus le peuple sur la défense de ses communes valeurs, si tant est que celles ci puissent résister longtemps encore à la déferlante du racisme, de l'exclusion et de l'autoritarisme ( c'est à dire le contraire même de notre "liberté, égalité, fraternité")

Je veux parler de la question des "racines chrétiennes" de l'Europe en général , et de la France en particulier. Certes, le visage de la France n'est pas affranchi de cette histoire, notamment religieuse, qui a façonné ses paysages de villages et de clochers, nombre de ses références littéraires et la presque totalité des jours fériés...

Mais, comme toute identité, comme toute histoire, comme tout arbre, rien ne tient au sol et au sens s'il s'appuie sur une racine unique. Il ne peut être question de s'isoler de cette multiplicité qui nous a modelés tels que nous sommes.

Je ne sais vraiment dire ce qu'est "être français", je ne suis même pas certaine d'en concevoir une vraie fierté, mais je suis certaine en revanche que limiter nos origines à la seule question d'un fait historique religieux, que certains voudraient inscrire dans notre Constitution serait un mensonge et un déni de diversité. 

Je revendique mes racines avec la mythologie grecque, avec le paganisme flamboyant des celtes et des barbares, avec le maillage des voies romaines, avec le sang des communards, comme avec la rondeur des églises romanes.

Je revendique la mathématique arabe, la poésie stellaire des légendes amérindiennes, les crues du Nil, les chevauchées mongoles, les chorals de Bach autant que l'engagement de tous les résistants

Je revendique les libres penseurs de la laïcité, le plafond de la Sixtine, les visions de Galilée, la philosophie des lumières et les cavernes de Néanderthal

Je revendique Lucy l'africaine, et nos corps poussières d'étoiles

Je ne dénie pas la Culture qui m'a vue naitre là où je suis et qui m'accompagne avec bonheur, le plus souvent, je n'ignore pas mon Histoire, mais ... je choisis l'humain dans la totalité de ses couleurs.

Rien d'humain il est vrai, n'existe sans cultures, sans racines, sans lien social. Même le plus reculé des hommes est partie prenante d'une identité culturelle. Mais aussi, même le plus reculé des hommes peut être grand ouvert, multiple et généreux, dans son espoir de recevoir, comme dans son désir de partage.

Si ma façon de construire mes valeurs pourrait être venue pour partie, en ce qui me concerne, d'une éducation religieuse, je revendique qu'elle en soit la meilleure et la seule part, car je n'ignore pas que partout dans le monde des êtres humains ont un tel désir chevillé au corps, présent à l'esprit, inscrit même dans leur loi. Je refuse donc d'en faire  la marque d'une seule origine, d'une seule idéologie, d'une seule culture, d'une seule racine. 

Je suis forêt, millepattes, oiseau sur l'aile du vent, poisson des profondeurs, et encore, humaine, consciente, capable d'émerveillement, que nulle fallacieuse promesse d'au delà ne détournera de son intime dispersion.

Pour moi, le danger de toute Foi serait d'accorder à l'homme des promesses non vérifiables. Je fonctionne avec raison et coeur. Ils me disent qu'il n'y a pas une seule vérité, une seule sève, une seule promesse,  une seule racine sous mes pieds qui rythment des questions sans fin.

Je ne veux pas de réponse. Je veux l'arbre entier. Je veux toutes les racines.

 

Racines

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 18:32

il fait froid, mais pas seulement.

s'enfoncer dans une nuit polaire peut effrayer, mais pas toujours

je n'attends pas le printemps, je m'étonne des étoiles, des tourbillons, des âmes décharnées que le vent ne porte pas et que la terre appelle.

vieillir ne fait pas peur, mais, ne pas savoir où laisser tomber l'instant présent ?

dans les cahiers anciens ? dans les dentelles cousues de salive ? dans le jour chétif qui s'abime d'artifices?

il vaudrait mieux ne pas s'en faire violence, juste passer au dessus des nuages vers le désert de rouille qui ne dit rien de la vie

sinon qu'elle n'existe pas

il n'y a que les vivants

le reste ...des mots

qui eux, ne vivent déjà plus au moment où tu les lis

 

 

lettres d'hiver

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 17:30

Liquider, faire le ménage, jeter par dessus les moulins. Qu'on appelle comme on veut.

Qu'on rappelle soudainement parce que les armoires débordent. Parce que le temps est compté. 

Cinquante années de carnets qui ont trainés de poches en lits, de maisons fermées en espaces grands ouverts, de voyages en arrêts fulgurants

Et puis, que faire de tous ces mots ? que faire de sa vie, de la vie qu'on a collectionnée en planches d'insectes ordinaires ? pattes de mouches rendues illisibles par tous les changements, ou les redites, qui écoeurent le plus souvent

oui, mais tout de même, c'est MA vie...

Quelqu'un a une idée ?

Trop de notes !

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 17:37

suite à la visite de l'expo "BEN, TOUT EST ART ? " au musée Maillol à Paris

 

Ben est un autodidacte ? Ben est un petit malin ?

Ben est un artiste ? 

Ben est un inventeur ? un créateur ? un enjôleur ?

un manipulateur ? un enfumeur ?

Pas répondre à la question. Aller à la rencontre hors cadre.

Art au centre d'une vie qui creuse et recreuse.

Questions ? questions? QUESTIONS ?

D'une vie qui persiste à se vivre au milieu de l'invraisemblable empilement d'une ré-organisation d'objets, de déchets, de récup, d'archives, d'idées contradictoires.

Ben a créé l'idée du mot comme production d'art, l'idée de l'art comme vision d'un objet neuf au milieu de l'ancien, l'art de la représentation jusqu'au pillage, à l'appropriation, mais qui se manifeste et se met en image, autrement ...

Ben, c'est étonnant, détonnant ? C'est à voir.

C'est à rire. Et, parfois, à pleurer. 

 

MAIS QUI EST BEN ?
MAIS QUI EST BEN ?
MAIS QUI EST BEN ?
MAIS QUI EST BEN ?
MAIS QUI EST BEN ?
MAIS QUI EST BEN ?
MAIS QUI EST BEN ?
MAIS QUI EST BEN ?

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 10:20

Mise en scène

L'Art de la mise en scène, que j'ai pratiqué un grand temps de ma vie, m'a ramené, sans le savoir, à des pratiques anciennes, plastiques, choisies, qu'un moment j'avais crues détournées par le théâtre, qui n'était pas un premier choix, mais dont j'ai gardé certains codes dans ma pratique.

Par exemple, la culture de cet « art de l'éphémère » comme matière de la création. L'action théâtrale demande beaucoup de travail pour un résultat qui ne se matérialise pas, sinon à l'instant de la rencontre avec le public. Ainsi sans doute de toute œuvre créée. En effet, le moment de la « répétition » où l'on forge une matière impalpable, entraine celui de la « représentation » qui a besoin de l'échange avec l'autre. Lorsque je dis « échange », je veux dire par là que l’œuvre seule n'aura pas de valeur intrinsèque, quelle qu'elle soit, sinon dans le moment où l'autre lui donnera son attention, son émotion, et son regard qui font exister la création

Ensuite, l'art de la « récupération ». Le metteur en scène ne crée pas tout, il peut imaginer des décors, des costumes, des lumières, des placements, il peut se saisir d'un texte non contestable, mais il dispose au final d'un matériau unique et non réductible : le corps, la voix, le vécu du comédien qu'il met en scène. Cette réalité le contraint à prendre, à récupérer, pour son discours tout ce qui se joue dans le corps de son interprète. J'aime cette utilisation des supports, des objets, des matières qui ont une histoire, une forme, un passé qu'on ne soumet pas en tous points à sa volonté mais qu'on apprend à respecter tout en les mettant au service de son projet. J'aime cette nécessité d'une « improvisation à partir de » qui ne parle pas d'une virginité de la page mais de l'importance d'un fond d'existence.

Enfin, l'idée de la mise en scène comme organisation d'espace, de temps, de sons, de mots, de décors et de corps, procède bien d'un art total quoique distancié par sa mise à l'écart en un lieu improbable appelé espace scénique. Cette mise en espace peut n'être qu'une convention entre le créateur et le spectateur, néanmoins, la fonction de cette séparation est essentielle, c'est tout le contraire d'une immersion, ce que Peter Brook appelait « lieu sacré », et à qui je donne, moi, le nom simple d'exposition. Car je ne sais rien du sacré, je disais déjà que le créateur humain le plus génial est un homme comme moi - ou nous sommes tous des dieux, potentiellement, - ou il n'existe pas de dieux-, en revanche ce créateur est singulier, particulier et m'expose en artiste sa vision du monde : je ne suis pas lui, je ne suis pas en lui, je suis en lien, en empathie, ou en refus selon le cas, en tous cas toujours à cette distance minimale du face à face qui autorise l'admiration sans la fusion, la beauté sans le chaos, qui amène la rencontre parce que nous sommes deux, qui amène la beauté parce que l’œuvre procède d'une organisation, d'une volonté et non du seul hasard, qui pose enfin la question d'un être différent que le monde interroge à sa façon.

L'Art est comme une mise en scène de ma fiction humaine qui se dévoile, sans pour autant occulter le mystère que je garde en moi comme mon unique trésor, mon unique ressort.

♦ ma vie d'artiste (6)

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 15:06

Dans les moments de violences sociales, de troubles de la pensée, d'émotion médiatique, on pourrait dénoncer comme inutiles, voire démobilisatrices, la parole ou l'expression des artistes qui tricoteraient leur œuvre, bien au chaud dans leur salon.

D'une part, tous les artistes ne jouent pas de cet écart, beaucoup d'entre eux sont immergés dans la réalité et la souffrance du monde, comme nous tous. D'autre part il me semble que c'est dans ces moments là que nous avons tous besoin d'une distance créatrice pour mener nos émotions au terme d'un acte engagé et réfléchi, afin d'ordonner les passions et les outrances de l'imagerie sans fin - aussitôt remplacée par une autre, d'ailleurs, en fonction d'une actualité tout aussi dramatique !

Deux rencontres, au musée Groeninge de Bruges et au LAAC de Dunkerque, témoignent d'une actualité brûlante : Maryam Najd est iranienne, Barthélémy Toguo est camerounais.

Ils prennent acte, chacun à leur façon, des évènements tragiques en Méditerranée autour des traversées de migrants, pour nourrir nos émotions, nous inviter à ressentir, tout en prenant le temps de cette distance dont je parlais - que les exacerbations actuelles de la politique du tout réactif refusent de prendre, afin que celui qui parle devienne plus important que ce, ou ceux , dont il prétend partager les douleurs.

Pour en savoir plus sur ces artistes, on peut cliquer sur les liens ci dessous:

https://bezoekers.brugge.be/maryam-najd-4

http://barthelemytoguo.com/

Maryam Najd

Maryam Najd

Barthelemy Toguo

Barthelemy Toguo

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Repères

  • : ANISARA
  • ANISARA
  • : Après la publication de mes livres "lettres d'anisara aux enfants du Togo" et "Villes d'Afrique", ce blog rend compte en chroniques, poèmes, photos, dessins, des rencontres avec les humains et la solidarité, avec la poésie, l'art, les cultures, l'Afrique et les voyages.
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