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3 octobre 2019 4 03 /10 /octobre /2019 09:21

Jeudi 3 octobre. Un très grand vieux monsieur (est-il plus vieux que moi après tout) fait une fois, puis deux le tour de l'expo, puis reprend les places une à une en lisant avec une attention soutenue tous les textes qui accompagnent les œuvres présentées. Il a fini. Il s'approche avec une sorte d'hésitation.

J'ai été très intéressé, surtout par les textes, me dit-il. Je réponds : merci, attendant la suite qui vient après mûre réflexion. C'est très fort, reprend-il, j'ai rencontré une émotion puissante à chaque nouveau poème. Dès le début on est happé par le sujet et la façon de l'aborder... Vous terminez souvent par une mise à distance un peu étrange, une sorte de pirouette, une forme de légèreté qui désamorce la bombe prête à exploser... Je laisse passer quelques points de suspension qui tombent soyeusement dans le silence. Puis : vous avez vu tout ça ???

Je suis stupéfaite, personne ne m'a jamais dit cela avec une telle justesse, une telle acuité. Je m'arrête de parler. En quelques minutes le timide visiteur a lu en moi sans façon, révélant avec clarté ce que j'ai peine à m'avouer. Vous écrivez vous aussi ? Je tente une approche pour détourner la conversation de ma grande confusion. Il répond : il n'est pas nécessaire d'écrire pour ressentir les mots. Il a raison, c'est sûr. Encore un temps de silence. Je réfléchis. Puisque vous êtes si clairvoyant, permettez moi  de vous proposer une amorce de réponse. Cette mise à distance des grandes colères, des indignations, des douleurs est la seule chose qui permette d'agir, enfin. Être submergé par la violence des ressentis paralyse. Je m'en défends de façon constante. Et raisonnée.

Ou alors, ajoute-t-il doucement, les émotions fortes bouchent la sortie et ne permettent pas d'exprimer ce qui est à l'intérieur. Il semble qu'il y ait dans cet homme beaucoup de mots qui n'ont pas trouvé la sortie de secours. Je me trompe peut être, et me contente d'un  banal oui, certainement. Puis je reprends. En tout cas, la distanciation est certainement la condition sine qua non de la création à propos de tout ce qui suscite tristesse, révolte et désespoir. L'insupportable devient art parce qu'il refuse de devenir haine, parce qu'il garde la force, et la vie, intactes. Nous sommes d'accord. Je n'ose plus rien dire, juste encore, merci beaucoup.

Au fait. La conversation ne s'est pas sans doute pas déroulée avec ces mots exacts, mais la vérité de l'échange fut aussi claire pour moi que ma colère est souvent noire !

 

Et donc ... quelques mots pour présenter ma démarche sur des chemins tortueux ... et "protéiformes" comme disait avec humour  un autre visiteur de l'expo !

vie d'artiste etc...
vie d'artiste etc...

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 15:32
Sur la carte satellite on voit le trajet de la voie ferrée entre  Laroquebrou et Laval s/Cère, qui suit la rivière (Cère) tandis qu'aucune route ne passe par cette vallée encaissée qui détermine les limites du Cantal, du Lot et de la Corrèze

Sur la carte satellite on voit le trajet de la voie ferrée entre Laroquebrou et Laval s/Cère, qui suit la rivière (Cère) tandis qu'aucune route ne passe par cette vallée encaissée qui détermine les limites du Cantal, du Lot et de la Corrèze

Il fallut moins d'un siècle pour donner à tous les pays du monde le transport ferroviaire, au prix d'efforts humains, industriels, logistiques sans précédent : ouvrages d'arts, tunnels creusés à la main, ou presque, viaducs, ponts de fer, milliers de kilomètres de voies destinées à relier les hommes, à amener les marchandises là où les routes n'allaient pas, là où le seul moyen de transport était la charrette ou la barge fluviale.

 

Chaque voie ferrée abandonnée au profit de la route, est un déni de tout ce qui a été donné, espéré et promis par un mode de liaison qui reste parmi les plus économiques, écologiques, en dépit de l'entretien nécessaire de toutes ses infrastructures.

 

Le petit train qui longe cette vallée de la Cère, où aucune route ne peut s'immiscer, rappelle constamment au voyageur le travail titanesque accompli pour construire la voie, et la fragilité d'une ligne autrefois nécessaire ( construite en alternative au transport par les gabarres), désormais en sursis (dont on ne sait combien il pourra tenir).

 

J'avais emprunté cette voie dans les années 70 lorsque la liaison ferroviaire menait de Périgueux à Aurillac. Aujourd'hui c'est à Brive que le train d'Aurillac trouve son terminus, toute la partie Ouest ayant été abandonnée (notamment Sarlat, Souillac, etc..).

 

J'ai fait en juillet cet aller-retour entre Laroquebrou et Biars-Bretennoux... pour la beauté du geste et pour l'amour des trains.

train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours
train d'un jour, train toujours

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 14:35

Mais qui m'a dit ce jour là "l'important c'est de rester jeune dans sa tête" ?

Sais-tu bien que ma tête se refuse à cela ? accepter l'intrusion d'un chien fou qui mette en péril cicatrices et traversées, savoirs, éclats, et surtout, l'âge de mes artères ? Ah ça non !

Le Moi de moi fantaisiste, rebelle, ou non conforme, dit non au paraitre - faire plus - avoir l'air moins, et brandit, œil courroucé, sa carte senior, sa lointaine ménopause, ses petits enfants, ses vieilles lunes et ses cheveux blancs

Vieux c'est pas moins que jeune, si c'est pas mieux

Vieux, pas une insulte, pas une étiquette, pas une morale, pas une malédiction, c'est de l'identité. Mon utérus (comme dit Élodie Poux), mes yeux marrons, mes noires colères et mon vieux caractère. C'est mon identité.

Il y a de vieux enthousiastes (ah! Michel Serres) et des jeunes cons bornés. Tout le contraire, aussi. Et puis, des pessimistes et des hésitants, des marginaux et des cadrés bien encadrés, des femmes des hommes, et d'autres qui ne savent pas, des anarchistes, des ruminants, des fous à lier, des déchaînés. Il y a de tout. Avec un âge, un jour, une date de naissance, qu'est-ce que tu veux de plus ?

Ma peau le sait, mon corps l'écrit, ma tête aussi. C'est ça ma vérité, parce que pour tout le reste, hein, personne n'est sûr de rien ... L'âge au moins, on sait d'où ça nous  vient. Soixante dix piges dans le sac à dos, et regarder devant, jusqu'au bout, sans savoir quand. Mais on s'en fout. La vérité c'est maintenant.

Pas trop jeune dans sa tête, c'est bien comme ça. Pas de quoi s'en vanter, mais on n'a pas le choix !!!

l'âge de ses artères

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19 mai 2019 7 19 /05 /mai /2019 10:21

Le désir d'Art explore tout d'abord la découverte, l'expérience, le cheminement. Il n'a pas pas la rigueur mathématique de la recherche en sciences dures. mais il soumet la création à un chemin, à des chemins, puis un réseau, puis une étendue ou une construction charpentée. A chaque moment on peut jouer, de la couleur ou du geste, de la matière ou de la tonalité. Et chaque fois qu'on choisit, on élimine ce qui aurait pu être, mais on n'efface pas ce qui a été.

On s'aventure en suivant une idée qui, pourtant, ne va parfois nulle part. C'est ce "nulle part", pour certains, pour moi, qui fascine.

Ainsi va la Création : Il faut pouvoir imaginer tous les possibles en partant d'un seul objet, ou d'un seul mot. Ce que font les artistes qui travaillent beaucoup en explorant sans relâche chaque variation du thème. Ce qu'on appelle la griffe, souvent reconnaissable, ou les "périodes" stylistiques. Littérature, cinéma, arts plastiques ou musique, nous amènent dans cet approfondissement des grands artistes qui font une œuvre.

D'autres ne poursuivent pas, cherchent toujours un nouveau point de départ, expérimentent la diversité sans exploiter le réseau infini des variantes. Nouveau matériau, technique, thème, rien ne semble suivre un vrai dessein. Une sorte de "survol", négligent peut être ? ou paresseux ?

Moi je dis expérimenter, je dis "avis de recherche" comme on dirait "à vie", qui prend toujours des détours inattendus. Sans doute par incapacité d'aboutir, ou de répéter, mais non sans travail et sans fantaisie. Parce que c'est précisément aussi un choix de vie, des vies qu'on tente les unes après les autres sans que jamais aucune ne veuille ressembler à la précédente. Cette constante insouciante de la pérennité devient pourtant au bout du compte comme une habitude, voire une addiction. Et peut être, à son corps défendant, un sorte de style désordonné et sans limites. "... Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau" disait déjà Charles Baudelaire

Les uns creusent, les autres effleurent et piquent le miel de fleurs en fleurs. Il y a l'Art d'aller au fond, et l'Art de butiner. On ne le fait pas exprès. C'est ce qu'on est, c'est ce qu'on aime. Essayer toujours, et ne vouloir refaire.

tarlatane colorée, et collée, visages. Une "expérience"... qui va on ne sait où

tarlatane colorée, et collée, visages. Une "expérience"... qui va on ne sait où

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 11:44

J'avais publié le 8 mai 2011, à l'occasion d'une célébration "parallèle" de cette date symbolique par le Mouvement de la Paix, un "slam pour la paix" que beaucoup de gens ont aimé sur ce blog. Comme on n'a plus grand chose à espérer, en particulier avec l'accroissement sans précédent des dépenses militaires dans le monde, le développement ultime de l'arsenal atomique, sans compter le volume des ventes d'armes par notre pays, je m'autorise à une publication de cette version réactualisée, sans illusion, mais juste parce que de nombreux problèmes économiques, écologiques et autres seraient résolus si les dépenses militaires étaient affectées à des priorités vraiment nécessaires pour le bien de l'humanité. Qu'attendons nous ?

 
manifestation pacifiste en Bretagne avec une délégation d'Hiroshima ( 2015)

manifestation pacifiste en Bretagne avec une délégation d'Hiroshima ( 2015)

Paix aux miens, paix aux vôtres

et paix à tous les autres

 

Paix aux morts des tombeaux, au marbre et aux statues

À la fleur au fusil sur le front des vaincus

Aux gars des der des der qui lançaient leurs chansons

En vain, la peur au ventre, dans le bleu horizon

 

Paix aux pays conquis dans le fracas des armes

Quand la loi du plus fort vient soumettre les âmes

Enchaîné comme un nègre, mort comme un bon indien

Soumis comme la femme, rouge comme le vin

 

Paix aux villes martyres qu'on a abandonnées

à la coulée des pleurs, aux ruines du passé

quand la mort épousait la brûlure de l'atome,

aux déluges de fer qui transpercent les hommes

 

Paix aux folles d’Argentine, aux mères du Chili

Qui réclamaient justice pour leurs enfants meurtris

Torturés, démembrés, qu’on a lancés là bas

Dans la blancheur du grand désert d’Atacama

 

Paix à l’enfant soldat chassant dans les rizières

Un autre enfant traqué de son pays en guerre

On l’a shooté à mort, croyant qu’il oubliera

Le regard terrifié de son frère qu’il abat

 

Paix à la fille sans nom qui pleurait en douceur

Au bord d’un marigot pour conjurer sa peur

Sur son corps dénudé, jeté le sac d’école,

Les soldats ont gravé l’humiliation du viol

 

Paix aux peuples innocents qu’on veut éradiquer.

Cachés sous le mépris de la conscience morte

Ils meurent en silence derrière des barbelés

N’espérant plus jamais l’ouverture d’une porte

 

Paix à la mère perdue cherchant sur un chemin

De terre et de sang noirs un signe du destin

La fin d’un cauchemar, réveil, qui remplira

Cet arrondi du vide où l’enfant ne dort pas

 

Paix à la Palestine, à l’enfant de Gaza

Au déluge de fer qui répondait aux pierres

Aux arbres calcinés, à la terre sacrifiée,

À l’agonie des hommes que l’on n’écoute pas

 

Paix aux morts innocents, au jour des attentats

Paris-Charlie, Mali, Nigeria, Sri Lanka

à la colère des dieux, à la folie des hommes

qui massacrent en priant ou déferlent en pogrom

 

Paix à la terre meurtrie, aux forêts qu'on abat

au paysan qui tombe en implorant la pluie

à la mort programmée des pôles à l'agonie

aux enfants affamés que le temps n'attend pas

 

Paix à tous ceux qui vendent, qui trafiquent et fabriquent

Des armes en tout genre pour une poignée de fric

Je rêve que leurs mains s’ouvrent sur des colombes

Où le labeur des hommes dessine un autre monde

 

Paix aux incarcérés, jugés, exécutés

Pour avoir résisté au vent des oriflammes

À ceux qui disaient non aux bombes et au napalm

À ceux qui disent oui à la fraternité

 

Paix aux miens, paix aux vôtres

Et paix à tous les autres

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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 10:41

La poésie oui, mais il y a des moments , surtout lorsqu'on a un peu voyagé ici et là, où l'on se dit que la colère peut dévaster les images les plus idylliques.

Du plastique, il y en a partout, on le sait, on le voit, sur mer et sur terre partout dans le monde. On fait même souvent grief aux pays "en voie de développement" de ne pas mettre en place les décisions, ou les structures organisées qui pourraient enrayer le fléau. On leur prêche le "bon exemple" : RE-CY-CLA-GE !

Des déchets, genre métaux lourds, ou batteries de téléphone, on sait depuis longtemps qu'ils sont retraités par des gamins asiatiques assis sur des monceaux de carcasses polluantes, tout comme celles des bateaux, ou autres objets industriels.

Mais les plastiques !!

Je n'excuse pas ma naïveté, je pensais vraiment qu'en triant soigneusement nos déchets dans les "sacs jaunes", en les amenant aux centres de tri (j'ai été élue municipale, j'ai visité avec fierté ces structures providentielles), on faisait bien notre job pour la planète. Ce serait encore mieux, bien sûr, si on essayait de ne plus du tout utiliser bouteilles plastiques et emballages surfaits. Mais bon. On avait un petit fond de bonne conscience.

Et voilà qu'il y a quelques matins, en lisant le journal local, j'apprends que nous sommes dans une merde noire parce que la Chine ne veut plus s'occuper de nos plastiques (venus de France ou d'Allemagne par exemple, supposés bons élèves de l'écologie)  et qu'elle les déverse désormais sur les pays voisins qui n'en peuvent plus.

Votre pot de yaourt judicieusement trié, fait 10000 kilomètres en container (pollution maritime et pétrolière à la clef), puis repart depuis la Chine jusqu'en Malaise ( re-container ? ) et là on le fourgue à une usine qui empoisonne les gens du coin. Tout ça parce qu'on ne veut pas empoisonner notre air, et nos poumons à nous, avec ce "recyclage" hyper polluant ?? Une fois qu'on a recyclé, j'imagine qu'on renvoie les fibres ainsi obtenues en Chine ou au Bangladesh pour fabriquer des tee shirts 100% écolos qui apaisent nos consciences et se retrouvent dans nos magasins pleins de bons sentiments et de coquets bénéfices (après un nouveau transfert, en avion peut être cette fois, la mode n'attend pas !).

Franchement, ça me coupe presque l'envie de trier. Je me dis que nos poumons à nous européens, n'ont qu'à assumer les conséquences de leur stupide sur-consommation. Une fois encore tellement en colère face à cette arrogance assumée qui se sait si bien se débarrasser des conséquences (comme par exemple lors de nos mirifiques contrats de vente d'armes)

Je sais qu'il y a des actions menées ici et là par des militants pour débarrasser les rayons de nos magasins des sur-emballages et promouvoir le plus possible les livraisons en vrac.  J'essaye d'y faire attention... Je sais tout ça...

Mais là c'était tellement et tranquillement  écrit noir sur blanc. Avec le petit déjeuner et la première lecture matin...  que ça donne envie de pleurer... ou de tout péter !

journal "le Télégramme" de jeudi 25 avril

journal "le Télégramme" de jeudi 25 avril

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13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 16:59

Il n'y a rien (Nada) entre le monde et moi.

On prend ça comme on veut.

Pas de limite ? pas de différence ? ou bien l'écart de l'incompris, l'étrangeté grinçante, la sidération de l'absence ?

Les mots viennent. On ne pense pas, on n'imagine pas. C'est la surface d'un miroir qui est, ou n'est pas, profonde. Qui est, ou n'est pas, réelle.

Entre moi et le monde, c'est sans histoire, pourtant. Un chemin de traverse. Trois petits tours et puis s'en va. Où ça ? ne sait pas. Ailleurs. Ici. Quelle importance. Identité, variété, similitude, contrariété.

Rien à comprendre. Je reste là, mais qui ? posée au bord du vide, au bord du plein, en attendant. Le nouveau monde, comme on l'appelait. Autant dire, c'est que dalle.

Ou bien. Ce rien qu'il n'y a pas entre le monde et moi. Enlacé à bras le corps, quoi qu'il en soit.

 

Nada

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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 22:20

Ça se passe au Togo, précisément dans la petite ville de Bafilo. Nous sommes groupés sous l'appatam* en compagnie du chef de village , et de son conseil. Nous, c'est à dire quelques amis Kotokolis de Kara, et trois blancs qui venons demander au chef l'autorisation d'accéder à la cascade d'eau potable qui se trouve à quelque distance.

Un des jeunes, resté dans le taxi, surgit de façon impromptue au milieu de l'échange de salutations et de politesses qui préside à ce type de rencontre. Il vient de lire sur son smartphone (oui en Afrique, presque tout le monde a un téléphone connecté !) qu'un attentat a eu lieu la veille à Paris et qu'il y a de nombreux morts à déplorer. La nouvelle est saisissante,  l'émotion nous envahit. Je reste sans voix face à l'expression immédiate des condoléances de l'assemblée. Nous sommes encore sonnés, 10 mois après l'attentat de Charlie, et là, au plein milieu de nulle part, le monde nous rattrape cruellement. Les amis présents musulmans, comme presque tous les kotokolis** sont aussi horrifiés que nous. Rachid me dit : ces gens sont fous ! ce sont des drogués, ou bien ...?

Je ne sais pas.

Le chef se saisit d'une tablette posée sur la table basse devant lui. "je ne peux pas y croire, dit-il, il faut que je vois cela !" Cela parait irréel. Décalage entre la solennité désuète du décor, et la modernité immédiate qui s'invite au moment présent. Un sourire grinçant qui redit : la paix n'existe pas, nulle part, tant que l'on saura  la douleur d'un autre blessé, emprisonné, bâillonné, fracassé, pour des raisons sans raison. Tant qu'on sera face à l'intolérance et à la férocité. 

Ce jour là, dans le petit appatam, et plus tard dans la fraicheur bienfaisante de la cascade, nous avons éprouvé l'amitié, la tolérance, et l'indignation de ceux, partout, ici comme ailleurs, qui privilégient et honorent ce désir de paix et cette compassion sincère qui console parfois de l'inconsolable.

Merci à eux.

* L'appatam est une sorte de case sans murs à couverture végétale, souvent de forme arrondie, sous laquelle se rassemble les conseils de village

** les kotokolis sont une des ethnies du centre/nord Togo ( il sont également présents au Bénin et au Ghana), ils sont majoritairement musulmans, tout en gardant des pratiques traditionnelles animistes. Leur capitale est Sokodè

 

ce jour là, le chef du village est le seul qui ne portait pas la tenue traditionnelle...
ce jour là, le chef du village est le seul qui ne portait pas la tenue traditionnelle...

ce jour là, le chef du village est le seul qui ne portait pas la tenue traditionnelle...

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 17:01

"C'est un trou de verdure où chante une rivière..." Nous avons tous en mémoire  "le dormeur du Val" , qui témoigne des horreurs de 1870. La forêt ardennaise,  à proximité immédiate des terrains d'opération des 3 dernières grandes guerres, est habitée des souvenirs, des massacres et des charniers de "braves gens" (suivant la citation inepte de Guillaume II en 1870).  Quand on se balade en ces lieux, on marche sur des cadavres, même si on veut l'oublier. 
Dans ce trou de verdure paisiblement photographié entre Sedan et la frontière belge, les nazis avaient installé des bunkers dans d'innocentes maisons forestières... les guerres sont toujours là,  plus ou moins proches, plus ou moins justes - croient certains. Nous savons désormais, nous avons toujours su, que les guerres sont l'enrichissement de quelques uns et le casse pipe pour tous les autres. Relisez la terrible simplicité du poème de Rimbaud. On ne peut en retirer une ligne. Qui ne cesse de nous interpeller au delà des temps. 
Sur un parking de Charleville j'ai pris en photo ce panneau, tagué par un Rimbaud d'aujourd'hui ?

Le dormeur du Val 2018
Le dormeur du Val 2018

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 09:36

biographies de toile

Écrire une vie comme seule matière connue, non qu'elle soit plus belle, non qu'elle soit plus pleine et plus digne, mais elle est là, ou peu s'en faut

Brasser cette matière là, pour en pétrir une autre, mieux assujettie au travail de l'esprit. Ne pas se remplir de phrases qui tournent en manèges, mais, sur la toile, vivre un autre langage, qui tient, qui lie, qui commande au passage, qui ne veut rien lâcher.

Et moi là, aussi, je m'y tiens, en débris, en nœuds, en piqûres, en lambeaux. Je m'y tiens comme à la corde, le pendu. Je pique là où tout semble lisse. Jeu sans raison, ouvrage de femme sans tête, discours de recluse sans mots.

Faire tapisserie, et rester seule au bout du compte. Debout, quoiqu'il en soit, face au grand métier de nos destins

Le fil rouge de la colère / malgré nous perçoit le mensonge et la douleur muette / malgré nous tord de futiles horizons et fait trembler le poids de nos silences / fil volcan éruption des savoirs perdus / rouge de flammes inversées / quelquefois la paix retourne à la maison / quelquefois tout se tait / bien à plat sur le torchon de nos remords

Le fil rouge de la colère / malgré nous perçoit le mensonge et la douleur muette / malgré nous tord de futiles horizons et fait trembler le poids de nos silences / fil volcan éruption des savoirs perdus / rouge de flammes inversées / quelquefois la paix retourne à la maison / quelquefois tout se tait / bien à plat sur le torchon de nos remords

les héritages / avec des mots / avec des chaînes croisées au carrefour / avec des rues et des chemins d'avant / avec des âmes refermées / elle / ne se retrouve ni dedans ni dehors. Le fil glisse en pointillé de questions / qui nouent d'autres questions / d'autres vies / d'autres noms / et des morts / et des morts / à la trame / liés

les héritages / avec des mots / avec des chaînes croisées au carrefour / avec des rues et des chemins d'avant / avec des âmes refermées / elle / ne se retrouve ni dedans ni dehors. Le fil glisse en pointillé de questions / qui nouent d'autres questions / d'autres vies / d'autres noms / et des morts / et des morts / à la trame / liés

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10 janvier 2018 3 10 /01 /janvier /2018 15:32

 

Souvent, je pense à tous les tableaux que je ne fais pas, aux livres que je chapitre en vain au long de nuits fiévreuses, aux scènes illuminées des théâtres du songe. Souvent, je vois, j'entends, je lis ce que d'autres ont mis au monde et qui me ressemble, m'illumine, me réjouit, me décourage et m'illumine encore, croyant être à mon tour, moi aussi, un peu de cet être là, définitif, accompli, me débattant avec mon cerveau qui se brouille jusqu'à empâter mon regard.


Il faudrait s'imaginer alors que l'Art est en soi comme une maladie chronique, un ADN caché, un marqueur invisible qui n'a pas la nécessité de son accomplissement pour être vrai. Il suffirait d'y rêver, et de rêver ainsi la vie qui passerait son chemin sans faire tant d'histoires. Pourquoi pas ?

A contrario, il arrive qu'on soit confronté à des productions humaines si énigmatiques, si bien fermées sur elles mêmes que nul secret s'en échappe, comme si elles n'avaient rien à nous dire... à quoi bon alors, être au monde, mettre au monde, une telle opacité, une froideur si conceptuelle, une imagination si dure que rien ne permet de toucher le regard, l’ouïe ou n'importe quel sens .


Ce que je crois, c'est que le travail de l'artiste ne s'accomplira pas sans une matière à travailler, fût elle intangible en apparence, comme la matière du texte par exemple.
S'il y a une pensée de l'Art, ou une pensée sur l'Art, c'est une pensée en marche, une pensée incarnée de mains, de pieds, de voix, d'outils, de temps et de réalité qui lui ôtent cette pureté glacée d'un esprit stérile, quoique bouillonnant contradictoirement de vouloirs ou de grands mots .


Je veux cette réconciliation irréversible du corps avec ce qui l'anime, quoi qu'on puisse le nommer : âme, esprit, idée, abstraction.
Je veux cette réconciliation de la main avec la matière qu'elle façonne. Je veux coller, assembler, relier. Je veux sublimer le diable qui mord mes pensées, lui donner une forme, une couleur, une matière, parce que je sais que c'est cette matière là, cette action d'Art qui le rendra inoffensif, cathartique, nu et vrai. Enfin humain, enfin tenu dans le texte, dans la pierre ou dans le crayon.


La représentation, j'y reviens. Représenter cette forme de notre mal être, de notre mal tout court, que le beau autorise alors, sans ce raccourci innommable de la pensée instinctive à l'action immédiate, mais par le truchement, l'interprétation, la médiation artistique qui remet l'être à sa place, face à son double, face à son diable et à sa mort. Le « vouloir être beau » lui dit, il lui montre, il exprime à ce moment la force et la fertilité si bien cachées en lui. Il apprivoise son instinct, il lui donne une légitimité, une humanité


Ainsi c'est la matière, trop souvent méprisée, qui permet la distanciation, l'admiration, qui permet aux sens exaltés, aux émotions destructrices, d'émettre sans dommage ce cri de notre désir bancal. Faire avec le trivial, avec le corps, dans le pétrin.

ma vie d'artiste (10) - matière

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 19:31

On me disait : "ce que tu écris, ce que tu montres, ce que tu joues, c'est la tristesse, c'est la colère du monde. Pourquoi n'écris-tu pas la joie, la paix, l'insouciance ? "

Je répondais - avec cynisme - "Ah oui, montrez les moi. Ah oui, que je vienne vers elles, et mes mains se tendront jusqu'à les reconnaitre"

Non, c'est autre chose.

Si l'artiste ne fait que reproduire la beauté à l'état de nature, à qui, à quoi servira-t-il ? La réalité n'est-elle pas infiniment plus riche, plus étonnante, plus machiavélique aussi, que ce qu'il peut concevoir ? ( il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre... disait le grand William...)

J'aime les histoires vraies. Je l'ai dit souvent . Pas parce qu'elles devraient être  plus gaies, ni parce qu'elles devraient mieux nous consoler, mais parce que la seule trace évidente que je trouve à suivre leur chemin, est leur réalité.

Je ne méprise pas l'imaginaire. Je lui trouve moins d'invention que le réel. Je voudrais que l'image procède seulement d'un arrangement du vrai, d'une folle combinaison, d'un recadrage ou d'une fixation, d'une sur- exposition. Tous les photographes, tous les cinéastes, et même les comédiens, le savent : c'est dans la focalisation sublimée de la vérité qu'on cherche, qu'on trouve son art. 

Paradoxe, dira-t-on, que ce gout affiché du réel, combiné à la beauté (mensonge !) suprême du cadrage, si c'est pour n'offrir que la noirceur du monde qui colle à son reflet .

Oui. Je n'écris pas comme un artisan qui se met fiévreusement au travail chaque matin. Béni soit ce professionnel, et ses œuvres majestueuses que je n'écrirai jamais : par mon incapacité à me mettre à table (!), par amour du vivant (mais oui...), par un penchant naturel à la gaité sans contrainte, qui me font jouir de la beauté et de la lumière sans avoir à les écrire chaque fois qu'elles me traversent.

Je suis moi, l'artisan d'une besogne timide et minuscule qui assoit mes visions seulement lorsqu'elles deviennent pesantes et nécessaires, m'obligeant à les déposer. Pourquoi ? pour mieux en rire, qui sait?

Il fut une période de ma vie, où je dessinais chacun de mes rêves nocturnes. Thérapie ? s'il faut le dire, oui, sans doute. Mais l'écriture n'est pas thérapeutique.

Elle contient en elle-même cette douleur fragile identique à celle des rêves. Celle d'une vérité qui s'échappe. Celle de la nécessité, brève et sporadique d'un partage assumé. Et surtout, comme l'encre et le gras du crayon maculent la blancheur du cahier, elle assume la noirceur originale de ses outils, de ses procédés, et de ses mots jaillis.  Pour faire de la colère, des larmes, des orages, des injures et des monstres d'images que chaque jour déverse, un temps de repentir, un temps de construction, un temps de beau temps qui s'annonce au couchant des nuages qui tremblent.

Ce que j'écris, ce que je montre, ce que je veux. De la laideur insultante et de la haine vorace, tisser des mots enchantés qui ne détournent pas du vrai. Qui ne "divertissent point " (voici Monsieur Pascal ...) , mais qui font voir plus haut : conscience, catharsis, lucidité téméraire. 

Je ne détournerai pas mes yeux face à la guerre, mais j'en admire les "Guernica" ( et Monsieur Picasso).

La faiblesse de mon talent m'interdit de viser au sublime. Elle m'autorise pourtant à nommer ce qui est, quel que soit le malaise qui en résulte.

Parce que c'est une vérité. Parce que cela devient une création. Parce que c'est ainsi. Cassandre de banlieue solidement arrimée à sa vision du pire. Tant pis pour "moi" ! Car  ce que j'admire, ce que j'aime, souvent me chavire, mais "moi" ne compte pas, face au cri d'un seul autre, à la déchirure maléfique de l'histoire humaine.

Aimer les gens, la "Nature", comme on dit. Désespérer de la violence, des uns et de l'autre.

Dans l'arbre vert, c'est toujours l'ombre et le squelette que je vois.

L'arbre est vivant. L'apparence est sa vérité. Sa substance est sa vérité.

Ma vérité c'est l'image d'un arbre tordu qui implore la délivrance du jour. Voilà ma folie, mon regard et peut être, mon art.

Face au soleil qui brûle, tout au milieu.

 

ma vie d'artiste (9) - les bois noirs

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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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