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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 10:20

Mise en scène

L'Art de la mise en scène, que j'ai pratiqué un grand temps de ma vie, m'a ramené, sans le savoir, à des pratiques anciennes, plastiques, choisies, qu'un moment j'avais crues détournées par le théâtre, qui n'était pas un premier choix, mais dont j'ai gardé certains codes dans ma pratique.

Par exemple, la culture de cet « art de l'éphémère » comme matière de la création. L'action théâtrale demande beaucoup de travail pour un résultat qui ne se matérialise pas, sinon à l'instant de la rencontre avec le public. Ainsi sans doute de toute œuvre créée. En effet, le moment de la « répétition » où l'on forge une matière impalpable, entraine celui de la « représentation » qui a besoin de l'échange avec l'autre. Lorsque je dis « échange », je veux dire par là que l’œuvre seule n'aura pas de valeur intrinsèque, quelle qu'elle soit, sinon dans le moment où l'autre lui donnera son attention, son émotion, et son regard qui font exister la création

Ensuite, l'art de la « récupération ». Le metteur en scène ne crée pas tout, il peut imaginer des décors, des costumes, des lumières, des placements, il peut se saisir d'un texte non contestable, mais il dispose au final d'un matériau unique et non réductible : le corps, la voix, le vécu du comédien qu'il met en scène. Cette réalité le contraint à prendre, à récupérer, pour son discours tout ce qui se joue dans le corps de son interprète. J'aime cette utilisation des supports, des objets, des matières qui ont une histoire, une forme, un passé qu'on ne soumet pas en tous points à sa volonté mais qu'on apprend à respecter tout en les mettant au service de son projet. J'aime cette nécessité d'une « improvisation à partir de » qui ne parle pas d'une virginité de la page mais de l'importance d'un fond d'existence.

Enfin, l'idée de la mise en scène comme organisation d'espace, de temps, de sons, de mots, de décors et de corps, procède bien d'un art total quoique distancié par sa mise à l'écart en un lieu improbable appelé espace scénique. Cette mise en espace peut n'être qu'une convention entre le créateur et le spectateur, néanmoins, la fonction de cette séparation est essentielle, c'est tout le contraire d'une immersion, ce que Peter Brook appelait « lieu sacré », et à qui je donne, moi, le nom simple d'exposition. Car je ne sais rien du sacré, je disais déjà que le créateur humain le plus génial est un homme comme moi - ou nous sommes tous des dieux, potentiellement, - ou il n'existe pas de dieux-, en revanche ce créateur est singulier, particulier et m'expose en artiste sa vision du monde : je ne suis pas lui, je ne suis pas en lui, je suis en lien, en empathie, ou en refus selon le cas, en tous cas toujours à cette distance minimale du face à face qui autorise l'admiration sans la fusion, la beauté sans le chaos, qui amène la rencontre parce que nous sommes deux, qui amène la beauté parce que l’œuvre procède d'une organisation, d'une volonté et non du seul hasard, qui pose enfin la question d'un être différent que le monde interroge à sa façon.

L'Art est comme une mise en scène de ma fiction humaine qui se dévoile, sans pour autant occulter le mystère que je garde en moi comme mon unique trésor, mon unique ressort.

♦ ma vie d'artiste (6)

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 15:06

Dans les moments de violences sociales, de troubles de la pensée, d'émotion médiatique, on pourrait dénoncer comme inutiles, voire démobilisatrices, la parole ou l'expression des artistes qui tricoteraient leur œuvre, bien au chaud dans leur salon.

D'une part, tous les artistes ne jouent pas de cet écart, beaucoup d'entre eux sont immergés dans la réalité et la souffrance du monde, comme nous tous. D'autre part il me semble que c'est dans ces moments là que nous avons tous besoin d'une distance créatrice pour mener nos émotions au terme d'un acte engagé et réfléchi, afin d'ordonner les passions et les outrances de l'imagerie sans fin - aussitôt remplacée par une autre, d'ailleurs, en fonction d'une actualité tout aussi dramatique !

Deux rencontres, au musée Groeninge de Bruges et au LAAC de Dunkerque, témoignent d'une actualité brûlante : Maryam Najd est iranienne, Barthélémy Toguo est camerounais.

Ils prennent acte, chacun à leur façon, des évènements tragiques en Méditerranée autour des traversées de migrants, pour nourrir nos émotions, nous inviter à ressentir, tout en prenant le temps de cette distance dont je parlais - que les exacerbations actuelles de la politique du tout réactif refusent de prendre, afin que celui qui parle devienne plus important que ce, ou ceux , dont il prétend partager les douleurs.

Pour en savoir plus, on peut cliquer sur le lien ci dessous:

http://barthelemytoguo.com/

Maryam Najd

Maryam Najd

Barthelemy Toguo

Barthelemy Toguo

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 12:06

Il fallut constamment hésiter entre le trop et le dépouillé, entre le pauvre et l'abondance, entre l'accumulation et le rejet.

L'image de l'Art comme celle d'une nourriture nécessaire à la vie, mais souvent détestée dans son écœurement auquel on ne peut échapper, sous peine de mort.

Rester pure sans être vierge, ne rien sacrifier à la facilité, célébrer la paresse. Y a t-il un désir d'Art qui ne soit contradictoire ? J'admirais parfois ces forçats du travail qui produisent, on pourrait presque dire, qui "chient de l'art" comme d'autres "pissent de la copie", qui sont consacrés à un torrent de génie les traversant jusqu'à construire un monde. J'aimais aussi passionnément ce peu, ce rien, cette évanescence de l'unique, de la fragilité et du désir qui ne s'accomplit pas tout à fait sinon dans la suggestion d'un possible immatériel.

Contradictoires donc multiples, chemins qu'on ne choisit pas, où l'on attend des rendez vous qui ne viennent pas ? Cette hésitation sclérosante, stérilisante, ces doutes paralysent la volonté de faire, mais contentent le laisser-aller des vies en forme de peu.

Depuis quelques années je signais "NaDa" sur mes dessins. J'aurais aimé n'avoir d'autre ambition que vivre l'instant, mais quelque chose surgissait qui disait : "il faut ..." ou plus encore : "il ne faut pas gâcher ses possibles... ".

Qui le dit ? Qui l'impose? Qui travaille pour contraindre cette liberté de dire "non" à tout ce qui se présente, à tout ce qui veut forger un autre moi à l'intérieur du moi ?

Quelque chose parlait depuis longtemps, il est vrai, qui me faisait ramasser au bord des routes des mots, des cailloux, des traits, des traces, des images et des herbes sèches.

Allons donc jusqu'au bout de ce chemin là, il est temps. Car il n'est plus vraiment temps.

Je l'appelle "liquidation". Un mot soyeux qui renvoie vers le fleuve tout ce qui pourrissait au bord des rives. Un mot chargé d'alluvions qui fertilisent, tout en lavant les superflus de moments arrivés à leur terme.

Je choisis les fonds. Les fonds ont une histoire cachée que moi seule peut connaitre. J'emporte leur secret sous les couches de l'accumulation. Évacuation. Je vide. Je décharge. Je recouvre. J'allège enfin. Ce n'est pas si difficile. Ce ne sera pas si long. Chaque vie est infime qui peut se résumer en une seconde panoramique au bord de l'asphyxie. Un schéma pyramidal où l'on efface petit à petit les cases en étoiles, les soubassements, les fondations. On recolle, on combine, on arrivera bientôt à l'origine, c'est à dire au sommet. Au point zéro.

On respire alors comme jamais. Les armoires sont vides, les bords lavés. On sort d'un trait d'encre originel. C'est la vie.

d'autres liens vers Ma vie d'artiste

♦ ma vie d'artiste (4)

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 11:40

Immanquablement durant 7 ans, (du CE2 à la 3ème) "la couture" fut au programme du samedi après midi à l'école des filles, avec le dessin, la gymnastique et plus tard le chant et le théâtre ...

Activités extra scolaires destinées à réaliser l'image accomplie des filles de bonne famille , en plus d'être des élèves instruites (si l'on pouvait jouer en plus un peu de piano, c'était parfait!)

Parmi ces activités la couture, et plus tard le tricot, visaient toutefois à faire de nous des femmes aptes à la tenue d'un foyer, au cas où la voie de l'institution religieuse ne nous tenterait pas ! L'apogée crispée de ces moments de souffrance (ce qu'ils étaient pour moi) fleurissait en mai, lors de la réalisation d'un ouvrage pour la fête des mères qui devait couronner notre savoir faire d'ourlets invisibles, de jours, de broderies, de coutures rabattues et autres points de chainette. Nous étalions notre éventail de connaissances en des motifs divers qui décoraient d'immuables napperons, tabliers, et pochettes serviettes, lesquels finissaient tout aussi immuablement dans le fond des tiroirs de ma mère.

Je me rappelle aussi qu'à l'âge de 13 ans nous eûmes au programme de l'année, la couture d'une chemise de bébé premier âge, et le tricotage d'une brassière au point diamant, sur lesquelles j'ai sué sang et eau de mes mains salies par les récréations.

Mais on n'oublie pas si facilement ce que l'on sait faire, même sans désir, même sans talent...

Aux beaux temps des "100 idées de la maison de Marie Claire" et du babacoolisme aigu, ces savoir-faire ont pourtant commencé à retrouver une légitimité qui avait sa raison d'être, entre cadeaux "faits main" et vêtements de bébés "style bolivien"... Bref, tout cela redonnait un peu de panache à cette activité de cousette maladroite et acharnée qui m'avait tant déplu.

Et puis ...

En 1984 au musée d'art moderne de Paris, je suis entrée sans rien en connaître dans une exposition consacrée à Annette Messager

Révélation !

Ainsi, de tout ce savoir de fille, de femme, enfoncé dans les mains à coups de fines aiguilles, on pouvait faire un Art en soi ?

Un art de femme détourné du sens originel, un art tellurique, ensorcelant, et dans le même temps fidèle aux savoirs populaires de nos vies bien tissées.

J'ai su alors qu'au delà de la stricte utilité à laquelle me vouait mon métier de théâtreuse (et ses costumes, ses accessoires, ses décors), un jour, cette reprise émergerait du tissu des années en réalisations vagabondes que le savoir ancien pourrait broder sur mes minuscules intentions.

Je ne sais si cela est fait pour durer, ou si le chemin m'entraînera ailleurs.

Il faut pour aujourd'hui relier, nouer les cicatrices et les fils du passé en un travail patient.

Tisser la toile des vies éparpillées, comme sur la tapisserie millénaire de Bayeux dont j'ai reçu, un autre jour, l'éblouissant partage.

broderie d'un poème sur un aguayo traditionnel de Tarabuco (Bolivie)

broderie d'un poème sur un aguayo traditionnel de Tarabuco (Bolivie)

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 12:14

Il me revient un ruisseau de cailloux multicolores où l'on construisait patiemment un monde à taille des jeux d'enfants : barrages, moulins, pièges, échappées, courants, sonorités, clartés.

Ainsi se gagne un ruisseau de vie où les graviers faits de mémoire fragmentée tournent en boucles imaginaires. Dessins à la plume de mon arrière grand-père dont je pris la mesure enthousiaste lors des copies d'architecture médiévale qu'on nous imposait à l'adolescence. Épaisseur granuleuse d'une feuille d'aquarelle où le crayon accrochait des questions sans fin. Vertige des magasins de papeterie : stylos, cahiers, carnets, papiers somptueux, plumes, couleurs. Première image d'architecture stupéfiante : Le Corbusier, chapelle de Ronchamp, dont ma professeur de collège disait qu'elle ressemblait à un fromage. Et ce jour de mes 12 ans où j'attendis chez un dentiste face à une peinture gestuelle faite d'écriture « abstraite » qui me laissa pantoise et décidée à m'y coller sans plus attendre.

Cet orage magnétique des découvertes nous arrache à l'enfance mais garde en sa violence la part émerveillée d'une pure création qui laisse pour toujours notre bouche assoiffée, quels que soient par la suite nos abandons, nos défaillances, nos maladresses, nos trahisons. Pour moi ces échappées furent aussi la conjonction des mots, des verbes, des sons qui ne pouvaient plus s'entendre, s'écrire, se décliner, quoique la vie nous laisse en partage, sans cette nécessaire correspondance. Les mots sont des couleurs, les sons chantent en pointillés, les voix se racontent, le crayon griffe, les objets s'assemblent les uns aux autres pour des harmonies sauvages ou complices que le vent défait et refait sans se lasser. Il n'y a pas d’œuvre, il n'y a que des chemins, des voyages.

Puis se rencontrent les maîtres, qui ne sont pas des initiateurs, car rien n'est vraiment caché, qui ne sont pas des professeurs, car rien n'est vraiment acquis, qui sont peut être ce que Rancière appelle des maîtres ignorants dont la seule rencontre, la seule présence suffit à produire l'arc électrique de nos déflagrations intérieures.

Je ne suis pas prétentieuse. Je ne me dis pas artiste par suffisance, mais par insuffisance, pas par vocation, mais par impériosité de recherche et peut-être, parfois, pour tenir debout, quand tout le reste a lâché prise.

Je me réclame d'un art pauvre qui ne sacrifiera pas son évanescence et son inclination vers le petit. Aujourd'hui je digère, ou je reconstruis ce que j'ai oublié depuis longtemps : le moment d'une broderie familière qui dessine à petits points les échos d'autres vies, d'autres moments. C'est à peu près tout ce que je sais faire.

Libre, j'invente ce qui n'a pas de nom, ce qui n'a jamais été.

Voilà l'artiste. Être libre. Travailleur. Inventeur.

Liens des précédentes chroniques : ma vie d'artiste1, ma vie d'artiste2

trois nouveaux "puzzles de voyage"
trois nouveaux "puzzles de voyage"
trois nouveaux "puzzles de voyage"

trois nouveaux "puzzles de voyage"

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 11:33

De la présence enfantine qui subsiste en nous, persiste cette forme de rébellion, qui ne s’affranchit pas directement de la Loi - comment vivre ensemble autrement ? - mais la contourne habilement pour s'en faire notre alliée.

Sans véritable projet, mais avec ce postulat préalable un jour énoncé : personne ne me dira plus ce que je dois faire. S'affranchir donc, de l'autorité de la hiérarchie quelle qu'elle soit. Respecter la loi, peut-être, mais qu'elle ne vienne pas d'en haut : qu'elle soit transversale et librement consentie.

Pour le reste, fichez moi la paix. J'y reviendrai.

Être artiste, comme je pouvais confusément l'imaginer, ce devait être en grande partie cela. À double titre. D'une part parce qu'il est rare que l'activité artistique, soit accompagnée d'une forme de « patronat », même si elle accepte qu'une formation émerge de la fréquentation d'un maître. D'autre part parce que le matériau produit, fût il immatériel, peut, doit, n'obéir à aucune autre loi que celle de son créateur. L’artiste peut faire et dire ce qui lui plaît, de la manière dont il lui plaît, hormis les cas, plutôt rares, où il finit par entrer dans une sorte de marché qui n'a plus rien à voir avec sa pratique, mais obéit à d'autres lois spéculatives qui dénaturent l'essence de ce qu'il est.

Cette vie modeste, je l'ai partagée avec des comédiens, des metteurs en scène, des musiciens, puisque c'était à ce moment la seule forme qui me permettait de vivre. Je ne regrette nullement son apparente étroitesse, gage de ma liberté, engagement partagé, moments de grâce. Étroitesse, donc, mais sans aucune limite vers le haut, vers sa forme lumineuse et stimulante, le poète Aragon disait, je crois, « comme une étoile au fond d'un puits ». Ne vivent ils pas tous dans un puits, les plus nombreux sans même y voir la moindre étoile ? Quels que soient le lieu, ou la profondeur, d'où je la voyais, cette étoile rendait libre, de l'imaginer seulement, de la prendre pour conduite et de faire étinceler d'autres ciels. Et pourquoi non ?

S'il veut vivre de son art, celui-là, à un moment donné, a besoin de l'autre, de l'adhésion de l'autre, pour ne pas retomber dans l'esclavage d'un travail mal consenti. C'est ce qu'on appelle « le public », qu'on soit sur une scène ou contre un mur - le public, là, nous tient à bout de bras, nous achète, nous fait vivre, ou mourir. Nous ? Moi ? Jamais je n'ai ce sentiment, en vérité. On n'achète pas ce que je suis, on ne m'attelle pas à une machine ou un bureau. On accepte ou non, on échange, ou pas, on apprécie, ou on déteste. Cet échange ne passe pas par l'amour de moi (bien que certains artistes l'aient ainsi manifesté - ce ne fut pas ma voie), mais par adhésion à ma création : ça colle ou ça ne colle pas. C'est cette chose extérieure, unique, produite et achevée, qu'ils aiment et qu'ils acquièrent, en dehors de moi désormais. Moi je reste, pour ainsi dire, entière, presque détachée, sans danger, sans que l'autre me bouffe les entrailles. Il prend ou ne prend pas et moi je continue ma route, libre encore. Moins dévorée, paradoxalement, qu'un humain enchaîné à un travail qu'il n'aime pas, pour une société qu'il déteste et un salaire qui le laisse frustré de tout ce qu'il ne permet pas. Sans mépris, évidemment, pour le salariat, ni pour le travailleur, auxquels je n'ai sacrifié que par courtes périodes, je sus très vite qu'il n'était pas dans ma nature de m'y accommoder, mais plutôt de prendre la tangente dès que possible !

Vie d'artiste, vie de galère ? Mais où seraient les rames, les bancs, les fouets, les destinations amères ? Cette vie est un radeau, sans bords, engagé sur la découverte d'un infini qui appartient à moi seule. Si je n'ai à manger que de petits poissons, ils suffisent à combler ma maigre faim qui se nourrit plus facilement de vérité que de pain.

De quelle vérité parler maintenant ? Je vais dire : celle de l'invention.

On ne peut mentir sur ce qui n'existe pas encore. Le plus faible créateur est un artisan de cette vérité, de cette non-tricherie absolue. Même s'il peut paraître paradoxal de lier ces mots contradictoires qu'on nous a enfoncés en tête depuis toujours : celui qui « invente », aux yeux des premiers censeurs que sont les parents ou l'école, ne dit pas le « vrai ». Ce pourquoi l'on incite l'enfant dès son plus jeune âge à imiter, à faire comme, à suivre les modèles balisés, eussent ils fait la preuve de leurs échecs. J'ai dit que formation et apprentissage ne sont pas absents de l'aventure artistique, elle même l'objet d'une transmission qui m'importe beaucoup, mais le bon maître est seulement celui qui offre - ou suggère - les bons outils. Rien de plus.

Je ne parle pas de généralités. Je parle de moi. De mes idéaux de vie, de mes tentatives maladroites, de mon silence face à l'abrutissement de ce qui est « dû »..

Je parle de cet instant où la page est blanche, où la scène est vide, où le mur est nu, où tout est à inventer. Quelque chose de neuf, quelque chose qui surgisse de la main, de la tête, de l’œil, du corps enfin rassemblés face à l'urgence, quelque chose qui ne peut mentir, quelque chose qui n'a jamais existé : moi créateur, face à ma Vérité. Médiocre ou grandiose. Elle est.

Elles sont : liberté, vérité et maintenant ?

Plus haut, j'utilisais cette expression : « ficher la paix ». Ficher en moi la paix. Dire et redire qu'au moment où cette création surgit, écrire, lire un poème face à un public, dessiner, chanter, danser, à ce moment, entre moi et celui qui le reçoit, comme à l'inverse entre moi et ce que je reçois, existe, plus que dans toute autre moment humain, le véritable enjeu d'un temps paisible, gratuit, sensible, possible, fraternel. L'Art en soi ne génère pas de conflits, ce n'est que lorsqu’il est instrumentalisé à d'autres fins, religieuses, politiques, que son utilisation devient frauduleuse, mais dans tous les cas, ce sont, évidemment, les artistes et leurs œuvres qui en font les frais, non le contraire. Les totalitarismes témoignent de cette insupportable détestation d'une expression sans règlement. En face, l'artiste est seul, avec ses poèmes, comme Eluard, ses tableaux comme le Picasso de Guernica ou le Goya du 2 de Mayo, ses sculptures comme Niki de St Phalle, ses pièces de théâtre comme Brecht, et mille et mille autres, où l'œuvre est seulement le lieu d'une arme de non-violence absolue qui traduit pourtant l'extrême violence du monde.

À ce prix est la Paix.

Même si les artistes sont parfois cruels les uns envers les autres. On peut se tourner le dos, on peut refuser, s'emporter, juger, le partage peut échouer, et pourtant je ne connais pas de cas où l'Art-en-soi ait pu causer une guerre, une violence sociale et destructrice de la part de l'artiste, parce que l'enjeu est du domaine d'un « plus » totalement gratuit, non pas d'un « plus matériel » ou, d'un « plus puissant », voire d'un « plus fort » comme dans le sport qui engendre tant d'agressivité. Parce qu'en Art il n'y a pas de « plus », il n'y a que du contradictoire et du différent.

Certains diraient que cette absence d'enjeu est la preuve que l'Art ne sert à rien.

Ce rien est justement ce qui fait sa force, sa séduction, son caractère unique parmi les activités humaines. Je voudrais être d'un peuple, d'un monde où les choses ne servent à rien qu'à elles mêmes, où le seul caractère aimable de la vie, soit d'être vivant et de se consacrer à l'inutile, au gratuit, à des jours et des productions constamment réinventées, recréées, puis abandonnées au bord d'un chemin, pour le seul plaisir de leur existence. Nous autres, humains, ne vivrions nous pas mieux ainsi ?

Je n'ai pas parlé de Beauté. Pas encore. Parce que je ne sais pas dire ce qu'elle est. Parce qu'elle existe probablement en dehors de l'Art, de la même façon que l'Art peut n'être pas beau.

Ce que je sais est que parfois la conjonction d'une émotion, d'une fraternité, d'une matière, d'une création et d'un sens donne naissance à la Beauté qui ne s'explique pas. C'est alors que nous sommes tous, des dieux !

1993 - "l'Enchanteur Pourrissant" de Guillaume Apollinaire - interprétation, décors, costumes: D.Dieterlé. Mes : J.Cudennec

1993 - "l'Enchanteur Pourrissant" de Guillaume Apollinaire - interprétation, décors, costumes: D.Dieterlé. Mes : J.Cudennec

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 14:38

Que dire d'une vie d'artiste - qui n'était pas gagnée d'avance - sans fortune, sans notoriété, mais surtout sans contrainte ni amertume?

Par le seul plaisir d'avoir mis, longtemps après, un qualificatif à son nom propre - qui n'était pas si propre - et de situer sa véridique histoire dans un choix sous-terrain, inavoué, à peine tracé, finissant toutefois par faire un vrai chemin de lacets, un passage visible sur la carte du ciel, d'où je regarde les méandres qui parviennent à charrier un peu d'eau claire, un peu d'eau courante, un peu de sens à la terre assoiffée.

Longtemps j'ai évité de dire le mot, de peur qu'il ne s'échappe. Longtemps j'ai couru dans le sable (où l'on court si mal) pour m'éloigner de l'entrainement du fleuve. Longtemps j'ai hésité, j'ai suivi, nez au vent, des hommes qui passaient, des signes informes, des appels incompréhensibles.

Mais un jour, tout est là, dans la ferveur minuscule d'une scène, d'un chant comme étourdi, d'un collage exposé, explosé. Un crépitement de mots et de rires qui établissent et justifient ce qui n'en avait pas besoin, croyait-on.

Les mots, tout d'abord, quand l'écriture manquait encore, quand le tracé pataud me rangeait au coté des malhabiles, tandis que sur un théâtre d'école primaire, je ne connaissais pas la peur de "produire", de "me produire", et d'ânonner ces premiers mots qui n'étaient pas les miens.

Adolescence : tout ensemble se présentent le mot poétique, le chant, le tracé heureux d'une main maîtrisée. Baudelaire - premier éblouissement, cartographies à l'encre de Chine, broderies de classe, théâtre, chorale, atelier: irruption bien heureuse d'un possible qui me lavait de la médiocrité d'une vie maigre et chaotique que personne ne pouvait m'envier.

Mais au tournant des choix d'avenir, je ne sus pas dire, je ne sus pas faire, ni prévoir, ni imaginer, ni anticiper. Il fallut n'être que là, n'être que moi, et occuper mes mains de plumes, de traits, de reliefs qui semblaient un divertissement de l'essentiel, où, comme toujours, l'essentiel manquait. Ce fut donc le jeu, un peu vain, le plus souvent caché, d'une vie rêvée, par une autre que moi, qui s'écrivait avec des mots plus forts, moins honteux d'eux mêmes.

Un jour, le théâtre m'a choisi, où je lançais quelques espérances, quelques conjectures, quelques apprentissages, avec un temps qui fait le reste, sans vraiment le vouloir. Qui échafaude un statut, qui construit un espace, un modèle, une légitimité, que dire ?

Toujours les mots en tête, les doigts courent sur le papier, donnent une forme aux objets, aux pensées, aux rencontres, aux représentations. Et quelle que soit la petitesse désespérée de l'ambition, elle n'a pas de prise sur la peau, elle glisse au delà du regard, bien au- delà.

Mais une fois, quelqu'un est là, quelqu'un est mort, là, qui ne m'a pas parlé, mais m'a laissé dire, enfin, longtemps après qu'on m'ait fermé la bouche, qu'il en était ainsi : là où je me sentais, là où je trouvais le sens à tire d'ailes, de loin, d'en haut, ce que je voyais m'a dit cela : ma vie d'artiste.

1966 - 17 ans ... collage réalisé dans l'atelier de Jac Adam à Issy les Mx

1966 - 17 ans ... collage réalisé dans l'atelier de Jac Adam à Issy les Mx

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 15:39

Je commencerai par trois citations des dernières femmes qui ont eu le Nobel de la Paix

Malala Yousafzai (Pakistan) 2014

"Les talibans sont contre l’instruction parce qu’ils pensent que lorsqu’un enfant lit un livre, apprend l’anglais ou étudie la science, il s’occidentalise. Mais moi, je dis : « L’instruction, c’est l’instruction. Nous devons tout apprendre et choisir ensuite quelle voie nous suivons. » L’instruction n’appartient ni à l’Occident ni à l’Orient, elle appartient à l’humanité."

et encore ceci :

"Pourquoi les pays qu'on dit puissants sont-ils si forts à provoquer des guerres, mais si faibles pur apporter la paix ? pourquoi donner des armes est-il si facile quand donner des livres est si difficile? pourquoi est-il facile de construire des chars mais si difficile de construire des écoles ?"

Leymah Gbowee (Liberia) 2011

"Dans le récit traditionnel des histoires de guerre, les femmes sont toujours à l'arrière-plan. Nos souffrances ne sont qu'un à-côté du récit principal. Quand on nous montre c'est par « intérêt humanitaire ». Nous autres, Africaines, sommes le plus souvent marginalisées et dépeintes comme des victimes pathétiques à l'expression hagarde, aux vêtements déchirés, aux seins tombants. Telle est l'image à laquelle le monde est habitué, l'image qui se vend. (…) nos histoires sont rarement contées. Je veux que vous entendiez la mienne"

j'ajouterai mon humble contribution par ce texte écrit pour le dimanche 8 mars à Concarneau

"Tout d'abord, dit-elle,
au premier jour, j'étais penchée vers le berceau, vers la terre, vers le fleuve, et mes mains dans la terre semaient les racines et les mots de la civilisation
je ne regardais ni vers le ciel, ni vers un autre territoire, ni vers l'au-delà des océans.

Je façonnais la glaise pour en faire des pots remplis d'espérance, des boites de Pandore bien closes. Je nourrissais, j'abritais, et la tâche infinie s'étirait de jour en jour, de proche en proche.

Mais le pouvoir d'enfanter, de nourrir, de pacifier le monde m'a éloignée des conquérants.
Alors, dit-elle, ils m'ont maudite, enfermée, humiliée, violentée et ils m'ont dit :
tu es l'indienne, la sorcière, la voilée, l'enfant captive, l'esclave soumise, la marchandise
tu es la palestinienne, l'aborigène, la brûlée vive, la mal mariée, la Vénus hottentot, la noyée,

la putain
tu es la femme
et tu ne sais rien de la gloire, du pouvoir et de la guerre


et puis un autre jour, dit-elle, ils sont allée plus loin encore :
car de mon village au premier printemps, de la rivière chargée de fleurs, du feu et des étoiles, de la poussière des routes et des saisons de pluies, de tous les villages où mon père s'est chargé de mots et d'odeurs, du monde à explorer, de la douceur des nuits, de la caresse des hommes, de la colère portée par les vents du changements, du sommet de la montagne au delà des prairies, de la poitrine de ma mère où je voulais dormir
je ne connaissais rien
je suis l'arrêtée, la mort née, la triée entre toutes les espérances
je suis la fille qui n'est pas née
nous sommes les milles voix de nos villages désertés où les hommes creusent en vain le lit de leurs désirs inassouvis et de leur fierté imbécile
je suis la fille pas née, l'évitée, celle qu'on a jeté aux chiens, celle qu'on a enfermée vivante au profond de la terre, celle qu'on a offerte au bûcher des traditions
parce que la fille est celle qu'on achète et qu'on vend, qu'on dote pour la marier, parce que la fille ne sert à rien, qu'à ruiner ses parents
je savais que la joie n'était pas faite pour moi, peut être la douleur, sûrement la soumission, alors, ai-je échappé au pire ? Moi la pas-née, pas choisie, rejetée, moi fille de toutes les malédictions, de toutes les sélections, au souffle interrompu avant son premier cri !

Mais aujourd'hui, peut être comme toutes celles ci

elle - ne dit plus rien
elle se lève, elle se tient debout, elle marche, elle regarde au loin, non pas vers la conquête, mais vers la paix
elle voit toutes les femmes, les pionnières, les semeuses, les volontaires

alors c'est son corps, son regard, sa force qui disent non


et ce sont nos regards, notre force et notre nombre qui maintenant façonnent la paix, qui allument l'espoir, et lèvent ces arcs de résistance

sur une terre qui se trouve enfin désaltérée, réhabilitée, pacifiée.

♦  8 mars : la Paix des femmes♦  8 mars : la Paix des femmes

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 11:06

(suite à l'expo Niki de St Phalle qui vient de fermer ses portes à Paris au grand Palais)

 

Tout d'abord, le prénom me parlait. Ce n'est pas le sien, ce n'est pas le mien, mais durant quelques années, dans des revues poétiques, je signais du même prénom.

 

La comparaison s'arrête là.

C'est une immense artiste

Je n'ai pas été violée, à l'âge de 11 ans, ni à aucun âge, par mon père, ou qui que ce soit d'autre.

Elle si.

J'ai cru longtemps que le nom de St Phalle avait été choisi par elle à cause du drame, pour accuser sa famille. Mais non. Elle n'a rien inventé. Ni le nom, ni la douleur.

Je connaissais de Niki ces immenses NANAS, colorées, dansantes, plantureuses, offertes à la convoitise des hommes qu'un seul de leur pas de géante suffit à écraser. Et puis cette femme gigantesque, dont on explore l'intérieur en entrant par la porte du sexe. "Vous voulez y aller, dit ELLE ( HON en suédois), eh bien allez y , en masse, en famille, en cohorte, mais c'est moi qui décide, où et quand".

J'ai découvert l'autre Niki, la première, adolescente au visage lumineux, qui abandonne le métier de mannequin pour entrer en ART. Art brut au premier abord, entre Dubuffet et Pollock. Mais plus brutal que véritablement brut. Femmes déformées, hérissées de couteaux, de haches, de marteaux, d'avions de chasse ou de bébés démembrés. Sorcières puissantes et torturées. Femmes et bas reliefs habillés de plâtre, dont tous ceux qui ont travaillé ce matériau connaissent la douceur tiède et blanche comme une chair d'enfant.

Alors entre en scène la Niki tueuse. Celle qui vise à la carabine ces coques de plâtre recouvrant des poches de couleur, chaque tir à balles réelles faisant surgir du sang, des larmes, des couleurs éclatantes, des souffrances infinies.

C'est aussi l'époque où la guerre froide et nucléaire est en suspens au dessus de ce monde viril et délirant (Kennedy, Kroutchev et consorts). Monde de patriarches arrogants, de noceurs, de puissants prêts à tout pour être les vainqueurs de leurs déraisonnables raisons.

Ces années que Niki passe à fracasser le carcan des douleurs qui l'assaillent touchent directement au coeur. La femme, l'artiste, la petite fille, dans le corps et la main de Niki, toutes ensemble, racontent l'histoire des femmes.

Aujourd'hui, on en parle deux ou trois fois par an. Les chiffres nous afolent, nous insupportent... et puis ? Pour dire cela, Niki trouve des mots qui ne parlent pas. Femmes immenses pour nommer les millions, et désormais milliards, de femmes, filles, vendues, mutilées, abusées, tabassées, enfermées, violées, manipulées. Les milliards de femmes qui ont PEUR.

Bien sûr, ça ne se dit pas, ou ça ne s'avoue pas, peut être même le plus souvent, ne s'en aperçoit-on pas. Parce qu'après des millénaires, ça finit par être intégré à nos éducations, à nos habitudes, à nos défenses, à notre découragement.

Tout à coup je me souviens d'être rentrée, adolescente, dans les rues sombres d'une banlieue hivernale, avec ma clef dans mon poing serré, pour me défendre, au cas où... Je me souviens qu'il ne fallait pas montrer ses jambes, sourire aux inconnus, pas faire de stop, pas faire ceci, pas faire cela, mais qu'il fallait jauger les prédateurs. Encore ne vivais-je pas dans une zone où si tu mets une jupe, tu es une "pute", dans une zone de guerre où l'on te viole, légalement ou non, dans n'importe quelle zone, où l'on t'excise, où l'on te voile, où l'on te fouette, où l'on te vend. C'était comme si, dans les paroles dont nous nous moquions, nos mères disaient les douleurs, et les sagesses des femmes qui portent toutes, sans le savoir, une cible sur le bas ventre. Cible virtuelle que Niki matérialise dans ses oeuvres.

Certains diront que si Niki n'avait pas souffert, elle ne serait pas devenue cette immense artiste. Vraiment ? n'y a-t-il place nulle part pour un Art apaisé, pour la beauté quotidienne, pour l'harmonie des humains et de la nature, débarrassés de la suffisance, de l'hyper- virilité, et qui redevienne l'écho constant de la création et du vivant ? En réponse Niki écrit sur le mur de ses créations, cette phrase pour imaginer un monde neuf, voué à la vie, et au bonheur :" nous avons bien le Black power, pourquoi pas le Nana power ? Le communisme et le capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d'une nouvelle société matriarcale "

Je voudrais dre avec Niki qu'il faudrait, oui, réinventer le matriarcat. Pour voir. Non que les femmes soient meilleures, ou que le mal soit toujours du coté des mâles. Il y a des femmes bourreaux et des hommes gentils. Mais on rêverait d'essayer un monde différent, sur deux trois générations, oui, juste pour essayer, une architecture de femmes, une culture de femmes, une école de femmes, une industrie de femmes, qui ne se soumettraient plus à la loi millénaire, mais se mettraient à Inventer ! à vouloir tout, comme le dit Niki : l'indépendance et la beauté... et que les mecs restent à l'écart, en oubliant la puissance et la gloire.

Mais le fusil, dans les mains de Niki, me fait aussi penser que ce que dit l'artiste n'est pas dépourvu de vengeance. Elle dit peut être, Niki : "si nous avions le pouvoir, nous n'en userions pas pour la soumission de l'autre, pour l'enfermement de l'autre, pour l'asservissement de l'autre. Juste une chose. Si tu tires un coup sans demander, moi aussi je tire un coup. Et je ne te raterai pas."

Celle, donc, que papa Freud appellerait la castratrice. Sauf que Sigmund, en homme sûr de son sexe qu'il était, n'a rien compris. Aucune petite fille ne rêve d'avoir le robinet de son petit frère, aucune jeune fille n'a envie, à première vue, du sexe de l'homme au bas de son propre ventre (je me souviens de la première fois où j'ai vu un sexe en érection, celui d'un vieil exhibitionniste dans une allée du jardin des plantes. Pas de quoi faire rêver). Si castratrices nous sommes, fûmes, et rêvons d'être parfois, c'est comme d'un antidote au seul droit de n'être QUE femme, antidote au risque, à la négation et à la peur.

Cependant, Niki n'a pas tiré sur son violeur. Elle a re-créé le monde autour d'elle, du gris vers la couleur, de la hache vers le jardin des délices, du couteau vers la fontaine de vie, de la tragédie vers la beauté. Femme, elle a surmonté son destin pathétique, pour partager avec nous les plus belles, les plus pacifiques images au nom de la Vérité. De la Création. De l'Art.

Ce qu'une femme peut faire, faisons le toutes, nous qui disons NON à l'oppression, en voulant , cette fois, qu'on nous entende vraiment. Re-créons le monde à notre image!

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 17:10

J'ai préféré m'éloigner un peu, en ces temps de chagrin ... et de débordements médiatiques, l'un et les autres n'étant pas idéalement compatibles

 

Avec le recul je me pose cette question :

Où chercher, en deçà de toute haine, de tout interdit, de toute répression, le lieu et le moment pour lesquels, dans lesquels, ne se manifestèrent pas les pulsions de la nuit, du silence de l'intrusion, du fanatisme

En un mot les actions humaines au nom desquelles, jamais, on n'a tué, ni détruit ?

 

Que l'on ait tué au nom de n'importe quelle religion, et ses cohortes moralisatrices, me fait récuser toute religion et toute sainteté

Si l'on a tué au nom de la puissance et du gouvernement des peuples, je récuse toutes les variétés du pouvoir

Si l'on tue au nom du territoire, de la possession, de la domination, il va sans dire que je les récuse sans appel

Si l'on a fermé la bouche d'un autre au nom de la Vérité ou de la Science, alors je récuse la Vérité et de même la recherche du fait et de l'explication du monde

Si l'on tue au nom de la Nature supposée des corps, de la terre et des astres, je récuse la nature supposée de l'existence avec l'idée que chacun s'en fait

Et même si l'on en vient, comme cela est trop souvent, à tuer au nom de l'Amour, je récuse de  l'Amour les faiblesses meurtrières

Dois-je chercher en vain au nom de quelle manifestation de l'être et du vivant  jamais on ne tua, ni ne viola, ni ne tortura ? 

 

Et là, me vient au coeur, avec Charles Baudelaire qui m'accompagne depuis cinquante années, le gout de ... la simple beauté, des mots, des sons, des couleurs. La beauté au nom de laquelle beaucoup moururent le crayon à la main, ou le papier enfoncé dans la gorge, mais qui eux, jamais ne tuèrent au nom de l'art, au nom du poème, au nom des statuaires, au nom de la danse et du chant, au nom du créateur.

Et je me dis que peut être, c'est ici ma liberté !

 

 

NaDa12janvier15

il parait que la colère

est une fleur

comme toutes les autres

 


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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 23:42

je me souviens ...

d'une chanson de Michel Corringe

dans les années 60

j'ai mis longtemps

à arpenter la route qu'elle invitait à prendre

et maintenant ?

envie de repartir

c'est tout

 

 

cette video pour partager

pour inviter

pour échanger

les chemins d'Europe, d'Afrique et d'Amérique

avec qui le voudra

 

https://www.youtube.com/watch?v=yrJQoZP8VEU&feature=youtu.be

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 18:01

que les voeux soient toujours meilleurs, je n'en doute pas...

même si je ne sais ce qu'ils doivent outrepasser:

les frontières de l'instant

ou l'espace d'une heure échappée ?

le temps d'un regret

ou le vent du changement ?

meilleurs qu'avant ? meilleurs que demain qui n'existe pas ?

Le meilleur voeu, qui tombe à point nommé,

n'a pourtant pas de nom

juste un sillage de chaleur et d'odeur

pour rappeler à grands cris

une brève illusion de l'immortelle randonnée

ou la puissance qui lirait nos destinations

ou le rire qui m'offre cette seconde

sans se tromper


car j'ai bien peur

que mes voeux soient plus risibles

que meilleurs

plus illisibles que chanceux

mais s'ils arrivent à cet instant

au sens et au courant de l'air incertain

je n'aurai pas perdu

mon temps

pas tout à fait

mon temps

 

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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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