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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 11:40

Immanquablement durant 7 ans, (du CE2 à la 3ème) "la couture" fut au programme du samedi après midi à l'école des filles, avec le dessin, la gymnastique et plus tard le chant et le théâtre ...

Activités extra scolaires destinées à réaliser l'image accomplie des filles de bonne famille , en plus d'être des élèves instruites (si l'on pouvait jouer en plus un peu de piano, c'était parfait!)

Parmi ces activités la couture, et plus tard le tricot, visaient toutefois à faire de nous des femmes aptes à la tenue d'un foyer, au cas où la voie de l'institution religieuse ne nous tenterait pas ! L'apogée crispée de ces moments de souffrance (ce qu'ils étaient pour moi) fleurissait en mai, lors de la réalisation d'un ouvrage pour la fête des mères qui devait couronner notre savoir faire d'ourlets invisibles, de jours, de broderies, de coutures rabattues et autres points de chainette. Nous étalions notre éventail de connaissances en des motifs divers qui décoraient d'immuables napperons, tabliers, et pochettes serviettes, lesquels finissaient tout aussi immuablement dans le fond des tiroirs de ma mère.

Je me rappelle aussi qu'à l'âge de 13 ans nous eûmes au programme de l'année, la couture d'une chemise de bébé premier âge, et le tricotage d'une brassière au point diamant, sur lesquelles j'ai sué sang et eau de mes mains salies par les récréations.

Mais on n'oublie pas si facilement ce que l'on sait faire, même sans désir, même sans talent...

Aux beaux temps des "100 idées de la maison de Marie Claire" et du babacoolisme aigu, ces savoir-faire ont pourtant commencé à retrouver une légitimité qui avait sa raison d'être, entre cadeaux "faits main" et vêtements de bébés "style bolivien"... Bref, tout cela redonnait un peu de panache à cette activité de cousette maladroite et acharnée qui m'avait tant déplu.

Et puis ...

En 1984 au musée d'art moderne de Paris, je suis entrée sans rien en connaître dans une exposition consacrée à Annette Messager

Révélation !

Ainsi, de tout ce savoir de fille, de femme, enfoncé dans les mains à coups de fines aiguilles, on pouvait faire un Art en soi ?

Un art de femme détourné du sens originel, un art tellurique, ensorcelant, et dans le même temps fidèle aux savoirs populaires de nos vies bien tissées.

J'ai su alors qu'au delà de la stricte utilité à laquelle me vouait mon métier de théâtreuse (et ses costumes, ses accessoires, ses décors), un jour, cette reprise émergerait du tissu des années en réalisations vagabondes que le savoir ancien pourrait broder sur mes minuscules intentions.

Je ne sais si cela est fait pour durer, ou si le chemin m'entraînera ailleurs.

Il faut pour aujourd'hui relier, nouer les cicatrices et les fils du passé en un travail patient.

Tisser la toile des vies éparpillées, comme sur la tapisserie millénaire de Bayeux dont j'ai reçu, un autre jour, l'éblouissant partage.

broderie d'un poème sur un aguayo traditionnel de Tarabuco (Bolivie)

broderie d'un poème sur un aguayo traditionnel de Tarabuco (Bolivie)

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 12:14

Il me revient un ruisseau de cailloux multicolores où l'on construisait patiemment un monde à taille des jeux d'enfants : barrages, moulins, pièges, échappées, courants, sonorités, clartés.

Ainsi se gagne un ruisseau de vie où les graviers faits de mémoire fragmentée tournent en boucles imaginaires. Dessins à la plume de mon arrière grand-père dont je pris la mesure enthousiaste lors des copies d'architecture médiévale qu'on nous imposait à l'adolescence. Épaisseur granuleuse d'une feuille d'aquarelle où le crayon accrochait des questions sans fin. Vertige des magasins de papeterie : stylos, cahiers, carnets, papiers somptueux, plumes, couleurs. Première image d'architecture stupéfiante : Le Corbusier, chapelle de Ronchamp, dont ma professeur de collège disait qu'elle ressemblait à un fromage. Et ce jour de mes 12 ans où j'attendis chez un dentiste face à une peinture gestuelle faite d'écriture « abstraite » qui me laissa pantoise et décidée à m'y coller sans plus attendre.

Cet orage magnétique des découvertes nous arrache à l'enfance mais garde en sa violence la part émerveillée d'une pure création qui laisse pour toujours notre bouche assoiffée, quels que soient par la suite nos abandons, nos défaillances, nos maladresses, nos trahisons. Pour moi ces échappées furent aussi la conjonction des mots, des verbes, des sons qui ne pouvaient plus s'entendre, s'écrire, se décliner, quoique la vie nous laisse en partage, sans cette nécessaire correspondance. Les mots sont des couleurs, les sons chantent en pointillés, les voix se racontent, le crayon griffe, les objets s'assemblent les uns aux autres pour des harmonies sauvages ou complices que le vent défait et refait sans se lasser. Il n'y a pas d’œuvre, il n'y a que des chemins, des voyages.

Puis se rencontrent les maîtres, qui ne sont pas des initiateurs, car rien n'est vraiment caché, qui ne sont pas des professeurs, car rien n'est vraiment acquis, qui sont peut être ce que Rancière appelle des maîtres ignorants dont la seule rencontre, la seule présence suffit à produire l'arc électrique de nos déflagrations intérieures.

Je ne suis pas prétentieuse. Je ne me dis pas artiste par suffisance, mais par insuffisance, pas par vocation, mais par impériosité de recherche et peut-être, parfois, pour tenir debout, quand tout le reste a lâché prise.

Je me réclame d'un art pauvre qui ne sacrifiera pas son évanescence et son inclination vers le petit. Aujourd'hui je digère, ou je reconstruis ce que j'ai oublié depuis longtemps : le moment d'une broderie familière qui dessine à petits points les échos d'autres vies, d'autres moments. C'est à peu près tout ce que je sais faire.

Libre, j'invente ce qui n'a pas de nom, ce qui n'a jamais été.

Voilà l'artiste. Être libre. Travailleur. Inventeur.

Liens des précédentes chroniques : ma vie d'artiste1, ma vie d'artiste2

trois nouveaux "puzzles de voyage"
trois nouveaux "puzzles de voyage"
trois nouveaux "puzzles de voyage"

trois nouveaux "puzzles de voyage"

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 11:33

De la présence enfantine qui subsiste en nous, persiste cette forme de rébellion, qui ne s’affranchit pas directement de la Loi - comment vivre ensemble autrement ? - mais la contourne habilement pour s'en faire notre alliée.

Sans véritable projet, mais avec ce postulat préalable un jour énoncé : personne ne me dira plus ce que je dois faire. S'affranchir donc, de l'autorité de la hiérarchie quelle qu'elle soit. Respecter la loi, peut-être, mais qu'elle ne vienne pas d'en haut : qu'elle soit transversale et librement consentie.

Pour le reste, fichez moi la paix. J'y reviendrai.

Être artiste, comme je pouvais confusément l'imaginer, ce devait être en grande partie cela. À double titre. D'une part parce qu'il est rare que l'activité artistique, soit accompagnée d'une forme de « patronat », même si elle accepte qu'une formation émerge de la fréquentation d'un maître. D'autre part parce que le matériau produit, fût il immatériel, peut, doit, n'obéir à aucune autre loi que celle de son créateur. L’artiste peut faire et dire ce qui lui plaît, de la manière dont il lui plaît, hormis les cas, plutôt rares, où il finit par entrer dans une sorte de marché qui n'a plus rien à voir avec sa pratique, mais obéit à d'autres lois spéculatives qui dénaturent l'essence de ce qu'il est.

Cette vie modeste, je l'ai partagée avec des comédiens, des metteurs en scène, des musiciens, puisque c'était à ce moment la seule forme qui me permettait de vivre. Je ne regrette nullement son apparente étroitesse, gage de ma liberté, engagement partagé, moments de grâce. Étroitesse, donc, mais sans aucune limite vers le haut, vers sa forme lumineuse et stimulante, le poète Aragon disait, je crois, « comme une étoile au fond d'un puits ». Ne vivent ils pas tous dans un puits, les plus nombreux sans même y voir la moindre étoile ? Quels que soient le lieu, ou la profondeur, d'où je la voyais, cette étoile rendait libre, de l'imaginer seulement, de la prendre pour conduite et de faire étinceler d'autres ciels. Et pourquoi non ?

S'il veut vivre de son art, celui-là, à un moment donné, a besoin de l'autre, de l'adhésion de l'autre, pour ne pas retomber dans l'esclavage d'un travail mal consenti. C'est ce qu'on appelle « le public », qu'on soit sur une scène ou contre un mur - le public, là, nous tient à bout de bras, nous achète, nous fait vivre, ou mourir. Nous ? Moi ? Jamais je n'ai ce sentiment, en vérité. On n'achète pas ce que je suis, on ne m'attelle pas à une machine ou un bureau. On accepte ou non, on échange, ou pas, on apprécie, ou on déteste. Cet échange ne passe pas par l'amour de moi (bien que certains artistes l'aient ainsi manifesté - ce ne fut pas ma voie), mais par adhésion à ma création : ça colle ou ça ne colle pas. C'est cette chose extérieure, unique, produite et achevée, qu'ils aiment et qu'ils acquièrent, en dehors de moi désormais. Moi je reste, pour ainsi dire, entière, presque détachée, sans danger, sans que l'autre me bouffe les entrailles. Il prend ou ne prend pas et moi je continue ma route, libre encore. Moins dévorée, paradoxalement, qu'un humain enchaîné à un travail qu'il n'aime pas, pour une société qu'il déteste et un salaire qui le laisse frustré de tout ce qu'il ne permet pas. Sans mépris, évidemment, pour le salariat, ni pour le travailleur, auxquels je n'ai sacrifié que par courtes périodes, je sus très vite qu'il n'était pas dans ma nature de m'y accommoder, mais plutôt de prendre la tangente dès que possible !

Vie d'artiste, vie de galère ? Mais où seraient les rames, les bancs, les fouets, les destinations amères ? Cette vie est un radeau, sans bords, engagé sur la découverte d'un infini qui appartient à moi seule. Si je n'ai à manger que de petits poissons, ils suffisent à combler ma maigre faim qui se nourrit plus facilement de vérité que de pain.

De quelle vérité parler maintenant ? Je vais dire : celle de l'invention.

On ne peut mentir sur ce qui n'existe pas encore. Le plus faible créateur est un artisan de cette vérité, de cette non-tricherie absolue. Même s'il peut paraître paradoxal de lier ces mots contradictoires qu'on nous a enfoncés en tête depuis toujours : celui qui « invente », aux yeux des premiers censeurs que sont les parents ou l'école, ne dit pas le « vrai ». Ce pourquoi l'on incite l'enfant dès son plus jeune âge à imiter, à faire comme, à suivre les modèles balisés, eussent ils fait la preuve de leurs échecs. J'ai dit que formation et apprentissage ne sont pas absents de l'aventure artistique, elle même l'objet d'une transmission qui m'importe beaucoup, mais le bon maître est seulement celui qui offre - ou suggère - les bons outils. Rien de plus.

Je ne parle pas de généralités. Je parle de moi. De mes idéaux de vie, de mes tentatives maladroites, de mon silence face à l'abrutissement de ce qui est « dû »..

Je parle de cet instant où la page est blanche, où la scène est vide, où le mur est nu, où tout est à inventer. Quelque chose de neuf, quelque chose qui surgisse de la main, de la tête, de l’œil, du corps enfin rassemblés face à l'urgence, quelque chose qui ne peut mentir, quelque chose qui n'a jamais existé : moi créateur, face à ma Vérité. Médiocre ou grandiose. Elle est.

Elles sont : liberté, vérité et maintenant ?

Plus haut, j'utilisais cette expression : « ficher la paix ». Ficher en moi la paix. Dire et redire qu'au moment où cette création surgit, écrire, lire un poème face à un public, dessiner, chanter, danser, à ce moment, entre moi et celui qui le reçoit, comme à l'inverse entre moi et ce que je reçois, existe, plus que dans toute autre moment humain, le véritable enjeu d'un temps paisible, gratuit, sensible, possible, fraternel. L'Art en soi ne génère pas de conflits, ce n'est que lorsqu’il est instrumentalisé à d'autres fins, religieuses, politiques, que son utilisation devient frauduleuse, mais dans tous les cas, ce sont, évidemment, les artistes et leurs œuvres qui en font les frais, non le contraire. Les totalitarismes témoignent de cette insupportable détestation d'une expression sans règlement. En face, l'artiste est seul, avec ses poèmes, comme Eluard, ses tableaux comme le Picasso de Guernica ou le Goya du 2 de Mayo, ses sculptures comme Niki de St Phalle, ses pièces de théâtre comme Brecht, et mille et mille autres, où l'œuvre est seulement le lieu d'une arme de non-violence absolue qui traduit pourtant l'extrême violence du monde.

À ce prix est la Paix.

Même si les artistes sont parfois cruels les uns envers les autres. On peut se tourner le dos, on peut refuser, s'emporter, juger, le partage peut échouer, et pourtant je ne connais pas de cas où l'Art-en-soi ait pu causer une guerre, une violence sociale et destructrice de la part de l'artiste, parce que l'enjeu est du domaine d'un « plus » totalement gratuit, non pas d'un « plus matériel » ou, d'un « plus puissant », voire d'un « plus fort » comme dans le sport qui engendre tant d'agressivité. Parce qu'en Art il n'y a pas de « plus », il n'y a que du contradictoire et du différent.

Certains diraient que cette absence d'enjeu est la preuve que l'Art ne sert à rien.

Ce rien est justement ce qui fait sa force, sa séduction, son caractère unique parmi les activités humaines. Je voudrais être d'un peuple, d'un monde où les choses ne servent à rien qu'à elles mêmes, où le seul caractère aimable de la vie, soit d'être vivant et de se consacrer à l'inutile, au gratuit, à des jours et des productions constamment réinventées, recréées, puis abandonnées au bord d'un chemin, pour le seul plaisir de leur existence. Nous autres, humains, ne vivrions nous pas mieux ainsi ?

Je n'ai pas parlé de Beauté. Pas encore. Parce que je ne sais pas dire ce qu'elle est. Parce qu'elle existe probablement en dehors de l'Art, de la même façon que l'Art peut n'être pas beau.

Ce que je sais est que parfois la conjonction d'une émotion, d'une fraternité, d'une matière, d'une création et d'un sens donne naissance à la Beauté qui ne s'explique pas. C'est alors que nous sommes tous, des dieux !

1993 - "l'Enchanteur Pourrissant" de Guillaume Apollinaire - interprétation, décors, costumes: D.Dieterlé. Mes : J.Cudennec

1993 - "l'Enchanteur Pourrissant" de Guillaume Apollinaire - interprétation, décors, costumes: D.Dieterlé. Mes : J.Cudennec

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 14:38

Que dire d'une vie d'artiste - qui n'était pas gagnée d'avance - sans fortune, sans notoriété, mais surtout sans contrainte ni amertume?

Par le seul plaisir d'avoir mis, longtemps après, un qualificatif à son nom propre - qui n'était pas si propre - et de situer sa véridique histoire dans un choix sous-terrain, inavoué, à peine tracé, finissant toutefois par faire un vrai chemin de lacets, un passage visible sur la carte du ciel, d'où je regarde les méandres qui parviennent à charrier un peu d'eau claire, un peu d'eau courante, un peu de sens à la terre assoiffée.

Longtemps j'ai évité de dire le mot, de peur qu'il ne s'échappe. Longtemps j'ai couru dans le sable (où l'on court si mal) pour m'éloigner de l'entrainement du fleuve. Longtemps j'ai hésité, j'ai suivi, nez au vent, des hommes qui passaient, des signes informes, des appels incompréhensibles.

Mais un jour, tout est là, dans la ferveur minuscule d'une scène, d'un chant comme étourdi, d'un collage exposé, explosé. Un crépitement de mots et de rires qui établissent et justifient ce qui n'en avait pas besoin, croyait-on.

Les mots, tout d'abord, quand l'écriture manquait encore, quand le tracé pataud me rangeait au coté des malhabiles, tandis que sur un théâtre d'école primaire, je ne connaissais pas la peur de "produire", de "me produire", et d'ânonner ces premiers mots qui n'étaient pas les miens.

Adolescence : tout ensemble se présentent le mot poétique, le chant, le tracé heureux d'une main maîtrisée. Baudelaire - premier éblouissement, cartographies à l'encre de Chine, broderies de classe, théâtre, chorale, atelier: irruption bien heureuse d'un possible qui me lavait de la médiocrité d'une vie maigre et chaotique que personne ne pouvait m'envier.

Mais au tournant des choix d'avenir, je ne sus pas dire, je ne sus pas faire, ni prévoir, ni imaginer, ni anticiper. Il fallut n'être que là, n'être que moi, et occuper mes mains de plumes, de traits, de reliefs qui semblaient un divertissement de l'essentiel, où, comme toujours, l'essentiel manquait. Ce fut donc le jeu, un peu vain, le plus souvent caché, d'une vie rêvée, par une autre que moi, qui s'écrivait avec des mots plus forts, moins honteux d'eux mêmes.

Un jour, le théâtre m'a choisi, où je lançais quelques espérances, quelques conjectures, quelques apprentissages, avec un temps qui fait le reste, sans vraiment le vouloir. Qui échafaude un statut, qui construit un espace, un modèle, une légitimité, que dire ?

Toujours les mots en tête, les doigts courent sur le papier, donnent une forme aux objets, aux pensées, aux rencontres, aux représentations. Et quelle que soit la petitesse désespérée de l'ambition, elle n'a pas de prise sur la peau, elle glisse au delà du regard, bien au- delà.

Mais une fois, quelqu'un est là, quelqu'un est mort, là, qui ne m'a pas parlé, mais m'a laissé dire, enfin, longtemps après qu'on m'ait fermé la bouche, qu'il en était ainsi : là où je me sentais, là où je trouvais le sens à tire d'ailes, de loin, d'en haut, ce que je voyais m'a dit cela : ma vie d'artiste.

1966 - 17 ans ... collage réalisé dans l'atelier de Jac Adam à Issy les Mx

1966 - 17 ans ... collage réalisé dans l'atelier de Jac Adam à Issy les Mx

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 15:39

Je commencerai par trois citations des dernières femmes qui ont eu le Nobel de la Paix

Malala Yousafzai (Pakistan) 2014

"Les talibans sont contre l’instruction parce qu’ils pensent que lorsqu’un enfant lit un livre, apprend l’anglais ou étudie la science, il s’occidentalise. Mais moi, je dis : « L’instruction, c’est l’instruction. Nous devons tout apprendre et choisir ensuite quelle voie nous suivons. » L’instruction n’appartient ni à l’Occident ni à l’Orient, elle appartient à l’humanité."

et encore ceci :

"Pourquoi les pays qu'on dit puissants sont-ils si forts à provoquer des guerres, mais si faibles pur apporter la paix ? pourquoi donner des armes est-il si facile quand donner des livres est si difficile? pourquoi est-il facile de construire des chars mais si difficile de construire des écoles ?"

Leymah Gbowee (Liberia) 2011

"Dans le récit traditionnel des histoires de guerre, les femmes sont toujours à l'arrière-plan. Nos souffrances ne sont qu'un à-côté du récit principal. Quand on nous montre c'est par « intérêt humanitaire ». Nous autres, Africaines, sommes le plus souvent marginalisées et dépeintes comme des victimes pathétiques à l'expression hagarde, aux vêtements déchirés, aux seins tombants. Telle est l'image à laquelle le monde est habitué, l'image qui se vend. (…) nos histoires sont rarement contées. Je veux que vous entendiez la mienne"

j'ajouterai mon humble contribution par ce texte écrit pour le dimanche 8 mars à Concarneau

"Tout d'abord, dit-elle,
au premier jour, j'étais penchée vers le berceau, vers la terre, vers le fleuve, et mes mains dans la terre semaient les racines et les mots de la civilisation
je ne regardais ni vers le ciel, ni vers un autre territoire, ni vers l'au-delà des océans.

Je façonnais la glaise pour en faire des pots remplis d'espérance, des boites de Pandore bien closes. Je nourrissais, j'abritais, et la tâche infinie s'étirait de jour en jour, de proche en proche.

Mais le pouvoir d'enfanter, de nourrir, de pacifier le monde m'a éloignée des conquérants.
Alors, dit-elle, ils m'ont maudite, enfermée, humiliée, violentée et ils m'ont dit :
tu es l'indienne, la sorcière, la voilée, l'enfant captive, l'esclave soumise, la marchandise
tu es la palestinienne, l'aborigène, la brûlée vive, la mal mariée, la Vénus hottentot, la noyée,

la putain
tu es la femme
et tu ne sais rien de la gloire, du pouvoir et de la guerre


et puis un autre jour, dit-elle, ils sont allée plus loin encore :
car de mon village au premier printemps, de la rivière chargée de fleurs, du feu et des étoiles, de la poussière des routes et des saisons de pluies, de tous les villages où mon père s'est chargé de mots et d'odeurs, du monde à explorer, de la douceur des nuits, de la caresse des hommes, de la colère portée par les vents du changements, du sommet de la montagne au delà des prairies, de la poitrine de ma mère où je voulais dormir
je ne connaissais rien
je suis l'arrêtée, la mort née, la triée entre toutes les espérances
je suis la fille qui n'est pas née
nous sommes les milles voix de nos villages désertés où les hommes creusent en vain le lit de leurs désirs inassouvis et de leur fierté imbécile
je suis la fille pas née, l'évitée, celle qu'on a jeté aux chiens, celle qu'on a enfermée vivante au profond de la terre, celle qu'on a offerte au bûcher des traditions
parce que la fille est celle qu'on achète et qu'on vend, qu'on dote pour la marier, parce que la fille ne sert à rien, qu'à ruiner ses parents
je savais que la joie n'était pas faite pour moi, peut être la douleur, sûrement la soumission, alors, ai-je échappé au pire ? Moi la pas-née, pas choisie, rejetée, moi fille de toutes les malédictions, de toutes les sélections, au souffle interrompu avant son premier cri !

Mais aujourd'hui, peut être comme toutes celles ci

elle - ne dit plus rien
elle se lève, elle se tient debout, elle marche, elle regarde au loin, non pas vers la conquête, mais vers la paix
elle voit toutes les femmes, les pionnières, les semeuses, les volontaires

alors c'est son corps, son regard, sa force qui disent non


et ce sont nos regards, notre force et notre nombre qui maintenant façonnent la paix, qui allument l'espoir, et lèvent ces arcs de résistance

sur une terre qui se trouve enfin désaltérée, réhabilitée, pacifiée.

♦  8 mars : la Paix des femmes♦  8 mars : la Paix des femmes

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 11:06

(suite à l'expo Niki de St Phalle qui vient de fermer ses portes à Paris au grand Palais)

 

Tout d'abord, le prénom me parlait. Ce n'est pas le sien, ce n'est pas le mien, mais durant quelques années, dans des revues poétiques, je signais du même prénom.

 

La comparaison s'arrête là.

C'est une immense artiste

Je n'ai pas été violée, à l'âge de 11 ans, ni à aucun âge, par mon père, ou qui que ce soit d'autre.

Elle si.

J'ai cru longtemps que le nom de St Phalle avait été choisi par elle à cause du drame, pour accuser sa famille. Mais non. Elle n'a rien inventé. Ni le nom, ni la douleur.

Je connaissais de Niki ces immenses NANAS, colorées, dansantes, plantureuses, offertes à la convoitise des hommes qu'un seul de leur pas de géante suffit à écraser. Et puis cette femme gigantesque, dont on explore l'intérieur en entrant par la porte du sexe. "Vous voulez y aller, dit ELLE ( HON en suédois), eh bien allez y , en masse, en famille, en cohorte, mais c'est moi qui décide, où et quand".

J'ai découvert l'autre Niki, la première, adolescente au visage lumineux, qui abandonne le métier de mannequin pour entrer en ART. Art brut au premier abord, entre Dubuffet et Pollock. Mais plus brutal que véritablement brut. Femmes déformées, hérissées de couteaux, de haches, de marteaux, d'avions de chasse ou de bébés démembrés. Sorcières puissantes et torturées. Femmes et bas reliefs habillés de plâtre, dont tous ceux qui ont travaillé ce matériau connaissent la douceur tiède et blanche comme une chair d'enfant.

Alors entre en scène la Niki tueuse. Celle qui vise à la carabine ces coques de plâtre recouvrant des poches de couleur, chaque tir à balles réelles faisant surgir du sang, des larmes, des couleurs éclatantes, des souffrances infinies.

C'est aussi l'époque où la guerre froide et nucléaire est en suspens au dessus de ce monde viril et délirant (Kennedy, Kroutchev et consorts). Monde de patriarches arrogants, de noceurs, de puissants prêts à tout pour être les vainqueurs de leurs déraisonnables raisons.

Ces années que Niki passe à fracasser le carcan des douleurs qui l'assaillent touchent directement au coeur. La femme, l'artiste, la petite fille, dans le corps et la main de Niki, toutes ensemble, racontent l'histoire des femmes.

Aujourd'hui, on en parle deux ou trois fois par an. Les chiffres nous afolent, nous insupportent... et puis ? Pour dire cela, Niki trouve des mots qui ne parlent pas. Femmes immenses pour nommer les millions, et désormais milliards, de femmes, filles, vendues, mutilées, abusées, tabassées, enfermées, violées, manipulées. Les milliards de femmes qui ont PEUR.

Bien sûr, ça ne se dit pas, ou ça ne s'avoue pas, peut être même le plus souvent, ne s'en aperçoit-on pas. Parce qu'après des millénaires, ça finit par être intégré à nos éducations, à nos habitudes, à nos défenses, à notre découragement.

Tout à coup je me souviens d'être rentrée, adolescente, dans les rues sombres d'une banlieue hivernale, avec ma clef dans mon poing serré, pour me défendre, au cas où... Je me souviens qu'il ne fallait pas montrer ses jambes, sourire aux inconnus, pas faire de stop, pas faire ceci, pas faire cela, mais qu'il fallait jauger les prédateurs. Encore ne vivais-je pas dans une zone où si tu mets une jupe, tu es une "pute", dans une zone de guerre où l'on te viole, légalement ou non, dans n'importe quelle zone, où l'on t'excise, où l'on te voile, où l'on te fouette, où l'on te vend. C'était comme si, dans les paroles dont nous nous moquions, nos mères disaient les douleurs, et les sagesses des femmes qui portent toutes, sans le savoir, une cible sur le bas ventre. Cible virtuelle que Niki matérialise dans ses oeuvres.

Certains diront que si Niki n'avait pas souffert, elle ne serait pas devenue cette immense artiste. Vraiment ? n'y a-t-il place nulle part pour un Art apaisé, pour la beauté quotidienne, pour l'harmonie des humains et de la nature, débarrassés de la suffisance, de l'hyper- virilité, et qui redevienne l'écho constant de la création et du vivant ? En réponse Niki écrit sur le mur de ses créations, cette phrase pour imaginer un monde neuf, voué à la vie, et au bonheur :" nous avons bien le Black power, pourquoi pas le Nana power ? Le communisme et le capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d'une nouvelle société matriarcale "

Je voudrais dre avec Niki qu'il faudrait, oui, réinventer le matriarcat. Pour voir. Non que les femmes soient meilleures, ou que le mal soit toujours du coté des mâles. Il y a des femmes bourreaux et des hommes gentils. Mais on rêverait d'essayer un monde différent, sur deux trois générations, oui, juste pour essayer, une architecture de femmes, une culture de femmes, une école de femmes, une industrie de femmes, qui ne se soumettraient plus à la loi millénaire, mais se mettraient à Inventer ! à vouloir tout, comme le dit Niki : l'indépendance et la beauté... et que les mecs restent à l'écart, en oubliant la puissance et la gloire.

Mais le fusil, dans les mains de Niki, me fait aussi penser que ce que dit l'artiste n'est pas dépourvu de vengeance. Elle dit peut être, Niki : "si nous avions le pouvoir, nous n'en userions pas pour la soumission de l'autre, pour l'enfermement de l'autre, pour l'asservissement de l'autre. Juste une chose. Si tu tires un coup sans demander, moi aussi je tire un coup. Et je ne te raterai pas."

Celle, donc, que papa Freud appellerait la castratrice. Sauf que Sigmund, en homme sûr de son sexe qu'il était, n'a rien compris. Aucune petite fille ne rêve d'avoir le robinet de son petit frère, aucune jeune fille n'a envie, à première vue, du sexe de l'homme au bas de son propre ventre (je me souviens de la première fois où j'ai vu un sexe en érection, celui d'un vieil exhibitionniste dans une allée du jardin des plantes. Pas de quoi faire rêver). Si castratrices nous sommes, fûmes, et rêvons d'être parfois, c'est comme d'un antidote au seul droit de n'être QUE femme, antidote au risque, à la négation et à la peur.

Cependant, Niki n'a pas tiré sur son violeur. Elle a re-créé le monde autour d'elle, du gris vers la couleur, de la hache vers le jardin des délices, du couteau vers la fontaine de vie, de la tragédie vers la beauté. Femme, elle a surmonté son destin pathétique, pour partager avec nous les plus belles, les plus pacifiques images au nom de la Vérité. De la Création. De l'Art.

Ce qu'une femme peut faire, faisons le toutes, nous qui disons NON à l'oppression, en voulant , cette fois, qu'on nous entende vraiment. Re-créons le monde à notre image!

pour voir les images en grand ( ça en vaut la peine !) cliquez sur la première et faites défilerpour voir les images en grand ( ça en vaut la peine !) cliquez sur la première et faites défiler
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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 17:10

J'ai préféré m'éloigner un peu, en ces temps de chagrin ... et de débordements médiatiques, l'un et les autres n'étant pas idéalement compatibles

 

Avec le recul je me pose cette question :

Où chercher, en deçà de toute haine, de tout interdit, de toute répression, le lieu et le moment pour lesquels, dans lesquels, ne se manifestèrent pas les pulsions de la nuit, du silence de l'intrusion, du fanatisme

En un mot les actions humaines au nom desquelles, jamais, on n'a tué, ni détruit ?

 

Que l'on ait tué au nom de n'importe quelle religion, et ses cohortes moralisatrices, me fait récuser toute religion et toute sainteté

Si l'on a tué au nom de la puissance et du gouvernement des peuples, je récuse toutes les variétés du pouvoir

Si l'on tue au nom du territoire, de la possession, de la domination, il va sans dire que je les récuse sans appel

Si l'on a fermé la bouche d'un autre au nom de la Vérité ou de la Science, alors je récuse la Vérité et de même la recherche du fait et de l'explication du monde

Si l'on tue au nom de la Nature supposée des corps, de la terre et des astres, je récuse la nature supposée de l'existence avec l'idée que chacun s'en fait

Et même si l'on en vient, comme cela est trop souvent, à tuer au nom de l'Amour, je récuse de  l'Amour les faiblesses meurtrières

Dois-je chercher en vain au nom de quelle manifestation de l'être et du vivant  jamais on ne tua, ni ne viola, ni ne tortura ? 

 

Et là, me vient au coeur, avec Charles Baudelaire qui m'accompagne depuis cinquante années, le gout de ... la simple beauté, des mots, des sons, des couleurs. La beauté au nom de laquelle beaucoup moururent le crayon à la main, ou le papier enfoncé dans la gorge, mais qui eux, jamais ne tuèrent au nom de l'art, au nom du poème, au nom des statuaires, au nom de la danse et du chant, au nom du créateur.

Et je me dis que peut être, c'est ici ma liberté !

 

 

NaDa12janvier15

il parait que la colère

est une fleur

comme toutes les autres

 


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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 23:42

je me souviens ...

d'une chanson de Michel Corringe

dans les années 60

j'ai mis longtemps

à arpenter la route qu'elle invitait à prendre

et maintenant ?

envie de repartir

c'est tout

 

 

cette video pour partager

pour inviter

pour échanger

les chemins d'Europe, d'Afrique et d'Amérique

avec qui le voudra

 

https://www.youtube.com/watch?v=yrJQoZP8VEU&feature=youtu.be

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 18:01

que les voeux soient toujours meilleurs, je n'en doute pas...

même si je ne sais ce qu'ils doivent outrepasser:

les frontières de l'instant

ou l'espace d'une heure échappée ?

le temps d'un regret

ou le vent du changement ?

meilleurs qu'avant ? meilleurs que demain qui n'existe pas ?

Le meilleur voeu, qui tombe à point nommé,

n'a pourtant pas de nom

juste un sillage de chaleur et d'odeur

pour rappeler à grands cris

une brève illusion de l'immortelle randonnée

ou la puissance qui lirait nos destinations

ou le rire qui m'offre cette seconde

sans se tromper


car j'ai bien peur

que mes voeux soient plus risibles

que meilleurs

plus illisibles que chanceux

mais s'ils arrivent à cet instant

au sens et au courant de l'air incertain

je n'aurai pas perdu

mon temps

pas tout à fait

mon temps

 

and04

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 11:56

C'est un film documentaire de Jean Loïc Potron et Gabriella Kessler que j'ai vu à Concarneau il y a quelques semaines.

Un de ces moments, de moins en moins rares hélas, qui prend à la gorge et vous fait dire : non ! Non ça ne peut pas continuer comme ça ! Il faudra bien que ça s'arrête un jour !

 

braddock-america 4825330

 

La camera de JL Potron suit inlassablement des rues défoncées, des trottoirs couverts de déchets, des silhouettes fantomatiques de monstres d'acier qui s'effritent peu à peu.

"On dirait le Sud" : ce Sud de la planète, hors de la compétition, où les villes s'embourbent et se délitent dans l'impuissance des Etats.

Mais Stop ! Ici c'est Braddock, America, fleuron de l'acier yankee, symbole des réussites insolentes du siècle passé où l'on magnifiait le made in USA; une ville de 70 000 habitants, aujourd'hui réduite au 1/10è de sa population, où s'installaient des émigrés d'Europe et d'ailleurs, fascinés par "the american way of life" .

Et puis boum ! mondialisation oblige (!) tout s'est écroulé en une vingtaine d'années.
Mais c'est de l'Amérique dont on parle ! du pays du capitalisme triomphant, de la libre entreprise, du self made man, de la vénération accordée à l'industriel qui pavoise ... et là bas, dans cet El Dorado, on délocalise ?

C'est la première claque que je reçois, accompagnée de cette réflexion immédiate :

Quoi ? au moment où l'on entend répéter à satiété, que la difficulté des patrons à investir, à embaucher en France, voire en Europe (ces bastions crypto-communistes de l'Etat providence!!) vient d'un excès de règlementation, de taxes, de contraintes, d'empêchement de tourner en rond... Quoi aux USA aussi ? Mais alors ?

N'est ce pas  là bas le règne du libéralisme débridée, de la liberté sans contraintes qui permet toutes les audaces?

Et poutant, eux aussi, ils délocalisent !

On voit alors dans cette ville mythique privé des bienfaits de la "manne libérale", des américains comme vous et moi, identiques à nos ouvriers de Lorraine et d'ailleurs, semblables aux millions de gens de partout sacrifiés sur l'autel du Dieu Fric tout puissant.

On les entend parler simplement, du policier de quartier à la responsable de la municipalité. Et ils nous disent que là bas aussi, les riches, les investisseurs, les possédants, pas encore assez gavés, sont partis avec le magot en se fichant pas mal de ce qui arriverait aux laissés pour compte.

On entend cet ex-syndicaliste de l'aciérie raconter les combats menés en vain, on voit monter au créneau ce collectif de manifestants qui veut protéger son hôpital et qui n'aura pas gain de cause: l'établissement qui appartient à un groupe privé, sera finalement démoli pour être reconstruit quelques kilomètres plus loin, dans une banlieue aisée de Pittsburg.


Pour moi qui ne connait pas les USA, la deuxième réflexion qui vient à l'esprit est qu'au delà des clichés, ou des faits de société qui marquent nos différences, il y a aussi pas mal de gens qui nous ressemblent, dont les combats pourraient être les nôtres, que leur impuissance à faire changer le système révolte, et qui ne baissent pas les bras même quand leur situation est quasi désespérée.

Il faut entendre ce père de famille qui a compris très tôt que les aciéries ne rembaucheraient pas, et qui s'estime heureux d'avoir trouvé un job à 4 dollars de l'heure pour nourrir ses enfants.

4 dollars de l'heure ! Dans la première économie du monde ! Au sein d'une concentration inédite d'insolente richesse ! Habitant d'un empire économique qui veut contôler la planète !

Et derrière sa façade arrogante : la misère, la décrépitude, l'abandon !


Et voici la troisième leçon que je reçois de ce documentaire. A Braddock, la municipalité tente de faire ce qu'elle peut pour sécuriser les zones mortes, les maisons en voie d'écroulement, les rues (dont le nettoyage est assuré par les gamins du quartier). Sa marge de manoeuvre est étriquée : manque d'argent, manque de personnel, manque de leviers publics pour agir sur l'espace public .

Ceci est probablement une différence importante avec ce qui se passe (se passait ?) chez nous, où l'Etat et les collectivités locales disposent encore de pouvoirs et de finances qui permettent de régler, même de façon imparfaite, voire contestable, un certain nombre de situations extrêmes : catastrophes, inondations (qu'on se souvienne de ce qui s'est passé à La Nouvelle Orléans par comparaison), choc économique, grosses difficultés dans les bassins d'emploi.

En France nous avons encore (mais pour combien de temps ? ) des modes d'intervention qui permettent d'éviter le pire. Il me semble que chez nous, même dans les quartiers les plus déshérités, les campagnes les plus lointaines, on ramasse encore les poublelles, on entretient les routes, les stades, les écoles, on a droit aux minima sociaux : bref,  il reste encore (un peu) de service public!

Et voilà bien ce qui gêne nos ultra libéraux qui considèrent encore ce "reste" comme une insupportable ingérence dans leurs juteuses affaires. Privatisons, disent ils, et la liberté nous sera rendue !

Ce que nous disent les gens de Braddock (et d'ailleurs) c'est que dans la sphère de toute gestion privée, si tu ne payes pas, tu n'as rien !

Il n'y a qu'à, disent les ultras, laisser les routes, les ordures et les maison tranquillement s'effondrer en attendant que les "rats" quittent le navire, tandis qu'eux se rotissent au soleil dans les îles enchantées.

Car c'est bien ainsi que des humains sont considérés dans ce monde là : comme des rats qui empêchent l'argent de couler à flot directement dans leurs poches en cherchant à grignoter quelques miettes au passage.

Imaginons que la pression actuelle sur les gouvernements exercée par une Europe libérale - à laquelle nous avons dit NON - finisse par triompher totalement ?

Braddock serait (sera?) notre futur.

Et ce ne sont pas les gémissements de tous les maires schizophrènes qui pleurent face aux baisses de leurs dotations, tout en hurlant pour réclamer la mort de l'Etat, la disparition des impôts et la privatisation totale de la sphère publique, qui pourront arrêter les processus !

Ne comprennent ils pas ce qui les attend ? ce qui NOUS attend ?

 

bande annonce du fil en cliquant sur le lien ci dessous

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19542221%26cfilm=221009.html

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 13:40

elle se nomme évidemment au singulier dans ce qu'elle a de distance face au prosaïque quotidien

elle se nomme et s'effiloche dans un haillon de minutes égarées, ici et là et encore ailleurs, mais jamais où on l'attendait

si l'on ne prend pas de vacance en hiver, ou de vacance chez soi, ce n'est pas seulement pour la brièveté des jours ou l'impossible rêverie de l'intérieur, mais c'est aussi à cause de cette incapacité qu'on éprouve alors d'entrer en errance au hasard de moments dont on ne fera rien, au bout du compte

dont on ne comptera même pas les furtifs passages

les jours sont longs, sont ils donc infinis ?

le chant obstiné d'un oiseau m'aura soudain happée, ou le bourgeonnement d'un fruit, que j'en aurais presque oublié ma destination

faut-il encore avoir destination ?

qu'importe le destin, la chaleur et la lumière sont à nos portes, leur refuserons nous l'invitation d'une heure, d'un jour, d'une semaine ?

le soir est doux, il ne convient pas aux ruminations, il prend l'air et s'accorde à la lenteur du vide

tout comme je le fais, redoutant l'hiver, espérant parfois secrètement reprendre un peu d'ouvrage

mais qui donc a rendu ce métier si léger, ne vient il pas de s'envoler ?

la langueur satisfaite a remplacé mes exigences

eh bien, tant pis !

 

fleurdeslandes

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 11:21

il s'avance à petits pas glissés devant 40000 spectateurs avec un sourire béat d'enfant récompensé au delà du mérite

en frappant dans ses mains pour faire semblant

d'un seul coup j'oublie mes oreilles et ne voit que le petit homme vouté

qui reprend vite son souffle, qui touche sans arrêt ses cheveux (teinture ou postiche ?), qui prend et repose le micro à chaque mesure

je veux lui laisser une chance

sans que le coeur y soit vraiment

après Mozart dit on le silence est encore du Mozart

juste après la débauche du métal, il n'y a rien

c'est cela que j'aime y trouver : une musique des limites extrêmes au delà desquelles on tombe dans le néant même de l'idée ou du sentiment de musique,

mais dans le show fatigué, il n'y a que la voix de fausset d'Ozzy, et une forme trop bien léchée qui dit le désespoir sidérant de l'impuissance

sans aucune pitié

à la cinquième reprise rageusement, je fends le rituel bigarré de la masse qui attend son plaisir

là bas les zicos se déchainent autour du petit vieux qui me ressemble peut être

l'âge ne rétrécit pas ma vue, au contraire, il offre à mes regards l'ampleur du désastre

tandis que ma jeunesse obstinée resserrait son chariot de vouloirs dans l'ornière du devenir

mais je ne suis pas sage

je vais faire quelques pas,

au delà du grand bazar quelques vikings assoiffés livrent et délivrent une énergie métalleuse qui sent le propre de l'enfance

ma colère est la leur

sans que je sache pourquoi

 

maxpeoplefrthree270520

Ozzy osbourne - Black Sabbath - Hellfest 2014

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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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