Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 11:56

C'est un film documentaire de Jean Loïc Potron et Gabriella Kessler que j'ai vu à Concarneau il y a quelques semaines.

Un de ces moments, de moins en moins rares hélas, qui prend à la gorge et vous fait dire : non ! Non ça ne peut pas continuer comme ça ! Il faudra bien que ça s'arrête un jour !

 

braddock-america 4825330

 

La camera de JL Potron suit inlassablement des rues défoncées, des trottoirs couverts de déchets, des silhouettes fantomatiques de monstres d'acier qui s'effritent peu à peu.

"On dirait le Sud" : ce Sud de la planète, hors de la compétition, où les villes s'embourbent et se délitent dans l'impuissance des Etats.

Mais Stop ! Ici c'est Braddock, America, fleuron de l'acier yankee, symbole des réussites insolentes du siècle passé où l'on magnifiait le made in USA; une ville de 70 000 habitants, aujourd'hui réduite au 1/10è de sa population, où s'installaient des émigrés d'Europe et d'ailleurs, fascinés par "the american way of life" .

Et puis boum ! mondialisation oblige (!) tout s'est écroulé en une vingtaine d'années.
Mais c'est de l'Amérique dont on parle ! du pays du capitalisme triomphant, de la libre entreprise, du self made man, de la vénération accordée à l'industriel qui pavoise ... et là bas, dans cet El Dorado, on délocalise ?

C'est la première claque que je reçois, accompagnée de cette réflexion immédiate :

Quoi ? au moment où l'on entend répéter à satiété, que la difficulté des patrons à investir, à embaucher en France, voire en Europe (ces bastions crypto-communistes de l'Etat providence!!) vient d'un excès de règlementation, de taxes, de contraintes, d'empêchement de tourner en rond... Quoi aux USA aussi ? Mais alors ?

N'est ce pas  là bas le règne du libéralisme débridée, de la liberté sans contraintes qui permet toutes les audaces?

Et poutant, eux aussi, ils délocalisent !

On voit alors dans cette ville mythique privé des bienfaits de la "manne libérale", des américains comme vous et moi, identiques à nos ouvriers de Lorraine et d'ailleurs, semblables aux millions de gens de partout sacrifiés sur l'autel du Dieu Fric tout puissant.

On les entend parler simplement, du policier de quartier à la responsable de la municipalité. Et ils nous disent que là bas aussi, les riches, les investisseurs, les possédants, pas encore assez gavés, sont partis avec le magot en se fichant pas mal de ce qui arriverait aux laissés pour compte.

On entend cet ex-syndicaliste de l'aciérie raconter les combats menés en vain, on voit monter au créneau ce collectif de manifestants qui veut protéger son hôpital et qui n'aura pas gain de cause: l'établissement qui appartient à un groupe privé, sera finalement démoli pour être reconstruit quelques kilomètres plus loin, dans une banlieue aisée de Pittsburg.


Pour moi qui ne connait pas les USA, la deuxième réflexion qui vient à l'esprit est qu'au delà des clichés, ou des faits de société qui marquent nos différences, il y a aussi pas mal de gens qui nous ressemblent, dont les combats pourraient être les nôtres, que leur impuissance à faire changer le système révolte, et qui ne baissent pas les bras même quand leur situation est quasi désespérée.

Il faut entendre ce père de famille qui a compris très tôt que les aciéries ne rembaucheraient pas, et qui s'estime heureux d'avoir trouvé un job à 4 dollars de l'heure pour nourrir ses enfants.

4 dollars de l'heure ! Dans la première économie du monde ! Au sein d'une concentration inédite d'insolente richesse ! Habitant d'un empire économique qui veut contôler la planète !

Et derrière sa façade arrogante : la misère, la décrépitude, l'abandon !


Et voici la troisième leçon que je reçois de ce documentaire. A Braddock, la municipalité tente de faire ce qu'elle peut pour sécuriser les zones mortes, les maisons en voie d'écroulement, les rues (dont le nettoyage est assuré par les gamins du quartier). Sa marge de manoeuvre est étriquée : manque d'argent, manque de personnel, manque de leviers publics pour agir sur l'espace public .

Ceci est probablement une différence importante avec ce qui se passe (se passait ?) chez nous, où l'Etat et les collectivités locales disposent encore de pouvoirs et de finances qui permettent de régler, même de façon imparfaite, voire contestable, un certain nombre de situations extrêmes : catastrophes, inondations (qu'on se souvienne de ce qui s'est passé à La Nouvelle Orléans par comparaison), choc économique, grosses difficultés dans les bassins d'emploi.

En France nous avons encore (mais pour combien de temps ? ) des modes d'intervention qui permettent d'éviter le pire. Il me semble que chez nous, même dans les quartiers les plus déshérités, les campagnes les plus lointaines, on ramasse encore les poublelles, on entretient les routes, les stades, les écoles, on a droit aux minima sociaux : bref,  il reste encore (un peu) de service public!

Et voilà bien ce qui gêne nos ultra libéraux qui considèrent encore ce "reste" comme une insupportable ingérence dans leurs juteuses affaires. Privatisons, disent ils, et la liberté nous sera rendue !

Ce que nous disent les gens de Braddock (et d'ailleurs) c'est que dans la sphère de toute gestion privée, si tu ne payes pas, tu n'as rien !

Il n'y a qu'à, disent les ultras, laisser les routes, les ordures et les maison tranquillement s'effondrer en attendant que les "rats" quittent le navire, tandis qu'eux se rotissent au soleil dans les îles enchantées.

Car c'est bien ainsi que des humains sont considérés dans ce monde là : comme des rats qui empêchent l'argent de couler à flot directement dans leurs poches en cherchant à grignoter quelques miettes au passage.

Imaginons que la pression actuelle sur les gouvernements exercée par une Europe libérale - à laquelle nous avons dit NON - finisse par triompher totalement ?

Braddock serait (sera?) notre futur.

Et ce ne sont pas les gémissements de tous les maires schizophrènes qui pleurent face aux baisses de leurs dotations, tout en hurlant pour réclamer la mort de l'Etat, la disparition des impôts et la privatisation totale de la sphère publique, qui pourront arrêter les processus !

Ne comprennent ils pas ce qui les attend ? ce qui NOUS attend ?

 

bande annonce du fil en cliquant sur le lien ci dessous

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19542221%26cfilm=221009.html

Partager cet article

8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 13:40

elle se nomme évidemment au singulier dans ce qu'elle a de distance face au prosaïque quotidien

elle se nomme et s'effiloche dans un haillon de minutes égarées, ici et là et encore ailleurs, mais jamais où on l'attendait

si l'on ne prend pas de vacance en hiver, ou de vacance chez soi, ce n'est pas seulement pour la brièveté des jours ou l'impossible rêverie de l'intérieur, mais c'est aussi à cause de cette incapacité qu'on éprouve alors d'entrer en errance au hasard de moments dont on ne fera rien, au bout du compte

dont on ne comptera même pas les furtifs passages

les jours sont longs, sont ils donc infinis ?

le chant obstiné d'un oiseau m'aura soudain happée, ou le bourgeonnement d'un fruit, que j'en aurais presque oublié ma destination

faut-il encore avoir destination ?

qu'importe le destin, la chaleur et la lumière sont à nos portes, leur refuserons nous l'invitation d'une heure, d'un jour, d'une semaine ?

le soir est doux, il ne convient pas aux ruminations, il prend l'air et s'accorde à la lenteur du vide

tout comme je le fais, redoutant l'hiver, espérant parfois secrètement reprendre un peu d'ouvrage

mais qui donc a rendu ce métier si léger, ne vient il pas de s'envoler ?

la langueur satisfaite a remplacé mes exigences

eh bien, tant pis !

 

fleurdeslandes

Partager cet article

27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 11:21

il s'avance à petits pas glissés devant 40000 spectateurs avec un sourire béat d'enfant récompensé au delà du mérite

en frappant dans ses mains pour faire semblant

d'un seul coup j'oublie mes oreilles et ne voit que le petit homme vouté

qui reprend vite son souffle, qui touche sans arrêt ses cheveux (teinture ou postiche ?), qui prend et repose le micro à chaque mesure

je veux lui laisser une chance

sans que le coeur y soit vraiment

après Mozart dit on le silence est encore du Mozart

juste après la débauche du métal, il n'y a rien

c'est cela que j'aime y trouver : une musique des limites extrêmes au delà desquelles on tombe dans le néant même de l'idée ou du sentiment de musique,

mais dans le show fatigué, il n'y a que la voix de fausset d'Ozzy, et une forme trop bien léchée qui dit le désespoir sidérant de l'impuissance

sans aucune pitié

à la cinquième reprise rageusement, je fends le rituel bigarré de la masse qui attend son plaisir

là bas les zicos se déchainent autour du petit vieux qui me ressemble peut être

l'âge ne rétrécit pas ma vue, au contraire, il offre à mes regards l'ampleur du désastre

tandis que ma jeunesse obstinée resserrait son chariot de vouloirs dans l'ornière du devenir

mais je ne suis pas sage

je vais faire quelques pas,

au delà du grand bazar quelques vikings assoiffés livrent et délivrent une énergie métalleuse qui sent le propre de l'enfance

ma colère est la leur

sans que je sache pourquoi

 

maxpeoplefrthree270520

Ozzy osbourne - Black Sabbath - Hellfest 2014

Partager cet article

10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 16:40

 

sous ce titre ésotérico arithmétique, se cache le résultat très sec et dénué de poésie d'un bref espace de vie

intense, intérieur et collectif, où nous fûmes tous emportés dans le même élan.

la politique est cet acte rude et passionnel

on se lance des chansons qu'on voudrait brailler à tue tête dans les cours et les rues avec l'espérance chevillée à la gorge, pour recracher la terrible impuissance d'un en-dehors qui n'est plus habité

parce qu'on sait, pour la plupart d'entre nous tous, que la peau du monde se réduit à quelques pièces qui manquent, à quelques violences secrètes, à quelques éphémères sursauts qu'il nous refuse encore

on n'est pas dans un espace de raison, comme ils disent, de bon sens, comme ils disent, pragmatique, et puis comment faire autrement, faut bien que les gros s'engraissent pour que d'autres les voient s'engraisser

alors on se réchauffe au feu d'un lendemain dont on sait qu'il ne peut exister parce que le mal rôde, et qu'il ne peut exister que parce que le mal rôde

et sa couleur d'or pâle nous fait transpirer, et sa couleur de suie nous brûle toujours, même lorsque le feu depuis longtemps éteint n'a plus rien à manger

c'est une si vaste question qu'elle fait siffler des airs perdus dans nos têtes vides

elle s'appelle justice, égalité

elle s'enchevêtre de pourquoi, quoi quoi, quoi ?

je ne sais pas pourquoi, lui dis-je, je ne sais pas ce qu'il faut de nombre et de fureur pour faire lâcher un seul trop plein

je ne sais pas ce qu'il faut de temps et de paix pour que l'homme devienne lui même, enfin promis à la bonté et à la lumière

moi, dans cet espace minuscule et 1438 autres en luttes inutiles, nous ne faisons que vouloir, avec de minuscules baguettes, maintenir un minuscule bout de monde en équilibre sur le dos de la tortue primitive

carnivore et déchainée

qu'eux autres nomment "société"

et que nous autres nommons politique, fraternité, combat, démocratie

des mots qui sonnent, où personne ne trouve plus son compte

et tout le monde sait que les bons comptes ...

 

mais au fait il n'y a pas "d'autres", savez vous ?

il n'y a rien que nous tous, prêts à tomber, prêts à tout ce qui n'arrive jamais

ou quelquefois le pire

ou bien ...?

 

DSC03217

 

merci à mes camarades, merci à nos électeurs (1439 voix ont dit OUI à notre engagement, quelque part dans une petite ville de la côte bretonne)

 

 

Partager cet article

9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 12:38

il arrive que ça et là un peu de bleu

nous fasse la nique

comme pour donner la mesure

de son inconséquence

 

DSC03253

 

DSC03236

 

DSC03119

 


Partager cet article

21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 14:02

j'ai reçu d'un ami ce courrier évoquant une lettre parue dans "libération", signée d'une belle brochette de vieux ex-ministres, dont je reproduit ici l'intégrale avant de donner ma réponse

 

... et je rappelle d'abord cette phrase bien connue de Rabelais : "science sans conscience n'est que ruine de l'âme !" ( le pauvre ! il n'avait encore rien vu !!

 

Déclaration commune - parue dans Libération du 15 octobre 2013

 

« Nous assistons à une évolution inquiétante des relations entre la société française et les sciences et techniques. Des minorités constituées autour d’un rejet de celles-ci tentent d’imposer peu à peu leur loi et d’interdire progressivement tout débat sérieux et toute expression publique des scientifiques qui ne partagent pas leurs opinions. L’impossibilité de tenir un débat public libre sur le site de stockage des déchets de la CIGEO (site souterrain de stockage des déchets hautement radioactifs proposé par l’ANDRA) est l’exemple le plus récent de cette atmosphère et de ces pratiques d’intimidation, qui spéculent sur la faiblesse des pouvoirs publics et des élus.

De plus en plus de scientifiques sont pris à partie personnellement s’ils osent aborder publiquement et de façon non idéologique, des questions portant sur les OGM, les ondes électromagnétiques, les nanotechnologies, le nucléaire, le gaz de schiste. Il devient difficile de recruter des étudiants dans les disciplines concernées (physique, biologie, chimie, géologie). Les organismes de recherches ont ainsi été conduits à donner une forte priorité aux études portant sur les risques, même ténus, de telle ou telle technique, mettant ainsi à mal leur potentiel de compréhension et d’innovation. Or, c’est bien la science et la technologie qui, à travers la mise au point de nouveaux procédés et dispositifs, sont de nature à améliorer les conditions de vie des hommes et de protéger l’environnement.

La France est dans une situation difficile du fait de sa perte de compétitivité au niveau européen comme mondial. Comment imaginer que nous puissions remonter la pente sans innover ? Comment innover si la liberté de créer est constamment remise en cause et si la méfiance envers les chercheurs et les inventeurs est généralisée, alors que l’on pourrait, au contraire, s’attendre à voir encourager nos champions ? Il ne s’agit pas de donner le pouvoir aux scientifiques mais de donner aux pouvoirs publics et à nos concitoyens les éléments nécessaires à la prise de décision.

Nous appelons donc solennellement les médias et les femmes et hommes politiques à exiger que les débats publics vraiment ouverts et contradictoires puissent avoir lieu sans être entravés par des minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes. Il est indispensable que les scientifiques et ingénieurs puissent s’exprimer et être écoutés dans leur rôle d’expertise. L’existence même de la démocratie est menacée si elle n’est plus capable d’entendre des expertises, même contraires à la pensée dominante. »

Robert Badinter, Jean-Pierre Chevènement, Alain Juppé, Michel Rocard,

 

J’ai été  hésitante avant de répondre mais je relève quand même 2 phrases qui me choquent plus particulièrement.

D'abord, le texte fait référence à des minorités «bruyantes ».  Je ne défend pas systématiquement les minorités bruyantes, certes, et peut être entrons-nous en effet dans une ère d'obscurantisme; mais je comprends très bien que les citoyens lambda se méfient de plus en plus, vu la tendance de plus en plus prononcée à leur faire prendre des vessies pour des lanternes ! Car au final on voit bien que majoritairement la recherche scientifique ne sert qu'à développer des profits exorbitants pour certains. Et il arrive qu'on n'aie plus que le "bruit" pour se faire entendre quand la raison du plus fort est toujours la seule écoutée.

Par ex: Je ne sais pas toujours, n’étant pas une « savante »  s'il faut être pour ou contre les OGM, mais ce dont je suis sûre, c’est que Monsanto est un destructeur des sociétés rurales, refuse aux paysans les possibilités de produire leurs semences, et génère une uniformisation de la biosphère pour s’en mettre plein les poches, grâce aux recherches génétiques 

etc... je ne développe pas , mais les exemples sont légion !



 »Or, c’est bien la science et la technologie qui, à travers la mise au point de nouveaux procédés et dispositifs, sont de nature à améliorer les conditions de vie des hommes et de protéger l’environnement »



Je ne suis pas sûre, comme on le prétend depuis plusieurs siècles que la Science et les techniques soient toujours un progrès pour l'humain. Je ne dis pas qu'il faut refuser ce qui nous arrive comme développement scientifique, mais cela, à mon sens, ne mérite pas le nom de Progrès.

 
Je distingue la pensée scientifique qui est pour moi  proche de la philosophie - une appréhension du monde et un apprentissage de la pensée, (voir Descartes) - et la recherche fondamentale, et plus encore ses applications techniques.

 
La pensée scientifique peut, certes, être génératrice de progrès, par exemple quand l'observation des médecins entraînait le constat qu'en se lavant les mains avant d'accoucher les femmes on diminuait leur mortalité, ou que les vachères atteintes de vaccine ne développaient pas la variole, et je ne parle pas de toutes les connaissances nécessaires accumulées par les peuples qui vivent en milieu hostile ou complexe, pour développer une connaissance très poussée des ressources du milieu (plantes , animaux, territoires) nécessaires à la nourriture, à la santé, au développement du groupe.

   
Cette capacité d'analyse et de pensée aurait donc  aussi un effet "moral" (c'est ce que développe Hannah Arendt dans "considérations morales " et autres ouvrages) : le Progrès de l"humanité pour moi ne peut être qu'un progrès moral, le reste c'est du vent. L'humain s'enrichit de son Esprit et du bien vivre ensemble, non de ses attributs et objets techniques, ni même peut être de l'augmentation de la durée de la vie (pour en faire quoi ???)

Quant à la recherche fondamentale, elle pourrait se cantonner à donner des réponses explicatives, mais on sait bien qu'elle n'en reste jamais à cette pure curiosité spéculative...  c'est au moment où les armées, ou les profits, mettent la main dessus, que les vrais scientifiques ne contrôlent plus grand chose et qu'on doit se faire du souci.

 
Donc, je comprends qu’il faille , en France,
réduire le chômage, parler haut dans le concert des nations, développer des filières innovantes...  Soit ! pourquoi pas si ce que les gens veulent en majorité ? mais je me refuserai toujours à considérer cela comme un progrès en tant que tel, c’est juste une nécessité de survie !

Il est indispensable que les scientifiques et ingénieurs puissent s’exprimer et être écoutés dans leur rôle d’expertise. L’existence même de la démocratie est menacée si elle n’est plus capable d’entendre des expertises, même contraires à la pensée dominante
.


La deuxième phrase est plus inquiétante d'un point de vue politique : qu'est ce qu'une société qui confie à des "experts" le droit de faire la pluie et le beau temps dans tous les domaines ? je conçois que nous n'ayons pas tous la compétence pour juger des conséquences de telle ou telle décision, ou au contraire de tel ou tel recul face à telle décision, mais je suis certaine  que des débats qui sont enclenchés avec autant de mauvaise foi de part et d'autre ne peuvent guère éclairer les citoyens dits "ignorants" que nous sommes.

La science, qu'elle soit pure ou qu'elle débouche sur des technologies,  est une arme. Les humains et les Etats se comportent le plus souvent comme des guerriers : il est donc évident, tant qu’il en sera ainsi, qu'ils s'en serviront de cette manière et que les débats sur les  utilisations scientifiques feront rage, voire plus encore lors des passages à l’acte.

 
Voilà pourquoi je dis que le vrai problème de notre monde, et donc le vrai progrès possible, ne se placent pas à ce niveau là. Nous serions sans doute à même d'avoir des débats sereins, équitables et justes, si nous ne nous comportions pas, en plus, comme des animaux (volonté de territoire, eugénisme, loi du plus fort).

Tant que la recherche des valeurs morales par le biais d'une pensée éduquée, libre, et juste, n'est pas notre priorité, nous accumulerons les catastrophes, dont les pires ne sont pas celles de la nature, il s'en faut de beaucoup, mais dont la science mise au service du pire, la domination religieuse (et non pas la liberté de conscience), et les volontés de profit sont encore et toujours les principaux artisans !

 

Quand je parle de "morale", évidemment, je parle de la recherche du Bien pour l'Humanité et non pas de comportement ou de liberté individuels dans la sphère privée. Si je me réfère donc à hannah Arendt dont j'ai cité l'ouvrage, qu'on me permette d'y ajouter cette citation dont il peut être intéressant de bien peser chaque mot

 

"l'inaptitude à penser n'est pas la stupidité; elle peut s'observer chez des personnes très intelligentes, et la méchanceté peut difficilement en être la cause compte tenu du fait que l'absence de pensée, comme la stupidité sont des phénomènes bien plus courants que la méchanceté. Le problème réside précisément en ce qu'il n'est nullement nécessaire d'avoir un coeur mauvais, phénomène assez rare, pour causer de grands maux. Ainsi, en termes kantiens, on aurait besoin de la philosophie, de l'exercice de la Raison en tant que FACULTE DE LA PENSEE (c'est moi qui souligne) pour prévenir le mal"

 

Partager cet article

9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 14:58

 

bientôt il n'y a plus
qu'un cheval imaginaire
et son double esseulé
qui s'éloigne, qui s'éloigne
dans le matin pâle

 

la fête est finie

 

sculptures

(sculptures de Marc Morvan pour la fête "Deizéquilibre" à Concarneau)

 

 

 

l'aurore roucoule

poussant sur la nuit qui arque

ses jambes de fer

 

 

ville close

Partager cet article

19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 13:45

je faisais, il y a peu, l'éloge d'une insolence aussi nécessaire que combattive, dans un espace où nous ne saurions plier sans nous vendre, ou nous rendre

les mots insolence et impertinence se trouvent donc souvent réunis dans une proche signification qui les assimilent à l'arrogance.

Le caractère de ce qui est im-pertinent, donc non-pertinent échappe, pour moi à cette logique établie par les grands littérateurs pour les petits élèves de la classe populaire.

est "non pertinent" ce qui n'est pas en cohérence avec son objet, en adéquation avec le sens, le moment, le contexte, ou , précisément la logique de celui à qui l'on s'adresse

 

je veux bien me targuer de mon insolence qui fait la nique aux imbus de leur puissance.

pourtant j'ai longtemps été la proie de cette absence de pertinence qui fait dire au mauvais moment, la mauvaise chose, à la mauvaise personne

il a bien fallu grandir  pour sortir de cette sauvagerie de l'expression qui se confronte plus souvent à des gens qui ne peuvent y répondre, ou que cela blesse inutilement.

l'affirmation des convictions, la lutte pour la justice sociale, la fermeté sur les valeurs ne peuvent pas vaincre par le mépris ou le refus d'entendre

certains des camarades engagés que je rencontre parfois perçoivent cette attitude comme un héritage judeo-chrétien, ce qu'elle n'est pas sans aucun doute, car, si judeo-chrétienne je fus éduquée, ce ne fut  jamais dans le souci de l'écoute et de la tolérance, mais bien plutôt l'impertinence de la conversion forcée !

Comme toutes les chapelles le montrent à l'envi, c'est cette impertinence là, celle du refus de voir un autre que soi, d'entendre une autre cervelle que la sienne, qui fait le lit de l'arrogance.

 

il faudrait bien, dans la pertinence d'une attention réelle au monde et aux pensées, chercher seulement le regard, ou la parole nue, ou, comme je le disais hier, le silence...


se taire un moment

quand le vent l'a décidé

et ne jamais couler



P1000128.jpg

Partager cet article

18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 18:44

comme si les mots finissaient toujours par rattraper le réel

on a beau les cacher sous l'emphase ou la torsion du sens, ou l'imprécision des vérités affleurant

et tout particulièrement dans ce face à face télépathique avec le vide d'un écran - aussi plat qu'une idée morte - 

toujours avoir peur de trahir

à la fois vouloir ne pas mentir et, dans le même temps, ne pas dévoiler

toujours se garder de la simplicité qui nomme et dénoue les méandres

mais plutôt sentir les mots comme un tricot, comme un tissage, qui recouvrent les quelques pauvres choses qui vous révèlent, croyez vous, en nue propriété

je voulais ciseler, ou marteler, je voulais servir les mots et me servir dans le même temps, je voulais des couleurs vivantes et chaudes qui ne se décrivent pas, ou mieux encore, trouver des couleurs sans nom, sans définition.

je voulais apprivoiser les mots comme des animaux dont la conquête eût été une victoire, je voulais les chatier, les châtrer, et qu'ils ne disent rien, surtout

 

et, ce voulant dire le tout et le contraire du tout, avec l'espoir qu'un mensonge serait vite oublié - les mots trahirent au final ce qu'ils voulaient dissimuler

je ne les aime plus, je crois, ou bien moins

il faudrait donc taire au lieu de ressasser, une fois une fois, vraiment, le faire et jeter avec l'eau du bain, les foetus du regret, de l'heure passée, du moment qu'on n'a pas su saisir, de la paresse et du chant qui s'éteint, qui s'étreint..

 

Retrouver le silence et ne plus jamais dire la couleur du moment, mais peut être seulement

la peindre... si l'on savait

vocation, ratée ?

Partager cet article

8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 12:02

Le post d'hier se termine par une sorte d'injonction colérique à aimer le bonheur.

Un peu court, j'en ai conscience !

Qui que ce soit qui lise ces lignes (ah! le beau temps - dans les 50 dernières années au moins - où j'avais mes fidèles correspondants épistolaires ... écrire sur ce blog me donne l'impression de parler à quelqu'un, à quelques uns, évanouis depuis longtemps sans doute, qui acceptaient de recevoir mes proses égarées. Fin de la parenthèse), je veux lui dire qu'à mon sens il n'y a pas d'antagonisme à parler de la mort au chevet du bonheur. Ou le contraire.

Pas question du bonheur niais des chromos d'antan, pas question de la joie dégoulinante du pathos, pas question de l'indécence de celui qui gagne pour écraser un autre, comment ferait-il autrement du reste ?

 

Mais de la beauté, de la bonté nécessaires à la marche d'un monde spacieux, habité, qui est notre Vie, et notre seule Vérité.

De cette action qui veut courber la chance au profit du plus grand nombre.

Du refus des croyances qui étouffent les esprits et condamnent le futur.

Je ne peux que citer ces vers de Neruda qui a dit mieux que moi le devoir d'être heureux:

 

 

Si beauté il y a ce fut d'apprendre à ne jamais tarir ni tristesse ni joie

à attendre un « peut-être » d'une dernière goutte

à demander plus au miel et aux ténèbres.

Puni, je l'ai peut-être été : j'ai peut-être été condamné à être heureux.

Mais je témoigne ici que personne n'est passé près de moi qui ne m'ait partagé.

J'ai brassé jusqu'au coude et rebrassé dans une adversité qui n'était pas faite

pour moi : dans le malheur des autres.

Ne parlons pas de lauriers, de parti , mais de très peu de chose

de ne pas pouvoir vivre ni respirer quand il y a cette ombre,

l’ombre d'autrui comme autant de tours,

comme des arbres amers qui vous enterrent,

comme des pierres qui vous blessent les genoux.

 

Et si l'énergie manque à celui qui se débat, au moins qu'il fasse peu de choses. Ne serions nous pas tous plus vivants en prenant le temps présent à l'aplomb d'un rien du tout, d'un rien dire, ou d'un rien faire, juste au dessus de nous la vie et ses questions, et sous nos pieds, le monde en attente de bonheur.


P1000148.jpg

 

 

Aujourd'hui est un bon jour... qu'on en profite !

Demain reviendra, sans doute, la colère !

Partager cet article

7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 23:22

En ce moment même, comme toujours - mais s'en apercevait-on de façon si incisive avec la belle insolence d'être jeune - des amis disparaissent.

Je veux dire qu'ils meurent.

Comme nous tous. Comme moi. Avec plus ou moins d'évidence

Etre au seuil d'une disparition, pourtant, ne veut rien dire de particulier, puisque la mort seule est juste. Et pourtant fausse. N'est rien. Qu'une fin de vivre. Plus ou consentie, plus ou moins atroce, plus ou moins clémente.

L'existence, seule, est vérité, quoiqu'on ne la perçoive qu'à travers un brouillard.

C'est d'exister qui n'est pas juste au fond. Bien que nous ne sachions nous empêcher - instinct? espérance ? défi ? - de continuer à transmettre... puis à regretter... puis à re-créer... puis à souffrir... puis à mourir.

Fin de l'histoire. Faim d'éternité. Des questions en suspens. Mais ... la vie me tient la main et je le lui rends bien.

Et lache moi quand tu voudras !

 

J'avais 7 ou 8 ans, peut être, j'ai fait ce rêve secret, révélateur, impossible à raconter. Une image furtive et somptueuse qui m'amenait au bord du vide, qui disait "je vais savoir aujourd'hui ce que c'est que la mort".

Et qui m'a réveillé... peut être même à regret.

J'aime dormir. Pourquoi aurai-je peur de mourir ?

Il m'arrive rarement en m'endormant de ne pas penser que peut être je ne me réveillerai pas. C'est un peu trop facile. Je sais.

Il m'arrive souvent de chercher en silence, la déchirure du voile qui me dirait : comme cela tu mourras. Cela n'arrive pas à l'avance. Tant pis.

Je m'inquiète beaucoup plus de la Vie. Des humains.

Une fois lancés sur ce terrain, ne devraient pas devoir s'y courber sous l'horreur de la douleur, de l'humiliation, de la folie et de la haine. Cela m'a fait cracher à la face du ciel. Enfant, j'y ai tenu aussi longtemps que possible. Et puis, Assez ! Scandale, injustice suprême, d'avoir conçu, pour seule consolation, que cette atrocité forgeait la récompense d'un au-delà. 

La fin des choses, des vies, des corps n'est que le chagrin d'abandon, depuis longtemps éprouvé, dont la vie nous pétrit : espérance de paix, désir ardent, noyés dans le mensonge et la désertion de l'amour.

Est-ce la leçon d'amertume où nous buvions la mort dès le premier matin ? repos éternel disons-nous, de nos vies fatiguées de non-sens. 


Oh chers humains, mes frères, soyons heureux, d'abord. C'est là l'éternité !


 

panthere

Partager cet article

6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 16:49

c'est un mot qui revient sans qu'on sache de quelles éraflures d'enfance dont le respect du prétendu supérieur égratignait nos pensées, nos trépignements

un petit mot joyeux qui faisait exister le moi et sa cohorte de silence, un mot jaune comme un rire contraint qui justifiait la mise en coin de la punie et du verbe moqueur

un regard effronté qui tenait haute la dragée quand il fallait baisser devant le rien du tout des amertumes

 

j'ai gardé ce mot en réserve pour des temps où chacun continue, ça et là, à se faire regarder de haut, à se faire envoyer aux fraises, à se faire mettre à genoux par le savant ou le puissant.

Parce qu'on est une femme, une vieille, une jeune, une pas éduquée, ou mal  éduquée

une, ou un, pas riche, pas connu, pas costaud, pas beau, pas malin

parce qu'on a du bagout, ou pas du tout

parce qu'on veut des explications, ou qu'on s'en fout

parce qu'on n'a rien pigé, ou au contraire trop bien compris

 

le latin insolentia se traduit par "inexpérience, étrangeté, caractère insolite"

c'est la langue française qui condamne cette marginalité du savoir ou du comportement, et la transforme selon les dictionnaires en "arrogance, hardiesse, insulte, orgueil, manque de respect de la part d'une personne inférieure ou considérée comme telle" (sic)

ainsi l'usage voudrait-il départir l'insolence de son humour corrosif et de sa bizarrerie qui refuse obédience au premier venu portant beau, à la pensée dominante, au formatage des corps et des têtes

qui dit, comme le vieux Montaigne " Si haut que l'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul"

 

donc. Soyons insolents

non méprisants, non insultants, non blasés

 à l'envi répétons combien "le roi est nu"

même si c'est moi la reine,

ça me fera les pieds


ah! soyons insolites ! plus encore.

 

fete_des_epouvantails_CC2006

 

avant d'écrire ceci, je cherchais sur Internet des images correspondantes à "insolence"

il n'y avait que pub, et pub encore, pour un parfum très cher

qu'un cadre dévoyé pour récupérer la saveur et l'épaisseur des mots, et ne laisser qu'une trace imprécise, qui se monnaye et disparait

je pose sans vergogne, et mon inexpérience et mon étrangeté et ma tête insolite qui disent une vérité, nue

sans me croire nombril, mais tout juste habitante d'un espace que je voudrais égalitaire, divers, tolérant

dans la parfaite innocence de ma belle insolence


j'ai retrouvé ce bois peint ( qui n'est pas mon oeuvre) et le pied de nez qu'il semble faire à nos certitudes sans bavures

et moi je bave, et bave encore

je ne sais pas pourquoi

même si ça ne se fait pas

et j'y rajoute une langue, ah oui messieurs !


Partager cet article

Repères

  • : ANISARA
  • ANISARA
  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
  • Contact

Rechercher