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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 13:11
Une question posée par les organisatrices du quai des écrits , manifestation d'auteurs indépendants hautement sympathique, organisée en mai 2009 et reconduite en mai 2010 (cliquez sur le lien pour en savoir plus)

"Pourriez-vous écrire  un petit texte  sur l'écriture. Sur ce qu'elle vous apporte ou sur votre rapport avec elle … ou sur le pourquoi écrire ?"

pourquoi ?
ce que ça apporte ?
rapports, amoureux ou ... financiers ( là, il faut rire) ?

chais pas !

mais comme je suis bonne fille j'y réfléchis quand même et voilà ce que ça donne



j’écris
j’accroche un peu de terre au poids de mes chaussures

j’écris
je lance une poignée de sable dans l’encrier du temps

j’écris pour marcher
alors je jette les chaussures

et puis j’écris et puis je marche
pieds nus sur le gratin des pages

c’est comme ça que j’écris
entre deux vents entre deux eaux

entre deux pieds arqués qui se lèvent en cadence
pour rimer
pour trimer
pour pisser la copie
de ce qu'ils appellent vivre

et qu'est-ce que ça cache ?



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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 13:14
après la célébration de la négritude, mot imaginé par Césaire avec la complicité de Senghor et Damas,  les afro-américains dans les années 60 inventèrent la formule "black is beautiful".
Des panthères noires montraient les dents après avoir été trop longtemps pliées sous le joug de la captivité et du mépris de l'homme blanc

loin de moi l'idée de revendiquer une fausse appartenance et une histoire qui n'est pas la mienne
même si j'ai dit , ici et ailleurs, que cette correspondance avec le noir m'a rendu l'Afrique si familière au premier regard que je m'y suis, bizarrement sentie plus chez moi que nulle part ailleurs

juste dire qu'il y a quelque part en moi (en beaucoup d'entre nous ?) cette noire panthère qui sommeille
chargée des maléfices attribués par notre occident à l'obscur, au sombre, au nègre, à l'impur, à la mort et au deuil symbolisés par la couleur noire

les jeunes gothiques d'aujourd'hui, les romantiques de toujours, les philosophes ou les poètes ne renient pas cette part d'un obscur héritage, qui n'est pas le satanique ou le nauséabond que certains ont détourné à leur profit, mais le seul abandon à tout ce qui nous échappe en nous, le ça freudien peut être, et qui prend parfois l'apparence séduisante et soyeuse d'un animal fondu dans la nuit de nos jungles intérieures
peut être vorace
peut être locace
mais aussi réel que le jour où la nature solaire nous convie chaque matin

animal de nuit et de fourrure, qui ne me dévore pas
mais ronronne en gardienne fidèle et protectrice

ne pas oublier que le noir est le drapeau de l'anarchie
celui en moi qui n'accepte ni dieu ni maître
ni chaine ni cage d'aucune sorte
jusqu'à la mort




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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 16:40

en écho à mon dernier écrit ...
d'autres images dans l'album rouillé



j'aime les poèmes poèmes urbains du travail des bâtisseurs et des recoins cachés, plâtrés, ferraillés, grattés, dérouillés et ... et et
 

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 11:20

une amie embarquée dans un projet maritime innovant et excitant* m'a envoyé ce texte :

"En mer on se sent parfois coupé de tout. Quand je dis de tout, j’entends des informations, des moyens de communication, des Hommes. Car en réalité on est reliés. Reliés à la terre, à la mer, à la beauté, aux quelques êtres vivant avec nous quotidiennement. Ce qui m’a le plus manqué des hommes c’est la poésie. Leurs poèmes, leurs mots choisis.

Je n’ai jamais autant regretté de ne pas les connaître « par cœur ». Devant l’immensité de la mer, les quelques bribes de poèmes appris m’ont rassurée dans mes silences, aidée dans mes contemplations, apaisée devant l’immensité du monde. Les quelques livres présents à bord, les précieux passages de prose effeuillés au gré des vagues sont peut-être la seule raison pour laquelle on a vraiment envie de revenir. Rejoindre le monde des hommes.

Et le soir, à l’heure où chacun sort de ses lectures ou de ses calmes occupations, quelqu’un, parfois, avec un air grave déclare « qu’il a quelque chose à nous lire ». Et ce petit morceau de mots choisi prend toute sa saveur. On écoute attentivement, essayant de capter cette émotion nous rappelant que face à cette espace infini, quelqu’un, un jour, quelque part, dans de toutes autres circonstances, a ressenti, lui aussi la force de la vie palpiter en lui. A eu besoin de l’écrire. On observe le lecteur, qui a décidé, aujourd’hui, de nous lire ce petit morceau d’ailleurs l’ayant ému. On le remercie intérieurement de s’être jeté à l’eau, de nous avoir révélé un peu de lui-même.

On se tait."

Aude

* projet "bastia  - tokyo" ( LE MANGUIER, un ancien remorqueur de la marine transformé en navire à voile super écologique relie Bastia à Tokyo par le détroit de Behring)

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 10:24
après les journées tropicales de juin, même en Bretagne où les nuits en plein air devenaient fréquentables, un orage est venu ramener le temps à des considérations climatiques banales...

que reste-t-il de la chaleur et du temps de cette entrée fracassante dans l'été ?

un goût acidulé de revenir, et le reste d'une douceur sucrée quand on ferme les yeux sur trois ans d'éloignement d'un pays qu'on a aimé

en quoi cela mérite-t-il d'être appelé "fatal" ?

ce goût édulcoré par le souvenir a laissé une empreinte sur la langue et les mots qu'elle invente
un jour le temps, un jour l'orage, un jour présent, un jour absent, un jour et un autre jour qui font des vies où tout se défait peu à peu, sauf la mémoire d'avoir été

j'aimais ce fatalisme gai qui ne se subordonne à aucun temps
il me ravissait de la lumière flamboyante à laquelle succède le soir, brusquement, sans aucune transition
il me donne, souvent encore, l'idée qu'attendre sa vie est vivre, déjà,
que ne rien faire, laisse la place à l'être de soi,
que rire de son malheur est l'éloigner, vraiment,
que la liberté n'est pas seulement dans le non à ce qui bride, mais dans l'élégante indifférence à ce qui est plus immuable que nos questions incessantes

un goût d'Afrique, un goût d'été ...
la vie fatale (fatalement) et la sagesse ardente du désir
dans une ombre d'arbre malmenée par le soleil où se dessine la trame d'un amour pendu aux branches, 
fruit mûr dont on attend qu'il tombe dans la bouche d'un corps altéré
... ou qu'il ne tombe pas

... ou qu'il tombe peut-être



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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 11:22
j'étais la semaine dernière dans le studio d'enregistrement d'une radio locale sur ma ville de Concarneau ( radio 5FM), pour parler un peu de mon bouquin
l'interviewer est un ami togolais vivant en France à qui, donc, indirectement, le livre "lettres d'anisara" peut s'adresser au premier chef,
disons qu'il sait de quoi je parle, et que son appréciation est d'autant plus précieuse pour moi

au cours de nos échanges il m'a fait remarquer une chose qui m'avait évidemment échappée, puisque je ne connais pas les subtilités des langues vernaculaires parlées au Togo

dans sa langue en tout cas ( Bassar) on ne dit pas :
"je m'appelle x... ou y.... "
mais
"on m'appelle x... ou y..."

la nuance a son importance car, comme tout ce qui touche à l'expression orale et à la construction grammaticale, elle est porteuse d'un sens qui reste caché à la première écoute

dans ma langue, je me nomme, je me définis et je me présente en tant qu'individu X... , donnant lui-même le sens et la définition de son propre moi, dont le devenir repose alors entièrement sur lui même, d'où peut être cet effet conséquent de solitude et d'errance face à certaines embûches de la vie

dans l'autre langage , je suis le fruit d'une résultante successive de noms donnés par mes parents, ma collectivité ou mes amis (surnom)
je ne me nomme pas moi même mais seulement par le don de nom qu'on m'a fait, et de tout ce qui va avec..
ceci pouvant impliquer du reste une forme de rigidité dans l'expression de mon devenir
par exemple si quelqu'un ne porte par le nom de la famille des griots ou des forgerons - j'ai entendu dire cela de la part d'artistes maliens je crois- je n'ai pas de droit légitime à exercer cette profession

il n'importe donc pas ici, comme en toute rencontre interculturelle, de donner des bons ou des mauvais points ou d'essayer de savoir si ceci et MEILLEUR que cela, mais de comprendre et d'accepter que nous, humains, n'ayons pas les mêmes représentations de nos insertions dans la vie sociale,
de nos rapports avec le temps, le groupe, la nature
ce qui est à proprement parler la définition même de la culture !

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 20:02
j'étais il y a deux jours chez des amis libraires, des vrais, de ceux qui vendent des livres et pas des savonnettes de marketing préfabriquées en forme de millefeuilles de papier.
L'un me dit avec tristesse : on est obligé de réduire le rayon poésie, personne n'en n'achète, ni n'en lit plus ...

on constate pourtant que grâce à Internet et autres moyens de communication faciles, il n'y a jamais eu autant de poètes en herbe !
plutôt bien, alors, mais ...

il faut lire aussi
les grands et les petits poètes
pas seulement vouloir être lus, entendus, compris, appréciés, admirés mais
entendre, écouter, aimer, comprendre, apprécier, admirer

apprendre aussi, comme on apprend la menuiserie avec un maître artisan, ou la musique avec un bon accompagnateur
apprendre et travailler, apprendre et polir son langage, et chercher au delà d'une simple et personnelle expression à atteindre ce qui est la source commune des questions que pose la poésie
auxquelles elle ne répond jamais, car tel n'est pas son rôle

je ne dis pas que la culture populaire n'a pas sa raison d'être (celle précisément que véhicule Internet ), mais qu'un texte de poète est tout sauf facile, limpide et immédiat

la poésie ne sert à rien, certainement, elle n'a pas de fonction thérapeuthique ou d'ambition de communication
elle EST

elle est elle-même la forme la plus aboutie, sophistiquée, peut être, et mystérieuse de ce qu'un esprit humain est capable de faire avec le langage
et pourtant, à cause, ou en dépit de cette incertitude qu'elle véhicule elle apporte souvent des lumières inattendues sur ce qui est obscur, douloureux et tellement humain

si un soir de tristesse, ou d'angoisse, vous écrivez sur vos cahiers secrets la source de vos désespoirs, vous aurez fait un pas
si vous ouvrez un livre de poésie, vous sentirez sur votre tête se poser une comète qui ne dit pas son nom,
mais qui déchirera la nuit de vos souffrances par un trait de joie pure

vous dites : peut être ?
essayez ESSAYEZ !

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 10:56
des jours où le voyage ne donnera plus la clef
des jours sans vie où les ombres épaissies marchent sur nos têtes béantes

des jours longs comme des jours sans pain, sans faim, sans devenir

jour vide est le froid d'une âme encerclée de silence

mais
autrefois à Kara, quand le froid revenait , toujours il y avait

un coq qui chantait le matin
une langueur sirupeuse du jour pour redonner couleur au sang
un rire de gamin
une main noire autour du thé brûlant
un surplus de vivant pour conjurer les morts
un écho de fête à travers la poussière

partir ! partir ?
et retrouver le monde au bout de soi
alors quoi ?


un jour .. ou l'autre ...

consolez moi de tout




fête culturelle des collèges - avril 2006




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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 14:57
en choisissant l'image publiée sur ce blog  le 13 janvier, celle de mes petits voisins togolais lorsque je vivais en 2006 dans une maison amie, j'ai été saisie par l'acuité grave des regards qu'ils offraient à ma prise de vue:

tous regardent intensément l'objectif
aucun ne sourit
me suis-je demandé ce qu'ils ressentent à ce moment ?

en relisant longtemps après les images des moments vécus et fixés sur la mémoire de l'appareil, on sent bien qu'elles ont enregistré une toute autre mémoire que celle dont on croit se souvenir

peut être est-ce à cela que servent les photos de nos voyages ?
plus qu'à réveiller nos émotions qui ne sont pas inscrites en nous seulement avec les yeux
plus qu'à exalter la beauté cachée des visions quotidiennes qui ne nous enchantent plus
plus qu'à objectiver le temps volé d'un instant arrêté
(mais à tout cela aussi)

les images d'un ailleurs qu'on a seulement traversé nous dévoilent en apnée la profondeur d'une vérité qu'on oubliait de croire possible
photographier les regards, photographier les corps, photographier les constructions humaines...
c'est cette révélation, au sens photographique du terme que comprendront cela seuls qui ont usé autrefois du révélateur sur l'argentique, ou au sens quasi religieux dont on nous a bien cathéchisé (et que comprendront cela seuls qui ont eu droit à la "bonne éducation" !), cette révélation donc, fait apparaitre au fil du temps, du regard qui s'éloigne, une lecture dont l'évidence s'affirme peu à peu et qui raconte une autre histoire que celle à laquelle on a cru être mêlé.

reprenez vos photos de voyage et relisez les !
quel nouveau monde vous apparait alors dans les détails de l'ombre qui jaillissent enfin à la lumière du temps ?

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 19:26

au jardin ce matin sur le chemin d'une autre année, un pois de senteur échappé de l'été capricieux, un camélia rabougri qui peine à annoncer des printemps sans couleurs
croisement aléatoire en demi teinte dans le regard louchant sur nos avenirs

je n'ai que faire de ces voeux soucieux et tendres qui rendraient les humains fréquentables, je ne dis pas que je les refuse: je ne sais qu'en faire, ou ne sais plus en faire ...
le grave serait de se replier frileusement au vu des douleurs certaines qui attaqueront en piqué malgré  nos voeux en guirlande, ou d'ouvrir le parapluie en espérant que la foudre tombe sur le voisin

comme les fleurs perdues nous sommes d'une autre saison, et pourtant subsistons, résistons, continuons à brailler nos mots de rage et nos questions en crachats de terreur, à clamer nos envies de beauté contre toute arrogance



alors, ne soyons pas modestes !

dépassons la logique des saisons, ouvrons la perspective des impossibles qui n'ont aucune chance d'arriver mais que deux fleurs déboussolées rendraient imaginables

 

comme on dit : trop c'est trop

trop de bombes sur Gaza, trop d'autosatisfaction, de mépris, trop de cris ravalés, trop de comptes numérotés, trop de malheur, d'aveuglement et d'injustice
la crise de foie qui parait-il n'existe pas hausse pourtant le coeur de celui dont on voudrait qu'il n'existe pas

... et si l'on se donnait aujourd'hui
la colère habitée, la voix haute, les hommes debout, les ombres qui sortent de la nuit, les amours solaires et les vérités en étrennes
enfin presque...

 

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 14:56
quand on est loin de ce qu'on aime,
de l'harmattan et des nuits habitées de songes
on se console chez nous
de lumières jaunes arrimées au bord de l'océan
qui nous lâcheraient là bas, dans un sursaut du rêve

il arrive que le rêve soit beau comme ce qui l'a fait naître



c'est la ville de Concarneau - Finistère - le 22 décembre 2008

Balises verte et rouge
Saute saute les Moutons
La passe où rien ne bouge
A l’aube des remparts
Emporte le jusant

Sur le bras du chenal
La ville qui s’endort
Pose sa tête grise
Vers l’arrière du port
Et le dernier fanal

CANTATE MARINE - 2003

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 18:32

on me dira peut être, pourquoi ne pas donner à chacun de quoi manger à sa faim... et pour le reste on verrait ensuite ?

j'ai écrit ce livre pour dire cela, que la faim qui torture le miséreux n'est pas que la faim elle même mais l'espace réduit où s'enlise sa dignité de penser son destin quand la faim le contraint à n'être qu'un ventre sans oreilles

mes jeunes amis savaient dire cela avec beaucoup de grâce, et de remords ! 

mais que pouvais je y faire ? je ne suis ni cultivatrice , ni ingénieur agonome ... et puis de la nourriture il y en a, potentiellement, assez pour nourrir le pays ou la terre entière, ce qui manque sont les moyens de pression pour obtenir justice, ce qui est baillonné c'est la parole qui exigerait son dû au lieu du regard qui se tait

 

j'ai découvert en rentrant au bout de quelques années, qu'un pédagogue brésilien dont j'ai déjà parlé - Paulo Freire - avait construit une pédagogie des opprimés sur la question de l'éducation à l'autonomie et à l'émancipation, et que cela passait toujours par l'accès à l'écriture afin de devenir enfin, "auteur de sa vie"

la pratique artistique que nous avons, avec notre association, proposée et croisée avec d'autres pratiques dans le cadre des chantiers à Kara, n'avait pas d'autre objet :

 

" .../ Car ce que j'écris est aussi un peu le miroir de ce qui m’a été donné, oui, c'est un miroir, une réponse, et en même temps une démarche. Le fait que je me sois mise à écrire ce texte, comme je l'ai dit, je le fais pour moi, je le fais pour eux, mes jeunes amis, je le fais pour d'autres, mais c’est un acte qui répond aussi à d'autres actes dans la pédagogie que nous avons mise en place ensemble : une pédagogie de l'écriture, cette écriture qui permet de devenir auteur de son avenir. Par l'écriture et non seulement par le savoir."

(entretiens avec P.Taylor - 2006)

 

Sur Paolo Freire :

 

Paulo Freire était lui-même un homme de contradiction, exactement comme sa pédagogie qui est une pédagogie de contradiction. "Laissez-moi vivre mes contradictions", disait-il. Il est donc peut-être inévitable que nous aussi serons conscients de nos contradictions, ici et maintenant, dans les rapports entre nous, dans ce lieu chaleureux, dans la forte et réelle convivialité de nos échanges, parce que nous ne sommes là que pour explorer, à notre façon, la ou les pédagogies des opprimés.

Ecouter les gens opprimés, ceux qui habitent la culture du silence, c'est écouter la voix de la souffrance, écouter les gens exclus et méprisés; c'est trouver le regard de ceux qui ont été rendus invisibles; c'est reconnaître ceux qui, par leur passé ou par leur présent, ont une connaissance d'oppression de première main, mais pour l'avenir n'ont que des rêves d'occasion....

 

J'insiste sur la notion que la pédagogie des opprimés est une pédagogie poétique de l'écriture et non pas principalement une pédagogie de la lecture.

Et ceci pour une raison fondamentale: on ne libère pas par la lecture. Les gens illettrés sont un problème moins parce qu'ils ne savent pas lire mais parce que, en tant qu'illettrés, ils ne sont pas gouvernables. Pour être gouvernable, il faut que tu saches lire. Parce que, moi, j'ai des choses à te dire. C'est seulement quand tu sais écrire que moi, il faut que je lise ce que tu as à dire. C'est en devenant auteur, écrivain que l'on commence à écrire le monde. On adresse le monde: on s'adresse au monde, on redresse le monde. Je me méfie alors beaucoup des programmes contre l'illettrisme ou l'analphabétisme qui se contentent seulement d'aider les gens à lire. Ils risquent de former des individus qui ne savent que 'lire les instructions'. Un tel projet éducatif d'alphabétisation est plutôt un projet politique d'apprivoisement.

Quand Freire insiste sur le fait que nous sommes des êtres historiques, des gens qui font leur propre histoire, c'est cela qu'il veut dire. Il y a une différence importante en jeu, entre le je qui dit "je lis" et le je qui dit "j'écris" . Le concept et la pratique même de dialogue n'a du sens qu'entre deux je-écrivains.../

 

Paul Taylor - conférence à Evora http://www.barbier-rd.nom.fr/pedagocaresse.html


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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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