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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 13:58

Une amie avec qui je parlais hier des "lettres d'anisara",  me dit qu'il lui a manqué les portraits, les mots écrits de ces jeunes amis, la nature des paysages, les évènements de la vie quotidienne auxquels je fais référence dans le livre sans jamais entrer dans la description concrète, réaliste et effective de cela, et ceux-là, dont je parle.

chacun trouve dans un ouvrage, quel qu'il soit, à la fois ce qu'il attend, et ce qu'il n'attend pas, mais il ne trouve pas toujours les deux comme il l'espère
il faudrait pouvoir se reconnaitre et
dans le même temps vouloir s'étonner, s'identifier et accepter a contrario le dépaysement de la différence

cela appartient à la responsabilité partagée de l'écrivain et du lecteur, chacun accomplissant sa part de l'ouvrage qui manque parfois, ou de fondation, ou de  toiture, ou de porte, voire même de clef pour y entrer

de cela, je ne discute pas, car après avoir accompli, tant bien que mal, ma part, je ne m'attends pas à ce que tous mes lecteurs y trouvent le compte exhaustif d'une construction telle qu'ils l'ont imaginée ...
mais j'aime à poser les questions, c'est sans aucun doute ce qui m'a le plus motivée en écrivant ce livre, autant que j'aime à être interrogée sur mes manques et mes absences ...


l'un me disait il y a peu :

"où sont les corps?"

l'autre me dit : "où sont les gens?"

je réponds ainsi à cette nouvelle question :
peut être sont-ils trop présents à
mon coeur pour que je sache les peindre ...

ou encore, ne voulai-je pas donner
directement à voir ceux que j'aime, mais à déchiffrer l'espace entre deux,
entre celui-ci et moi,
entre ce lecteur et cet enfant lointain...

est-il nécessaire absolument que je vous montre avec mon seul regard son nom et son visage ?


si j'écrivais de la fiction romanesque je saurais créer ces personnages attachants qui font vibrer ou s'émouvoir, mais je parle de leur vérité que vous ne connaitrez jamais, sauf si vous y allez vous mêmes


donc, il t'appartient à toi, lecteur, de regarder à ton tour ton voisin, ton ami, l'enfant que tu rencontres au hasard de ton  voyage
et à ton tour de lui raconter ton histoire
à ton tour d'entendre sa voix
qui n'appartiennent alors qu'au secret de votre échange, si singulier, si universel !

c'est en cela qu'un unique témoignage pose l'unique question qui importe :
comment vivre ?
comment vivre avec l'autre ?



pour contenter mon amie, voici un portrait de groupe (des jeunes de Kara sud)  et un paysage (la faille d'Aledjo)...
qu'en saura-t-elle de plus que, même moi,  je ne sais pas ?

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 00:06

à Baga, les enfants m'ont regardée d'en haut
moi plantée en bas, avec un peu de honte
car en fixant l'image, j'oubliais de les voir avant de les saisir, 
les flamboyants étaient un prétexte
dont mes yeux voulaient se repaître avant de retrouver l'hiver
lequel des deux reste en mémoire, de l'enfant ou de l'arbre ?
je les aimais frères
et frères encore de mon désir intense d'être cet enfant dans son habit de fleurs
c'est ainsi qu'ils éclairent ce "miz du" (le mois noir en breton)
à Baga, il fait doux

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 16:15


parcourue de flûtes et de fracas,
de craquements, sifflements,  frottements, rythmes coassants et symphonies brisées
la nuit abrite des génies aigus qui découpent les ombres au scalpel

sereine ardente, et illisible
au ciel méconnu, la planète Mars parle encore de latérite
et dépose son rougeoiement sur le champ des ténèbres
mais je ne sais plus dire les étoiles

 
la nuit ne cesse de danser et jouir d’elle-même
chargée de sources rêveuses qui étouffent l'exigence du matin

la nuit, on ne sort pas
on n’empiète pas sur le domaine des morts et des hyènes
et moi trop blanche encore, trop exposée, trop étrangère
je ferme les yeux sur ses dents de lumière

 
la nuit cache en son ventre repu des voix inamicales
qui recouvrent les calques de nos chimères
puis elle retombe en étoffes paresseuses

que le vent ne saurait déchirer


la première fois que je t’ai vu, je ne t’ai pas vu (ton visage effacé par le feuillage obscur)

comment fais-tu, toi, pour être si clair-voyant ?


  


c’est pourquoi la nuit me donne le droit, la longue nuit porteuse


le soir enfante des peut-être, il noie la pierre lancée,
ce n’est pas une vague ni un repli, c’est la griffe de ma froidure intime

le monde incandescent qui rétrécit, la glace du miroir, le ciel figé
un beau soir pour mourir, chanté par les grenouilles
un beau soir pour couler les navires et foudroyer l’autre qui me retient
répéter répéter répéter
l’incantation de l’ombre
déchirer la peau des ténèbres
faire jaillir l’imposture et ...


que le fracas de ma pensée se brise sans retour !
amen




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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 19:46

mes arbres de Lomé

 

 

 

l’arbre qu’on appelle flamboyant, je l’ai vu
et le rônier, le palmier, le kapokier, le manguier à la rondeur majestueuse, et surtout
le baobab légendaire plus beau encore qu’imaginé
membre des fétiches et bruissement des ancêtres
puissant orage émergé de la matière chaude
arbre que le temps a fixé en puissance bénéfique
arbre de peau de ciel dérobé aux dieux mères
le baobab est au centre du monde, au centre du village,
au centre de la terre épouse il rampe avec volupté

et tire sa force gigantesque d’un sang épuré qui se donne en verdoiement

Afrique : baobab sans mesure qui n’oublie ni le ciel, ni la chair, ni la bonté, ni la force brutale

 

je n’ai pas vu de baobab couché

 

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 17:09

la fête d'Adossa n'a pas lieu tous les ans à la même date, car elle est réglée sur le calendrier lunaire qui sert aussi à la fixation du Ramadan, c'est une grande fête du peuple des kotokolis ou TEM

cette ethnie dont la capitale est Sokodé est principalement de religion musulmane  - elle représente à peine 10% de la population du pays mais on rencontre les kotokolis partout au Togo car beaucoup d'hommes sont chauffeurs de bus et taxis

la tradition animiste reste vivace en dépit de l'adhésion au Coran

la fête d'Adossa est l'une des plus spectaculaires manifestations de la culture Kotokoli traditionnelle

je m'y suis trouvée en avril 2006 dans un stade bondé en présence du nouveau président, seule blanche et pour cette raison soumise à une fouille très serrée par les militaires qui quadrillaient le terrain pour assurer la sécurité de Faure Gnassingbé

 

notion de sécurité cependant très relative dans la mesure où les cavaliers brillamment harnachés déboulent à toute allure au milieu de la foule, et où cette fête dite encore "des couteaux" permet à chaque jeune kotokoli de faire valoir sa bravoure et son passage à l'âge adulte par la manipulation de couteaux, sabres et autres lames de rasoir qu'il se passe sur le visage, les yeux, tout le corps, sans dommage apparent, grâce à une boisson ingérée en protection et à des rites secrets effectués auparavant

l'ambiance est survoltée par la musique accompagnant ces danses qui impressionnent autant que l'omniprésence d'armes acérées en tout genre dans les mains des garçons

 

j'ai aimé pour ma part le moment évoqué ci-dessous , dans un stade encore désert où je touchais l'état de grâce d'un partage en douceur totalement gratuit, qui n'a donc d'autre sens que lui même

 

 

souvenir du samedi 15 avril à Sokodé

 

le matin sur les marches du stade où se prépare la grande fête d'Adossa
le petit a 10 ans, peut être 12, il est silencieusement assis près de moi depuis un long moment.


soudain il parle d'une voix douce


- la vie est belle
j'ai à peine entendu, je demande :
- tu dis quoi ?
- la vie est belle
- tu veux dire que pour toi, malgré les problèmes et tout ce qui arrive, la vie est quand même belle ? 
- elle est belle pour toi aussi,  tu ne penses pas?
- si, bien sûr... je te crois


Avec des mots tranquilles nous évoquons le vent léger du matin, la fraîcheur des arbres et de la nuit encore proche
un long moment de silence

Rachid vient me chercher, je descends les gradins

- bilapetasi (à bientôt)
- bilapetasi, petit frère et Prince de la terre africaine qui sait apprivoiser et guérir 

 

 

je n'oublie rien
je ne me plains de rien
je ne regrette rien 
la vie est belle, a-t-il dit

 

 

 

 

mon petit compagnon saurait aussi panser d'autres blessures.
laissez moi le faire à sa place, avec son sourire, avec son espoir
et merci d'être là pour entendre sa  voix si peu audible

 

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 00:43

précédemment, je m'étais proposé de situer le Togo dans son contexte historique et géographique,
mais après tout, ce n'est pas mon objet, et l'on trouvera ces infos techniques ou savantes sur des sites qui sont faits pour ça ...


Pourquoi ai-je cherché cette image précisément ce soir pour illustrer mon invitation... ?

il y a beaucoup à dire sur ce qu'on voit là :
les forgerons de Tcharé façonnent à l'aide d'une masse de pierre, des métaux récupérés au Ghana (anciens rails de chemin de fer parait-il) pour faire des houes, des dabahs (sortes de bêche), des castagnettes dont les femmes du pays Kabyè s'accompagnent en chantant




est ce le pittoresque d'une image étonnante qui séduit tout d'abord ? ou la force déployée par ces hommes qui font un travail épuisant , en ne mangeant pas toujours à leur faim (en tout cas pas des nourritures aussi reconstituantes qu'il le faudrait ) ? ou est-ce l'immuable tradition d'un âge révolu qui inspire le respect ?

je ne sais pas... mais cette image émouvante, je ne la vois pas comme l'effet d'une pure curiosité mais comme une question jamais résolue
sur notre capacité à vivre en hommes en étant si différents les uns des autres,
sur le désir que ces garçons peuvent avoir dans le même temps, de s'affranchir s'ils le pouvaient de telle souffrance engendrée par ce labeur, et de ressentir une fierté et une dignité uniques à se savoir dépositaire d'un savoir millénaire qui pourtant, ne servirait plus à rien si la richesse manufacturée était au rendez vous,
sur ce que nous avons de commun, vu d'ici, avec cette vie à l'espérance réduite
car c'est effectivement un effort aussi démesuré qu'il semble gratuit

sauf que c'est aussi très beau

mais cela également se folklorise, comme quantité de choses magnifiques engendrées par l'imagination humaine pour faire face à l'adversité

le mouvement de l'homme figé par la photo s'affadira peu à peu dans le changement utile au confort des humains, les secrets se perdront comme tant d'autres se sont perdus, parce qu'il nous est nécessaire d'oublier pour parvenir
mais à quoi ?



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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 13:14
je veux jouer au Wari ! 

pour être un peu ludique... c'est dimanche , on va jouer à ...? 
à ...? ...  à l'awele !

(jeu africain très répandu que mes amis kotokoli appellent "Wari" d'où le titre)

voici un lien pour jouer avec son ordinateur et comprendre les règles
bien sûr, ça ne remplace rien, ça peut même choquer de vouloir compenser une absence de cette façon
mais c'est comme recevoir l'écho d'une partie ancienne et préparer des stratégies futures !
une passerelle, comme je disais précédemment, entre des espaces liés dans la tête qui réinventent ainsi l'abolition du temps !

http://s.helan.free.fr/awale/

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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 14:56

cela fait deux ans ( déjà) que je n'ai pas remis le pied sur la terre africaine, ceux qui partagent ce sentiment du manque  comprendront ces textes écrits à chaque retour ...

Lomé est la capitale du Togo
je n'aime pas beaucoup cette ville sale et mensongère qui présente ses plages et ses quelques buidings bancaires comme autant de leurres pour masquer l'autre réalité des choses, mais c'est une ville encore petite qui a du charme et de la tendresse à revendre,
tout est contradictoirement vrai et pareillement  douloureux à comprendre



Lomé / on charrie dans son sang le virus aiguisé du retour, du manque, la soif inextinguible des enfances en amour
on s’assoit au bord du chemin, et le chemin traverse le ventre blanc en traînées de sang séché
la cicatrice demeure béante, elle pleure avec les mouches bourdonnantes qui ne peuvent apaiser le chant du souvenir
le mal s’y loge en force vive qui réclame une douceur de canne à sucre, le piment rouge au bord du cœur, la verdeur luxuriante du berceau humain
le sang bat lourdement dans le coffre des côtes et de la chair le sang est enfermé dans une boite d’éclairs électriques l’océan est trop vaste et les larmes salées

poème du retour à Lomé / le soir de Lomé parle du vent qui passe sans s'arrêter et fait le tour des routes où je pose en rosaces des pensées bien ordonnées qu'il balaye aussitôt
le vent de Lomé parle du soir qui efface en coulées le ciel et la grève roussie
c'est la même course imprévisible de gouttes salées
c'est le même appel qui fait jaillir d'escales en escales le même désir qui recouvre parfois le coquillage d'un autre désir
c'est la même vague qui se rend à mes pieds
je sais où elle arrive je ne sais d'où elle part
elle est l'onde extrême d'un cercle poudré sur la marée d'un corps en puissance
et pas à pas revient jusqu'à moi




aurore
Vers quatre heures je m’éveille chaque matin
Pétrifiée du silence inhumain
Du désert de silence où tout se tait
Je cherche à tâtons le vague espoir d’un chant de prière, d’un sombre écho de l’au-delà, d’un petit remue-ménage d’insectes affolés
Il n’y a jamais rien
Pourtant je m’éveille…
Tandis que là bas, le pas d’un enfant qui se lève au bord de la nuit
Chuinte doucement dans la rouge poussière
Et touche le coin du sommeil
Qui s’oublie



partir
Partir - avec le regard trouble des larmes voilées
Partir – sans connaître le temps du retour
Partir – compter, dit Wassiou, l’heure, la minute puis la seconde où tu me manqueras déjà
Partir – abandonner, si mal
Partir – escorte d’enfants noirs sur la nuit terreuse jonchée de sourires pâles
Partir – et perdre un jour de plus où il fera chaud d’un vent de caresse
Partir – avec la soif du voyageur qui perd son étoile
Partir – jusqu’à quelle limite pour eux-mêmes infranchissable à jamais
Partir – oh mes fils de diamant dans les douleurs de l’œil
Partir – et mourir un peu plus vite
Partir – et ne pas revenir ?

 

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 15:01

LA RIVIÈRE KPALEO (par Malik)

Toi vers qui à tout moment je vais pour me baigner ,
Toi qui me sauves
Toi qui cries la nuit comme le jour
Je m’approcherai de toi pour bannir mes soucis
Éloigne moi des idées flammables
Essaye de me faire savoir tes habitudes
Toi qui m’a servi à faire mon jardin
Recouvre toutes mes idées
Qui me feront dormir



Au cours du mois d’août 2006, j'ai proposé à un groupe de jeunes de Kara une initiation à la photo numérique.
Nous avons ensemble retenu l’EAU comme thème de ce regard sur soi (au TOGO en août c’est la saison des pluies)

A travers ces photos, ils souhaitaient témoigner de leur vie ordinaire au hasard des promenades que nous avons faites ensemble, des activités, des lieux de la ville où ils habitent.
Ils voulaient aussi montrer à ceux qui ne connaissent pas leur pays, de quoi est fait leur quotidien.

Ce témoignage est le cadeau qu’ils nous font.

ALBUM complet de l'expo (cliquer sur la flèche pour faire défiler les images)



Un milliard et demi de personnes vivent dans le monde sans accès direct à l’eau potable.
Au TOGO , seulement 34% de la population a accès à l’assainissement, ce chiffre tombe à 15% en zone rurale (statistique UNICEF 2004).
Les autres achètent l’eau tous les jours , principalement ramenée à la maison par les enfants … ou boivent l’eau des rivières, des marigots ou des sources.
Les eaux stagnantes entraînent la prolifération du moustique « anophèle » responsable du paludisme ( première cause de mortalité infantile) .
Les eaux souillées sont sources de graves maladies comme la typhoïde, le choléra, la bilharziose, l’onchocercose etc.




SOUVENIR (par Franck)

Quand j’étais petit , je vivais dans un village très reculé de la ville.
Dans ce petit village l’eau était une denrée très rare, il fallait parcourir plus de 50 kilomètres (c’est ce qu’il semblait , avec nos jambes d’enfants ) pour chercher de l’eau presque trouble et très salée.
Chacun avait ce rite quotidien à accomplir. Les enfants de mon âge devaient quitter très tôt , dès le premier chant du coq pour se mettre en route.
On marchait en achevant notre sommeil.
Une fois arrivé au lieu précis, il fallait faire une haie vive (un alignement) et déléguer quelqu’un, estimé le plus fort, pour descendre dans le puits , et remplir cuvettes et bidons les uns après les autres.
Une fois  terminé, on rebroussait chemin. On revenait de nouveau à la maison vers 15 heures. Après cela , il fallait filtrer cette eau pour la rendre potable.

Et la nuit, quand tout le monde s’était endormi, comme l’eau est rare, elle venait individuellement apaiser nos cœurs, en attendant le réveil du coq.




 

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 11:03

"Et voici l’un de mes plus jolis moments de partage avec vous : ces matins que nous avons passés ensemble, où je vous proposais de laisser votre Bic courir librement sur le blanc de la feuille.
Ce que nous appelons « atelier d’écriture », et que j’ai ressenti pour ma part comme mon apprentissage de votre intériorité. Mieux encore, apprentissage de la maîtrise que vous avez des choses essentielles.../

Le silence absolu du petit groupe au milieu des rumeurs de la ville que vous avez écoutées comme une première fois et posées sur le papier avec la délicatesse d’un pinceau de lumière.
Le chant des coqs et le babillage des enfants, la musique de la vie dédiée au plus offrant.
La concentration, l’écoute et la tension, extrêmes, puis les rires sonores, les crépitements de feu en écho des mots simples que je glissais sur vos attentes.
Vos mots à vous, écrits comme des caresses, mots étoilés, communion de verbes en fleur qui faisaient éclore les images fulgurantes que vous portez.
Mots d’amour que vous m’avez déposés, yeux fermés sur vos visages où s’entrechoquent les langues.
Soleil rayé par la palissade de bambou, odeurs, fumées, oiseaux, feuillages.
Là, j’ai touché le paradis de ce que pourraient être vos existences.

Atelier de bonheur rare"




Je suis le noir authentique aux couleurs de mon continent martyrisé
Je veux le respect de la chose humaine
Je refuse qu’on me traire de nègre boy jugé péjoratif
Je connais l’appartheid
J’ignore le mal dont on m’accuse
Je comprends pourquoi il y a une diversité de races
Je pense que Dieu a une femme

Franck - 2005



 

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 11:23
ce texte clôt en quelque sorte le livre et lui permet, peut être, de rebondir vers un autre espoir, celui que pourraient construire demain ces millions de jeunes africains qui se sentent pourtant exclus de leur propre avenir, s'ils ont la lucidité et la force de regarder bien en face ce monde qui les ignore, au mieux, et au pire, les rejette.

Et qu'ils se sentent capables d'inventer à leur tour un développment original qui mette en valeur ce qu'ils savent, sans avoir à nous rendre le compte que nos insuffisances arrogantes exigent de ceux qui n'ont plus rien !

cette lettre a été écrite telle quelle, je n'y ai rien changé, et j'ai demandé à son auteur (un jeune homme de 20 ans que j'ai connu à 13 ans) s'il m'autorisait à la publier, non pour que nous nous flattions réciproquement de la qualité de notre relation, mais à cause de ce qu'elle induit de "réalité" dans mes divagations, dont certains pensent peut être qu'elles me sont si personnelles, que rien ne peut valider l'expérience qu'elles racontent.

A ce titre, cette lettre choisie parmi d'autres que m'ont écrites un certain nombre de jeunes amis togolais (Franck, Stéphane, Aziz, Radjoul ou Abdul ...), est exemplaire d'un état d'esprit, d'une vie "ailleurs" qu'ils  peuvent raconter, avec leurs mots d'une infinie vérité à laquelle je ne peux prétendre.


Morceaux choisis

... je veux écrire quelque chose qui part du rêve à l’imaginaire et de l’imaginaire à la réalité mais mes mots, mes paroles, resteront suspendus dans mon pauvre cœur joyeux et silencieux, mes pensées resteront debout dans mon âme, dans ton âme, comme un sentiment dans sa guérite.

Cette chose que je veux écrire me vient d’un rêve éveillé, le jour et la nuit, d’un sommeil ivre dans lequel toute la planète Terre devient un village, le noir devient blanc et le vieux un jeune homme. Cette chose que j’écris me fait pleurer et crier de joie car je n’ai jamais eu pareille occasion de sortir mes griffes et de rougir intérieurement face à ce monde méchant qui ne reconnaît plus le sens du bien et du mal.

Cette chose que je veux écrire me vient d’un souvenir enfantin, d’un moment où le monde était si petit et très accueillant, d’un moment qui remplissait ses promesses. Pendant ce temps on voyait toujours la vérité de face, ce qui est clair restait clair et tous les rêves étaient permis.

Cette chose que j’écris n’a pas de dos ni de face, ce sont les mots d’un pigeon noir sur une terre noire.

Aujourd’hui nous sommes dans un monde que nous ne connaissons plus, un monde dans lequel les rêves sont perdus. Le petit plant qui espérait avoir un jour les fleurs en rose se retrouve avec des feuilles fanées de néré. Le petit ministre devient forgeron et l’avocat, un chauffeur de taxi brousse. Le petit oiseau qui espérait voler jusqu’au plus profond du ciel se retrouve au sommet d’un arbuste.

Hier dans ma détente du passé, je me suis souvenu de ton premier pas dans la forêt noire où il y avait d’énormes grands arbres. Parmi les arbres de taille, vous avez trouvé un petit plant maigre et malade, vous avez pris soin de lui, vous lui avez donné les subsistances nécessaires pour sa croissance normale. Aujourd’hui ce jeune plant est devenu grand et responsable avec de jolies fleurs, mais il a des problèmes pour la production de ses fruits.

Ce que j’écris est vrai, ce que je rêve est difficile et ce que j’imagine est à la fois réel et irréel !

Peut-être que ce que j’écris raconte des choses sérieuses. Souvent quand je vis mes pensées, je me dis que tout comme le temps, l’homme est changeant, et ceci, mon enfance et ma présente personne le confirment..../

J’ai pris mes racines d’une famille polygame, populaire et moins riche. J’ai peu profité de l’affection maternelle, je ne sais pas exactement l’âge auquel ma maman m’a quitté pour l’aventure au Ghana à cause des mésententes de l’immense et misérable famille;

Tout ce que je sais c’est que j’étais encore à mon plus bas âge. Également je n’ai pas beaucoup bénéficié de la tendresse paternelle. Mon enfance je l’ai plus vécue dans une atmosphère de famille illimitée engendrant des ascendances difficiles à reconnaître.
À ce moment tout m’était un peu bizarre..../

agrave; l’âge de 6 ou 7 ans, en allant vers un moment X, j’ai eu une vie de toutes les couleurs, le blanc, le noir et même le rouge.
Alors que je faisais mes premiers pas à l’école primaire, je devais chaque soir je pense, entre 17 heures et jusqu’à 22 heures, me traîner à la gare routière pour avoir ce qui sera mon petit déjeuner ou mon dîner, ou encore avoir de quoi régler mes légers besoins.
Ce genre de vie est déconseillé aux enfants de mon âge, mais que faire !

Malgré tout cela, tout était bien à mes yeux car ma vision se limitait à mon pauvre pays qui représentait toute une planète..../

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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 19:35



avant d'écrire "Lettres d'ani sara", (comme expliqué dans un des articles de journal) j'avais  noté dès le premier voyage, des mots, des sensations revenus par la suite qui m'ont permis de rester en contact avec les impressions du premier "choc" de la découverte, à Lomé un matin d'août 2001, d'un monde qui m'a ouvert les yeux sur un autre moi (comme je le disais en page précédente :  avec ou sans lointain voyage, pour se perdre, il faut être allé quelque part )

ceux qui sont partis un jour pour ces pays de terre s'y retrouveront-ils ? 
 

Je n’abandonne rien, je ne renie rien, puisque ce qui a été, fut le caillou du sentier, la source désaltérante, le bâton et le sol qui me portaient, l’étoile en amer, le guide et le cheval de mon courage


La boucle n’est pas close sur elle-même, elle devient le premier cercle d’une spirale montante qui m’amène à une mort joyeuse, puisque le deuxième versant de ma vie ne m’entraînera pas vers l’abîme, mais me fera monter vers une autre lumière.


Cette lumière je l’ai cherchée ici, dans la tendresse ou la passion, dans le sourire de mes enfants, dans le plaisir abandonné, dans la parole, dans le regard, dans la tête étroite qui se cogne


Ce matin d’Afrique grand ouvert, je me suis assise, et il faisait jour, pour la première fois, c’était le matin de la vie nouvelle, et je ne le savais pas vraiment, car je ne savais pas encore qu’un autre regard m’attendait, qu’un autre temps était possible, je ne savais pas que chaque jour pouvait s’allonger comme une vie entière, pur et détaché de ce qui ne nous est pas nécessaire, sans faim, sans peur, sans avenir


Juste un jour de plus, chaque fois premier et dernier, juste un mot caché , une source secrète qui fait chanter le monde visible à la surface des puissances invisibles

Un jour de plus

Un jour d’éternité"

 

retour 2001



à l'enfant kabyé de Pagouda qui m'a prêté ce moment éternisé


 

 

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Repères

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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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