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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 12:00

Elles surgissent du sable, des eaux, des corps morts, des roches cinglantes, traversées de chairs brûlées, gardées par le sel du temps, élevant parfois des comptines accordées à la marche et aux jours.

Peu à peu, j'en comprends le sens enfoui qui soulève la croute de mes illusions. "Au passage, prends-moi, disent-elles, emporte-moi dans l'autre néant de la cave et de la maison jaune!"

Souvent, j'obéis, chargeant mes poches, mes sacs, mes regards, de fragments arrachés aux grandes cicatrices du voyage.

Elles ne s'arrêtent pas là. Lorsque je dors, elles secouent la nuit de gémissements reconnaissables. "N'oublie pas que tes rêves se sont nourris des chemins parcourus. Que reste-t-il de nous ?"

Elles se lèvent encore et sarabandent au fond de la lumière, qui n'est pas une lumière, mais une diagonale d'atomes oubliés, une forme expiatrice des ravages et des incendies de la petite histoire.

Parfois je leur réponds, et parfois les ignore.

Quand le capharnaum monte et remonte jusqu'au cadre, je les enferme sans pitié pour leur vie sans objet. Elles-mêmes devenues objets, les Chimères rêveuses se laissent apprivoiser.

Et moi je dors tranquille.

 

Les chimères
Les chimères
Les chimères
Les chimères
Les chimères

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 10:44

La cadence des pas déplia un catalogue de mots incertains. Certains filèrent sur la route où le chuintement de quatre pneus les réduisit au silence. D'autres coururent jusqu'au fossé avec des mines éperdues de feuilles mortes. Sur un branchage aux allures de phasme déglingué, je vis scintiller le mot "NUIT". Il appelait une ombre imminente qui tomba, en effet, lourdement, et m'encastra, moi aussi, dans la pluie sans couleurs.

Il était temps de rentrer.

Plus tard, je cherchai en vain, sur ma page blanche, les phrases égarées.

Elle ne révéla qu'une catacombe de poèmes évanouis, de crânes, de cisaillements de dents d'où suintaient des lettres mortes.

et moi de novembre ?
et moi de novembre ?

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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 15:19

Avec la complicité de Aude, graphiste et éditrice "le chien du vent", un nouveau carnet voit le jour ...

Lorsqu'on écrit sur le voyage, extraordinaire aventure ou simple traversée d'un nouveau quotidien, on fait des phrases avec ses pieds. On suit des routes, ou des rails. On emmène avec soi d'autres lignes évadées d'autres livres, d'autres phrases martelées par d'autres pieds qui marchèrent, écrivirent, suivirent d'autres chemins que les siens.

J'ai emprunté ici quelques lignes amies : Rimbaud, Kerouac, Michaux, et beaucoup de rails luisants. Lignes. Le même mot, et pour moi, le même Usage du monde, comme disait Nicolas Bouvier, que chacun raconte à son image.

Mais le temps du voyage n'est pas le temps de l'écrit. D'abord l'action : on marche, on laisse filer la pensée, on regarde, on éprouve. Viennent ensuite les notes d'un court décalage temporel : carnet, soir, lecture, nuit, souvenirs, lendemain. Enfin, revenu chez soi, le texte lève, après des semaines, après des mois, tentant de se charger des trois moments : l'instant, l'écriture, le vagabondage littéraire. Ainsi met-il en correspondance images, réminiscences, moments d'évasion déjà vécus ailleurs, déjà couchés sur d'autres pages, qui donnent corps aux sentiments, aux impressions. À toutes les lignes qui se sont tracées dehors / dedans, jusqu'au récit final.

Cailloux, poèmes, lectures, photographies. Le voyage est écrit dans sa multiple nécessité.

Voyager entre les lignes

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 10:46

sur le principe du cadavre exquis : prendre un carnet japonais en accordéon, dessiner, écrire, plier la page et revenir le lendemain sans regarder ce qui a été fait la veille !

Champ de ciel en odeur de ruines / qui revivait là sans se douter / des eaux, des os, des vents / et des ombres vivaces elles aussi / qui renaissent à chaque / saison / et puis...

c'est l'exil surgi / du néant blanc / qui dit vague / et se noie malgré / la nageoire / dentelée / des abysses / alors même / que l'espace / insurgé nous /promet cette / pluie/ d'étoiles

mais / ne dit-on pas / de la pierre / qu'à son tort / défendant / elle se croit / éternelle

c'est à la toile fine des dentellières / que j'ai cousu / chaque saison / chaque grain / chaque espérance

mais le feu, mais le déluge / mais le noir vaisseau / mais le sang / ont pris toute la place/ du regard / qui s'éteint / qui s'éteint / qui ne parlera plus / des eaux moins / vivantes/ et des murs / maculés d'insectes morts

une nuit / tropicale où/ la lumière/ même recluse/ ne dit / plus/ rien / et / crie/ et/ tombe

même si / la fleur rentrée / de l'agonie / et du sourire / ne parlent / plus du / temps / même si / le / chant s'effrite / et retombe / en écailles / de / larmes / et se / couche / en / découpes / d'images / éventrées

la ville dort sur mon cou et marque / toutes les secondes

Ville perdue

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 14:16

D'abord fermer les yeux

Laisser l'ombre trembler au bord des cils

Apprivoiser le ballet des phosphènes

Attendre...

On dit que la nuit engendre des monstres blancs

Mais derrière les paupières

Se déploient seulement l'exercice du vide

Et la poussière d'un rêve éteint

"intérieur nuit" - eau forte sur zinc et aquatinte

"intérieur nuit" - eau forte sur zinc et aquatinte

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 16:35

sept âges de vie

sept petites toiles carrées (20x20cm)

sept temps de réflexion !

émergence - encore n'y a-t-il que l'idée du possible

émergence - encore n'y a-t-il que l'idée du possible

promesses - en attente des moments infinis

promesses - en attente des moments infinis

la chair s'éveille - un pied toujours dehors - et tangue

la chair s'éveille - un pied toujours dehors - et tangue

briser - le cadre qui ennivre l'espérance

briser - le cadre qui ennivre l'espérance

vers la création - à fonds perdus - sans l'horizon

vers la création - à fonds perdus - sans l'horizon

failles et brèches - derrière la vitrine - des falaises

failles et brèches - derrière la vitrine - des falaises

au soir aveugle - l'intérieur du vide - retourne sur lui-même

au soir aveugle - l'intérieur du vide - retourne sur lui-même

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 16:29

on ne sait si ce sont les mots répétés dans le tourbillon des pluies, tout en même temps que le dehors impraticable, le confiné, disent-ils, l'attente de l'implosion ou le refus de la patience

on ne sait ce qui rend le monde si étroit

on cherche en vain le vaste, où ne se trouve que le dévasté

on veut, on voudrait, on s'en excuse, les mots ne suffisent plus, il faut de l'air

ou bien alors chanter ce qui se dérobe en ricanant

on cherche le voleur, on ne le trouve pas

partir, dit-on, encore plus faiblement

mais où? demande la raison

car la raison s'en fout. Elle veut, elle exige

un regain de lumière, un espace au bout de la voix

 

bientôt

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4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 16:31

alors j'ai dit non non

la mer n'est pas que perdition suffocation

la mer ne garde pas que les bleus que les coups

la mer ne contient pas que les corps à fonds perdus

la mer ne se rit pas de la terreur de la couleur

elle se tait

 

j'ai collé une ombre au sel blanc des yeux morts

j'ai retendu l'espace de limites acceptables

j'ai refermé la bouche des noyés

j'ai pardonné et puis

j'ai dit encore

ne reviens pas, n'y reviens pas

pas

pas du tout

 

bord à bord

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 12:50

Les murs se chiffrent en lettres pâles, et le passé, et le passé

reprend son droit de préemption sur les fils asservis

et le plâtre et le plâtre

s'écueille aux visages fendus

que les mots ont dressés en briques de silence.

Ceux qui vivent encore là

remontent peu à peu du fond des caves

où gisent leurs désirs en rubans de phrases mortes...

crissement bavard, bavant,

et puis c'est tout

 

les murs - septembre 2019

les murs - septembre 2019

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 11:52

J'ai rencontré des villes et rencontré des eaux

toutes les eaux de toutes les villes

qui noient les amertumes, les malheurs, le bruit sec qui referme les murs,

toutes les villes qui vont chercher la rive, la rivière, la lagune et la mer

à la pêche aux reflets, aux miroirs qui trompent le destin

toutes les villes qui appellent à l'eau native pour les défendre de l'abandon

de la poussière

toutes les villes qui ont besoin d'échappées pour endormir

le souvenir du quai et des caves obscures

toutes les villes qui ont déployé l'ostinato

de l'eau douce, de l'eau pour rien, de l'eau donnée

toutes les villes qui ont besoin d'origine ont besoin d'horizon

toutes les villes ont besoin d'eau

Bergen - Norvège

Bergen - Norvège

Alesund - Norvège

Alesund - Norvège

Trondheim - Norvège

Trondheim - Norvège

Bodo - Norvège

Bodo - Norvège

Tromso - Norvège

Tromso - Norvège

Honningsvag - Norvège

Honningsvag - Norvège

Kirkenes - Norvège

Kirkenes - Norvège

Alta - Norvège

Alta - Norvège

Nord de la Suède - lac sous la neige

Nord de la Suède - lac sous la neige

Stockholm - Suède
Stockholm - Suède

Stockholm - Suède

Goteborg - Suède

Goteborg - Suède

Oslo - Norvège
Oslo - Norvège

Oslo - Norvège

Copenhague - Danemark
Copenhague - Danemark

Copenhague - Danemark

Paris sur Seine

Paris sur Seine

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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 08:11


... écrit dans le train de nuit

 


Escales. Rencontre brèves dont le temps gratifie nos passages. Ici. On n’est jamais venu, on ne reviendra pas. Sans doute.


Repérer. Hésiter. L’arrivée dans la nuit, ou bien au petit jour, le sourire d'un passant, le langage qui s’effrite au long des rues que l’on ne sait pas nommer. Avec le frisson du pied sur le bitume, le grognement d’un train qui nous verse et ne nous reprend pas.

Ne pas se retourner. Redouter l'ankylose. Marcher, marcher. Oublier de dormir. Oublier de manger. Faire du corps un brouillard ou un nuage qui déchire la rêverie. On ne rêve plus, puisqu'on y est, puisqu’on glisse sur le pavé, sur la terre lourde, ou dans l'ombre des rues. Ici. Maintenant.


Et puis demain, dire adieu à la ville indifférente qui ne se souvient plus qu’on l’a serrée de près.

Et puis demain un autre port, un autre lit, un autre enfant qui nous dira bonsoir, un autre bus qu’on a peur de manquer.

Où rien ne manque lorsqu’il faut repartir, avec son sac, lourd de chemins entrelacés. Et le pari des heures prochaines. De l'arrivée.

Du nouveau jour. 
 

Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir
Arriver. Partir

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 16:24

Tu vois, lui dis-je, c'est maintenant que l'on se quitte. Dans ce matin blanc à la frontière de nulle part. Avec douceur et sans regrets : c'est une histoire qui n'a pas eu lieu.


Sur mes talons depuis sept jours elle a marqué son territoire, sa profondeur sans limites, en tenant mes chevilles au dessus des abysses. Elle m'ignorait le plus souvent, me laissant respirer malgré cette agacerie d'aiguille fine plantée dans la chair tiède. 


Parfois je lâche prise et j'oublie qu’elle me tient à sa portée, alors elle gronde un peu plus fort : mon cœur s'emballe et la nuit me surprend, secouée de spasmes à venir. Elle dit qu’elle épargne comme elle veut, selon son bon plaisir, mais je ne suis pas dupe. 


C'est maintenant que j'abandonne. Saluant le navire qui tourne dans le fjord alourdi de nuages bleutés. Grimpée sur la montagne au-dessus de Kirkenes, dans la tourbe et la glace, je la regarde au loin sans savoir quoi lui dire :  peut être un merci, peut-être une rancœur secrète. Je connais la puissance qu’elle n'a pas déployée et me félicite d'être partie à temps, je n’avais rien à offrir en échange. 


La Terre est rousse sous mes pas. Il reste, à peine, ce léger balancement du corps qui ne veut pas lâcher.

J'ai retrouvé la route libre et dure qui ne se dérobe pas, où l'on n'explore pas le fond secret des cales. 
J'ai retrouvé mes pieds. J'ai retrouvé mes mots.

Faire suite à mon post du 22 septembre ?
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Faire suite à mon post du 22 septembre ?

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Repères

  • : ANISARA
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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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