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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 15:32
désert - Californie

l’œil coupant décharne toute vie jusqu'à l'aiguille

il n'y a pas de ciel, rien que le vent

il n'y a pas de traces, rien que le sang indien colorant la terre assoiffée

j'ai cherché les Mohaves, les Paiute, les Chemehuevi, les Chumash, les Tipai, les Taaqtam, les Kawaiiasu

j'ai cherché l'arbre tordu qui disait le chemin. celui là-même qui hachait le vieux monde

j'ai trouvé le froid inconnu d'une beauté sans mélange

cela suffira-t-il à raconter l'histoire ? 

joshua tree desert
joshua tree desert

joshua tree desert

hidden valley
hidden valley
hidden valley

hidden valley

old silver mine
old silver mine

old silver mine

désert de cactus
désert de cactus

désert de cactus

Joshua tree national park
Joshua tree national park
Joshua tree national park
Joshua tree national park
Joshua tree national park
Joshua tree national park

Joshua tree national park

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 16:16
San Francisco

La ville s'enroule en écailles de brume et de feuilles luisantes avec la douceur des grands iguanes ou des serpents de mer qu'on a rêvés sans trop y croire.

puis elle surgit des hauteurs et s'éveille entre deux eaux, entre deux ponts, et se déploie d'arcades en arcades, de rues en rues, de glissades en croche-pied de fils noués

chaque impasse se soulève, chaque maison vibre et le ciel s'évanouit vers l'arc des couleurs qui claquent à tous les vents

les tours, les môles, les rails s'ébrouent en gerbes d'air doré

alors, la Sirène se lève, le jour ondule, le moteur ronfle,

et c'est un autre matin de pluie qui lave et répand sa fraîcheur sur la barbarie de nos illusions

la ville enfin s'éclaire, comme le pas du marcheur à la conquête des légendes

quartier chinois
quartier chinois

quartier chinois

ponts
ponts
ponts

ponts

couleurs
couleurs
couleurs
couleurs

couleurs

horizons
horizons
horizons
horizons

horizons

échappées
échappées
échappées

échappées

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20 décembre 2017 3 20 /12 /décembre /2017 16:06

Où l'on arrive, d'où l'on repart, la gare est espace protecteur, quasi maternel, en même temps que point aiguisé d'une toile où le voyageur glisse hardiment de fil en fil, au réseau de laquelle il accroche ses espoirs, sa curiosité et ses rêves de frontière. Qu'il espère bien trancher, dépasser. Ou ignorer.

La gare n'est pas la parenthèse du voyage entre deux villes. Au contraire, le voyage se constitue de gares en gares face à la possible vacuité de la ville. On sait lire le quai, l'attente et déchiffrer les heures. Le voyageur a le temps pour lui. Le monde est à ses pieds, à ses oreilles, à ses regards, où vit tout ce qu'il rencontrera, plus tard, ou jamais, en touches diluées.

La gare concentre, invite. Invente un avenir, tous les avenirs, tous les possibles. Tous les humains y sont passés, y passeront, y attendront ce qui ne vient pas, ce qui revient, ce qui n'est jamais arrivé. Mais ... 

La petite gare au quai désert que le chemin de fer agrandit d'impossibles espaces. La gare maritime qui fait vibrer l'eau des emportements. La gare monstrueuse, une ville à elle seule, qui vous cache autant qu'elle vous révèle.

La gare dit le chemin, le pourquoi, le présent. Elle répond à toutes les questions qu'on ne pose pas encore. 

Elle pleure quelquefois des larmes de sang. (Charlotte Delbo disait dans "aucun de nous ne reviendra" : "c'est la plus grande gare du monde". Elle parlait d'Auschwitz). C'est le détournement du sens qui dit l'importance des choses.

J'ai vu les gens s'impatienter de devoir attendre longtemps un train, un bus, un bateau qui n'arrivent pas encore (arriveront-ils?).

J'ai aimé ce temps immobile coincé entre deux incertitudes, ce banc crasseux chargés de ceux qui partent. De pleurs amers, et de rires éclatants, de vaines espérances et de coups de poker. Moi, la voyageuse sans objet. Sans nécessité. Sans désir autre que le prochain pas vers l'inconnu, je me frotte à l'humanité bruissant de ses transports, de ses passages.

La gare est ce lieu suspendu qui n'a d'autre raison que lui-même. La vie, quoi !

quimper - paris montparnassequimper - paris montparnasse

quimper - paris montparnasse

paris nord - strasbourgparis nord - strasbourg

paris nord - strasbourg

sélestat - strasbourg routièresélestat - strasbourg routière

sélestat - strasbourg routière

francfort - copenhague routièrefrancfort - copenhague routière

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copenhague - stockholmcopenhague - stockholm

copenhague - stockholm

stockholm maritime - helsinki maritimestockholm maritime - helsinki maritime

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helsinki saint petersbourg helsinki saint petersbourg

helsinki saint petersbourg

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29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 11:48

On entrait sous la pluie dans les remparts de Novgorod, kremlin rouge d'automne et de de terre cuite. L'église brillait au dessus des fresques écaillées. Comme partout, comme toujours, les foules s'empressaient autour des cierges et des icônes rutilantes.

J'ai marché sur des chemins glissants à la lisière des murs. Je disais : Novgorod, comme une incantation brutale revenue de "la prose du transsibérien", mais c'était un autre Novgorod, un autre voyage, un autre temps.

Sur des estrades instables, nous sommes restés figés longtemps dans l'attente du coeur joyeux qui exaltait nos impatiences.

Alors, ce fut la nuit. Et les nuages fumants de Novgorod restèrent accrochés à portée de mains, donnant au combat de l'ange la couleur sulfureuse de nos démons, de nos envies perdues, bien loin de Novgorod, jusqu'au bout des toundras glacées dont on ne revient pas. 

Novgorod
Novgorod
Novgorod
Novgorod
Novgorod

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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 14:33

Beaucoup de gens m'ont dit : "c'est une ville qui m'a tant fait rêver". Je ne savais pas pourquoi. Rêver de quoi ? de l'Hermitage et de ses fabuleuses collections ? de la Neva et de ses ponts levants ? des palais de tsars et des perspectives monumentales ? Non, je ne savais pas.

Alors, j'ai pris la ville comme elle me prenait : à froid, à bras le corps, et pied à pied. Le long des quais, des escaliers, des églises innombrables, des dorures affolantes, des cimetières et des cours oubliées. J'ai apprivoisé, sans rien dire, cette sorte de Paris (moi la parisienne, je n'ai pas trouvé de meilleure ressemblance que celle-ci) de l'insolente grandeur, de la beauté et de la colère. J'ai marché. Admiré, il faut bien dire. Et tenté de me glisser entre les failles invisibles d'un monde qui se dérobe. Entre les pages du grand livre que les belles librairies détaillent à l'envi. Je livre donc ce que j'ai vu. Un peu différemment peut être.

Car j'en retiens la ville miroir où tout se contraste et se contrarie. Pour mieux tenir debout ? Le poids est lourd à supporter, je crois, parfois il fait chuter jusqu'aux démarches les plus assurées.    

Saint Petersbourg - Duos
Saint Petersbourg - Duos
Saint Petersbourg - Duos
Saint Petersbourg - Duos
Saint Petersbourg - Duos
Saint Petersbourg - Duos
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Saint Petersbourg - Duos
Saint Petersbourg - Duos
Saint Petersbourg - Duos
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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 19:36

Le train file à travers un paysage de lacs, de bouleaux, de maisons rouges. Depuis Malmö la grisaille s'effrite peu à peu. Stockholm s'annonce dans un ruissellement d'or pâle et de cuivre que rien ne vient démentir. Elle est la lumière du premier froid, le Sud et le Nord tout ensemble réconciliés dans le chaudron automnal.

La grande ville s'étend sur un archipel escarpé où la carrure des bâtis cède à la mer et ciel, cède au miroir des îles de feuillages. Elle offre la solidité insolente d'un assemblage où tout semble soudain trop grand, mais la grandeur n'écrase pas, elle rend même la petitesse presque honorable en offrant à chacun le présent d'une place harmonieuse, comme la feuille au cœur d'octobre participe à la grandeur de l'arbre entier.

Stockholm  est un labyrinthe à ciel ouvert, un chemin de pierre et d'eau qui se ramifie jusqu'aux banlieues chargées de maisons claires et d'avenues sans limites. Car la ville a toute la place, toute les couleurs pour elle seule. Elle oppose la blancheur miroitante de ma chambre aux maisons de bois multicolores du parc de Skansen. Elle absorbe les grottes obscures du métro, transfigurant le ballet des lucioles électriques qui se répondent de ponts en ponts, de ports en ports.

Chaque ville est une surprise où l'on peut oublier ce qu'on sait et ne pas regretter ce qu'on ne sait pas. Une expérience hasardeuse sans prix à payer. Il faut juste y avoir des pieds et des yeux, et parfois un plan élémentaire pour qui aime se retrouver sur le papier après s'être perdu dans la lumière : ces jours là Stockholm fut éblouissante en dépit de la massivité austère de ses monuments. Sous la lumière rasante, je brûlais mes yeux  d'ile en ile, sur un parcours d'arbres roux et de navires couchés, cherchant la verticale d'un horizon vite retombé dans la brutalité du crépuscule.

Dans l'île de Skepps Holmen les statues de Niki de St Phalle ont soudain troublé mon regard en dépit de l'éclat des formes. Je me suis assise au milieu des feuilles mortes, sereine d'avoir traversé des douleurs qui ne sont plus qu'un songe. Lorsque j'ai quitté la ville, au soir couchant, je n'ai pas rencontré la pleine mer, mais la succession infinie des méandres de l'heure fauve. Il me fallait dormir : la nuit viendrait bien assez vite.

Stockholm
Stockholm
Stockholm
Stockholm
Stockholm
Stockholm
Stockholm
Stockholm
Stockholm

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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 19:27

Parmi les multiples plans d'eau et bras de mer entourant Copenhague, il est un lieu particulièrement célèbre depuis presque 50 ans : la ville libre de Christiania, créée par des hippies et squatters en 1971 sur un ancien terrain de l'armée, et qui revendique toujours, depuis lors, son statut libertaire, défini par une charte encore en vigueur : «L'objectif de Christiania est de créer une société autogérée dans laquelle chaque individu se sent responsable du bien-être de la communauté entière. Notre société doit être économiquement autonome et nous ne devons jamais dévier de notre conviction que la misère physique et psychologique peut être évitée. »

Un peu d'errance sur le quartier me tente. Dans le même temps je n'ai pas envie de faire du voyeurisme auprès de gens qui ont choisi et défendu ce mode de vie pour montrer que la "marge" est une option valide à coté d'un monde dont les valeurs ne leur convenaient pas.
Je ne traverse donc pas, ou peu, le village de mille habitants. Je longe le plan d'eau, m'arrêtant auprès des maisons que je rencontre, essayant de ressentir quelque chose de l'air d'un temps qui parait figé dans son désordre brinquebalant.

Ce qui frappe en effet c'est, plus que l'étrangeté de ces maisons auto-construites, la désuétude, voire le délabrement qui en ressort. Une vaste récupération de tout et rien s'entasse dans des cours à ciel ouvert. La population a vieilli, les peintures s'effritent, le soleil oblique souligne les cicatrices. On semble se déplacer dans une cité perdue et silencieuse que l'enchevêtrement des rues, à d'autres moments, condamne à un repli sans fin.

Je sais que j'appréhende seulement l'apparence. Je ne veux juger en rien cette expérience qui a toute ma sympathie, a priori. Mais la vérité est plus proche d'une sorte de bidonville. C'est le mot qui me vient à l'esprit. Au même moment, j'en éprouve la violence. Ceux qui, de par le monde, vivent dans ce genre de zones ne l'ont pas choisi. Ceux de Christiania, oui. Malgré tout, c'est comme si le temps avait eu raison de l'énergie des bâtisseurs. Bâtisseurs d'idées, bâtisseurs de maisons. Comme toujours. Comme si la pureté de l'idée et du projet finissaient par s'abîmer dans une sorte de paresse négligente qui fait monter les herbes et s'écailler les peintures.

Ce qui en souffre n'est pas mon parti-pris esthétique. L'art brut, que j'adore, provoque aussi cette sorte d'émotion, mais il garde, sur chaque œuvre, la fraicheur intacte de l'achèvement. Une maison, un lieu de vie - pourquoi ? - ne veulent pas du délabrement. Ou en tirent un indice de malheur immédiat.

Je regarde mieux. Je ne vois pas beaucoup plus clair. Mais il me faut être honnête. Ne pas me laisser happer par la seule vision matérialiste. Repenser à la volonté, à l'impact, au devenir, à la recherche du bonheur ? (cette constante énoncée dans toute référence aux pays Nordiques).

Vivre dans une ville  qui n'en est pas une ? ne pas travailler à temps plein ? laisser sa maison ouverte et ne pas s'accrocher à la permanence, mais accepter l'idée de la décrépitude, comme on accepte celle de la vieillesse. Mes amis africains m'ont appris qu'il n'est pas si grave de vivre de peu, pourvu, disent-ils qu'on ait la santé. (Je me dis que c'est sans doute  cela qu'il leur faudrait trouver, tout d'abord, pour ne plus avoir peur de leur malheur).

Les Danois ont un très bon système de santé, accessible à tous. Ils savent qu'ils seront pris en charge au moment où ils en auront vraiment besoin... alors qu'importe les herbes folles et les planches déclouées. On vit. C'est tout. On mange, un peu, on travaille, à peine, on se resserre avec ses amis autour d'une bougie tremblante (tous les Danois font cela), on crée, peut être ? on parle et on imagine. En tout cas, on croit à la vie !

Quand on se retrouve de l'autre coté du pont, on replonge dans la rigidité académique de l'architecture néo classique. En sera-t-on plus heureux ? Car, le bonheur, c'est peut être aussi simple que ça : vivre de presque rien dans sa cabane ... avec la Sécurité Sociale !  

 

colorées, fantaisistes et branlantes ?
colorées, fantaisistes et branlantes ?
colorées, fantaisistes et branlantes ?
colorées, fantaisistes et branlantes ?
colorées, fantaisistes et branlantes ?
colorées, fantaisistes et branlantes ?

colorées, fantaisistes et branlantes ?

OU. Rigide, propre et formelle ?

OU. Rigide, propre et formelle ?

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 16:26

Passé Odense, la lumière est aussi brumeuse que mon cerveau fatigué par une nuit de bus. Le détroit est un plan de mousse pâle pointillé ça et là de rayons blafards. Se peut-il que les yeux réinventent le paysage à l'aune de leur état mental ?

Copenhague se déploie en un fouillis de cyclistes et de tranquilles piétons. Un village de familles recomposées et multicolores qui brassent leurs différences, sans ostentation, mais avec persévérance. Je le constaterai plus tard dans le parc urbain du quartier de SuperKilen, où les quelques 50 nationalités qui vivent à proximité ont déposé objets, constructions, motifs ou image-souvenirs, du pays natal. 

Ce qu'on imagine des pays scandinaves, c'est cette résolution paisible à réaliser des choses originales, nouvelles, collectives, à poser des actes sans donner de leçons, sans s'enfermer dans des discours pompeux sur leur supposée grandeur (pourtant les vikings furent des guerriers conquérants et rudes!). A vivre au présent peut être ? et à préparer l'avenir par une grande attention aux petits enfants.

On rencontre partout ces groupes de gamins aux cheveux pâles accompagnés de nounous, de parents, de grands parents, embarqués dans des poussettes collectives à 4 ou 6 places. Partout. Calmes et attentifs, libres et doux. Un galop d'enfants descend en riant la rampe de la tour ronde ( Rundetaarn). Qui s'en plaindrait ?  Apparence ?

Dans le bus, un sac à dos a été oublié. Le chauffeur ne déclenche pas le plan ORSEC, il ramasse le sac et le range tranquillement sous ses pieds !  Aux fenêtres des immeubles, il n'y a pas de volets, à peine une vague transparence de rideaux.

Je ne sais si ce sentiment est ou non imaginaire, s'il s'emboite à la réalité de ce que je vois. Je fais confiance à ce que le langage ne dit pas. Ne pas comprendre la langue impose un mode de relation différent, un échange qui n'existe que parce que l'on se tait, que parce que l'on écoute avec acuité et que l'on regarde sans a-priori. On décode, on sourit. On exprime et on reçoit ce que parlent tous les humains : corps, expression, attention, esquisse de contact, gestuelle, éclat de rire parfois.

Les maisons de couleurs, les lumières de Tivoli, les châteaux royaux à dimension humaine, les architectures audacieuses parfois, mais sans gigantisme tapageur, la réalité de l’État providence, tout cela donne l'impression d'une vie possiblement heureuse qui fait partie du sentiment national et qui attire aussi, sans aucun doute, de nombreux étrangers rêvant de gouter au miracle danois.

Pourtant cette apparence de générosité tranquille se trouve en butte à une opposition politique virulente et resserrée sur elle-même qui ne veut plus s'européaniser, ni s'ouvrir à la multiculturalité... Paradoxe ? 

En face de l'immeuble où je réside, un beau cimetière verdoyant accueille les familles, les poussettes, les amoureux au milieu de tombes posées en désordre dans l'herbe mouillée.

Copenhague : même la mort y parait sans histoires ...

 

Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn
Copenhague - Kobenhavn

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 11:51

et toujours, elle-même, malgré l'adversité ... (air trop connu)

et toujours, on l'aime ( sur une autre page, celle du texte illustré : Bruxelles)

♦ et toujours, Bruxelles ...

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 19:24

D'est en ouest, on traverse nonchalamment des villages sans fin et des villages sans commencement sur des routes brumeuses où les cyclistes font la nique aux automobiles

les canaux sont des havres métriques que les libellules encouragent vers la mer qui ne sait plus où déployer ses dunes

le chemin est gai, l'horloge tourne, la pierre tricote des rêves trop sensés qui apprivoisent le silence

on ne parle pas de tout le reste qui s'égrène en espèces sonnantes au carrefour des beffrois

on ne parle de rien, on glisse vers une bulle légère que la première écluse avalera tout net

on se retourne : c'est le souvenir d'un souvenir qui s'échappe en riant de sa bonne aubaine

Tout est là.

Tout est peut être ailleurs

Gand

Gand

Canaux
Canaux
Canaux

Canaux

Bruges
Bruges
Bruges
Bruges

Bruges

Ostende
Ostende
Ostende

Ostende

Louvain
Louvain

Louvain

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 17:44

22 juillet - vers l'ile d'Eubée

un vent de lumière, et la force du cyclope imaginé, bientôt soulèvent en cadence un grand émoi d'eucalyptus et de poussière

l’œil te regarde, en deçà des iles égarées sur la moire du volcan

il reste un peu de temps, beaucoup de cendres

et l'acidité qu'une paupière archaïque a posé sur la vague

 

23 juillet - Karystos

ce que disent les cigales :

les nombres cachés et l'insistance des bourreaux, de leurs élytres coupantes, hacheront le soleil en myriades d'éclats

le chemin est long jusqu'à la vérité du zénith

on danse malgré tout sur les brasiers, et l'on fait tournoyer des couteaux de mica

un oiseau déchire le bleu

trois chardons noirs attisent l'enrouement d'un chien

cette épine a depuis longtemps infecté nos consciences

il reste le crissement du vivant qui ne s'oublie jamais

cela : c'est ce qu'il dit

 

25 juillet - Lavrio

dans les collines déchues de la mine, la brillance des plombs argentifères a coulé sur la mer

qui trop tôt s'est fermée

le poids de la fierté, et la violence du déshonneur s'étouffent peu à peu

il court un frémissement de chiens qui enfle jusqu'à la nuit, jusqu'à la sauvagerie initiale du monde désaccordé où des cerbères à cent têtes vont trouver nos peurs et les mener jusqu'à l'enfer, jusqu’à la mort, jusqu'à l'effritement des marbres qui ne cessent de glisser;

tout oiseau est un leurre

toute meute est à l'image de nos lâchetés

d'abord les chiens, puis le peuple, puis la mer

un autre jour : l'éternité

 

27 juillet - Athènes - Mont Lycabette

Quand nous vient la beauté, d'où vient-elle ?

des hommes ou des fleurs? de l'avant ou du présent? des incendies ou des rumeurs urbaines?

c'est l'espace du songe qui nous a couvert trop longtemps, et brusquement s'élève dans un bruit d'ailes

le temps est là, posé sur l'angle des pierres

le chant des oliviers et la respiration du ciel éloignent le malheur qui, toujours, fait le beau

loin des passions, loin des aurores fanées, il y a l'aplomb du midi que l'ombre n'atteint pas

 

28 juillet- Athènes - musée archéologique

le bref éclat du papillon sur l'enfant de Mycènes, la rondeur des cuisses et la poitrine offerte au masque d'or: j'ai vu les dieux qui nous ressemblent, gavés de plaisir et d'ivoire, sur la tête du peuple souverain qui construit sa maison

maison du lendemain, des saisons paisibles, des lèvres enchantées, et des pas en avant.

à l'autre temps qui brûle, rien n'est jamais caché

les messagers enfuis se lèvent avec le vent, avec la caresse du marbre, avec le cycle de l'homme seul, dénudé, que rien ne fléchira

pas même la mer, pas même la salive des mots qui disaient : nous voulons tout,

le vin et le sourire, la source et l'olivier

 

28 juillet - Athènes - théâtre de Dionysos

au souffle d'Eschyle, au vent de l'Attique, je choisis le mouvement du temps qui dépasse les morts

les mots du ciel creusent la terre d'un sillon d'humanité qui ne se dément pas

la lumière s'échappe de la stature des ifs hiératiques

ah! n'être rien que la cigale au delà de grisailles qu'on ne reverra plus

prendre racine dans le feu de l'ivresse, assécher les ombres jusqu'au sacrifice.

Un monde naquit, un autre s'écroula

l'empreinte des voix sous la plante des pieds s'éloigne peu à peu de la foule au dessus

quand je cherche le fond sous la carrière des siècles

tenir ou bien lâcher devient alors semblable insurrection

jeter sa voix que la sécheresse ignore toujours

la beauté n'a pas de couleur

elle est l'air blanc, le chant, que traverse un autre silence

 

29 juillet - Adriatique

nous sommes si fatigués, de vent et de brume

la tête en arrière, le cou raide, le pied lourd

il n'y a que les îles, dont chacune est un cadre sans nom qui encercle son mystère

nous sommes dans le bruissement des hommes, dans la fausse joie des fausses retrouvailles, ou peut être ?

un moment échappé au travers des roches que le soleil invite au rire ?

des langues dénouées, des accents circonflexes, des traverses suspendues au dessus des reflux ?

Train de nuages. Chenal. Vacation. Retrait.

la mer est plate

tout est possible dans la joue de l'arène

où surgirait un minotaure, un Léviathan, ou un volcan

si nous avions encore

le désir du voyage

le désir de l'inconnu

le désir

 

30 juillet - Patras-Ancône

pour la beauté, disions-nous, il n'y a plus de mots

notre gorge serrée avale tout doucement la suspension des graines arrondies que soleil, et lune, et soleil, font germer à l'horizon

il n'y a plus de mots

nous ne savons dire que la colère, la vibration insolente des révoltés et le temps immobile d'hommes démantelés qui frappent à la porte

car il n'y avait pas d'autres mots

nous les avions épuisés de recours inutiles, de luttes sans merci, de douleurs et de cris

pourtant, la voici, disions-nous, la voici maintenant qui martèle nos yeux

mais il n'y avait pas de mots dans nos bouches amères

elle était là, nous le savions, il suffisait d'un peu plus de joie, d'un peu plus d'oreille pour entendre sa pulsation qui nous pétrit d'éternité

nous n'avons pas pu

mais nous savons qu'une autre fois, sans doute, du puits remontera un seau d'eau fraiche que nous appellerons : beauté du vide

où jeter nos illusions, où désaltérer nos simples corps

images miroirs d'hier à aujourd'hui
images miroirs d'hier à aujourd'hui
images miroirs d'hier à aujourd'hui
images miroirs d'hier à aujourd'hui
images miroirs d'hier à aujourd'hui
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images miroirs d'hier à aujourd'hui
images miroirs d'hier à aujourd'hui

images miroirs d'hier à aujourd'hui

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 16:35

D'abord, il y a la chaleur cuisante.
Non, d'abord il y a la douceur chantante de la langue.
Non, d'abord il y a les chiens, abandonnés au cœur de lieux abandonnés.
Alors ? je commençais par les cigales. Autant de cigales ? jamais entendu. Elles font crisser les oliviers, les murs, les tags, les amphithéâtres, les jours, les nuits. Elles accompagnent la marche des allées perdues. Celles d'hier. Celles d'aujourd'hui.
Sur l'Acropole, une hellène enthousiaste nous révèle que l'aura universelle du Parthénon depuis 25 siècles n'émane pas de ses colonnes, de son marbre, de son architecture, mais de la grâce d'une naissance : celle d'un monde où, pour la première fois, on élève un monument, non pas à la gloire d'un chef mort, mais à l'amour d'un peuple vivant pour sa cité, pour ses artistes. Un temps où ils préférèrent l'olivier d’Athéna à la source de Poséidon. Un monde imparfait qui vise la perfection solaire, comme un long trait d'orgueil entre l'inconnu et le connu, la passion et la raison, les dieux et les hommes.
Voilà pour l'honneur du passé, pour l'incarnation d'un sourire de femme, pour le pas en avant d'un homme de marbre rouge, vers deux siècles de paix et de joie. Qui finiront bien par s'éclipser, Mais dont le rayon fouille la mémoire, les voix éteintes et les mots scandés des poètes dionysiaques sur leur théâtre de fureur.


L'Athènes d'aujourd'hui vibre de cigales, comme on a dit, et de questions sans réponses. Des mains adolescentes gravent sur tous les murs des points d'interrogation qui se perdent dans le sourire désormais figé du temps présent.
L'Allemagne accusée contient depuis deux siècles les mystères de la Grèce nouvelle (du premier roi de Grèce, Othon de Bavière, à la violence de l'occupation nazie) qui éclate en slogans vengeurs, qui n'en finit pas de cahoter vers une nouvelle splendeur, toujours refusée, qu'elle peine à trouver dans les débris d'européanisme, les dorures trop orthodoxes et le mépris des riches illégitimes.

Fierté d'une musique endiablée, douceur des nuits, chaleur des accolades. Ah oui ! Et que la main tendue au peuple millénaire retrouve sa bonne raison, dans l'attente d'une profondeur nouvelle que l'ordre et l'harmonie sauront, un jour, peut être, ancrer à nouveau dans cette terre marine, cette pauvre richesse, cette société contradictoire qui fait danser la méditerranée.

♦  Athènes 2015

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