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Traité de per-versification
Ou l'éloge de la poésie ordinaire

( un article paru dans le n°278 de la revue "ROUGE ET VERT"

Il ne s'agit pas ici de l'œuvre du poète sélectionné par les «grandes maisons d'édition» ni de l'appréciation que peut en avoir le professionnel du livre on toute personne qui tire profit de la mystification de l'œuvre publiée au détriment de l'écriture en tant qu'outil populaire d'expression et de désaliénation.

les psychologues énoncent que dans la plupart des cas, l'assassin ne se distingue des autres que par le fait qu'il assassine ; par ailleurs, il vit comme n'importe quel citoyen. Un sociologue du monde de la poésie pourrait dire: le poète ordinaire est une personne qui se distingue des autres par le simple fait qu'elle possède une parole en plus, la poésie. Le poète demeure plus diificile à définir que l'assassin car un mort est une chose médicalement observable, alors qu'un poème est sujet à contestation intellectuelle.

La question posée est - quel contour donner à la poésie ordinaire ? Le sujet a déjà été débattu d'un certain point de vue par les philosophes qui se sont penchés sur le phénomène qu'ils ont appelé la non-poésie*. Sans doute peut-on concéder à celui ou celle qui présente au regard de l'autre quelque chose qu'il conçoit lui-même comme un poème que les autres doivent y donner le crédit que d'appartenir au monde de la poésie ordinaire. Le poème « sans intérêt poétique », c'est-à-dire où le sujet et l'expression sont ternes et ne permettent pas d'observer ni un ressenti singulier ni une expression novatrice seront à considérer comme un départ « prometteur » par souci de pédagogie positive.

Que répondre sinon au déballage pompeux de certains qui prétendent détenir les critères pertinents pour apprécier ce qui est et ce qui n'est pas de la poésie, s'enfermant eux-mêmes dans une sorte de honte de leur propre production poétique qu'ils cachent dans le tiroir de peur de ne pas être reconnu comme un maestro ? Un poème ordinaire est l'expression d'un citoyen qui va libérer son « vocabulaire intérieur » et sa tournure grammaticale (ou a-grammaticale) avec l'éclairage propre de son univers émotionnel et de sa culture. Le lecteur va ensuite s'imprégner de ce qu'il aura perçu de l'écho des mots dans le poème et du style de l'expression pour le réinvestir en réponse.

Le poème ordinaire n'est donc pas seulement une écriture, mais c'est aussi une lecture particulière. C'est ainsi qu'un écrit aléatoire est un poème dans la mesure où le lecteur peut en faire une « lecture poétique » (selon une méthode apparentée à la cabalistique en quelque sorte). Le poème fœtus, celui qui n'est pas livré à la vie, c'est-à-dire au regard de l'autre, ne permet ni à son auteur de progresser, ni de faire évoluer le langage. On comprendra que le culte de l'élitisme par le professionnel coupe le poète ordinaire de son mode d'expression spécifique et qu'il s'insère donc dans ce cadre dans une logique de la domination capitaliste.

Au contraire de l'évolution du langage par l'utilisation orale, l'échange poétique ordinaire permet de poser l'expression par le mot écrit et par la cohérence du poème, qu'elle soit réfléchie ou en partie spontanée, disons même subconsciente peut-être. La poésie ordinaire constitue un levier du langage, de la pensée, enrichissant le mot de couleurs nouvelles et remettant en question la grammaire conventionnelle.
D'où la nécessité de communiquer ses écrits.

Le lecteur peut « répondre » à un poème en « tordant » les mots de l'autre ou en les positionnant dans un contexte nouveau, suggérant de nouvelles évocations. On comprendra que le site Internet de poésie joue un rôle clé pour rendre l'échange possible. Priver le poète ordinaire cet outil de sa participation active au développement de la société serait une attitude réactionnaire.
Envelopper le poète ordinaire de son mépris est un acte de violence, la poésie ordinaire est un vecteur de communication ; c'est une parole libératrice.
C'est aussi une méthode pour changer la pensée en pervertissant le verbe.
La poésie ordinaire est révolutionnaire.

Veronika DAAE
http://www.ffidier-mouunier.info/
http://www.outrereve.com/modu-les/newûb/voir poeme.ptip?poeme id=l4946&slart=o#forumposl68828


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  • : Après la publication de mes livres "lettres d'anisara aux enfants du Togo" et "Villes d'Afrique", ce blog rend compte en chroniques, poèmes, photos, dessins, des rencontres avec les humains et la solidarité, avec la poésie, l'art, les cultures, l'Afrique et les voyages.
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