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24 mars 2023 5 24 /03 /mars /2023 16:58

j'ai enregistré hier une vidéo courte de l'occupation de la voie express à Quimper. Des dizaines de bras tapent en cadence sur les glissières, et ne disent rien d'autre à cet instant que l'accord absolu d'un rythme spontané : triomphe de la musique sur la bêtise !

l'espace d'un moment la route redevient savane, redevient chant

le rituel monte à la face du mépris, à la face de ce qui, là-haut, ne nous aime pas

le plus petit commun, multiple cœur, n'en finit pas de battre

le temps n'existe plus, pour un quart d'heure d'éternité, la voie est libre, on y marche dans l'air saturé, et l'on respire quand même

des vieux des jeunes, des femmes des hommes, des drapeaux des parapluies, parce que le printemps giboule quand il veut

des bras à l'unisson qui dansent la colère, sans même savoir ce qu'il y faut gagner, et si l'on va gagner

mais l'offrande fugace des palettes et des herbes fauchées, des cailloux qui martèlent, lance au-dessus, lance au ciel bouché, ce crachat de fumée noire qui exhale la puissance  du nombre

qui donne le droit d'être libre, le droit d'être peuple

le droit d'être

 

 

 

 

rou(t)e libre

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 11:44

J'avais publié le 8 mai 2011, à l'occasion d'une célébration "parallèle" de cette date symbolique par le Mouvement de la Paix, un "slam pour la paix" que beaucoup de gens ont aimé sur ce blog. Comme on n'a plus grand chose à espérer, en particulier avec l'accroissement sans précédent des dépenses militaires dans le monde, le développement ultime de l'arsenal atomique, sans compter le volume des ventes d'armes par notre pays, je m'autorise à une publication de cette version réactualisée, sans illusion, mais juste parce que de nombreux problèmes économiques, écologiques et autres seraient résolus si les dépenses militaires étaient affectées à des priorités vraiment nécessaires pour le bien de l'humanité. Qu'attendons nous ?

 
manifestation pacifiste en Bretagne avec une délégation d'Hiroshima ( 2015)

manifestation pacifiste en Bretagne avec une délégation d'Hiroshima ( 2015)

Paix aux miens, paix aux vôtres

et paix à tous les autres

 

Paix aux morts des tombeaux, au marbre et aux statues

À la fleur au fusil sur le front des vaincus

Aux gars des der des der qui lançaient leurs chansons

En vain, la peur au ventre, dans le bleu horizon

 

Paix aux pays conquis dans le fracas des armes

Quand la loi du plus fort vient soumettre les âmes

Enchaîné comme un nègre, mort comme un bon indien

Soumis comme la femme, rouge comme le vin

 

Paix aux villes martyres qu'on a abandonnées

à la coulée des pleurs, aux ruines du passé

quand la mort épousait la brûlure de l'atome,

aux déluges de fer qui transpercent les hommes

 

Paix aux folles d’Argentine, aux mères du Chili

Qui réclamaient justice pour leurs enfants meurtris

Torturés, démembrés, qu’on a lancés là bas

Dans la blancheur du grand désert d’Atacama

 

Paix à l’enfant soldat chassant dans les rizières

Un autre enfant traqué de son pays en guerre

On l’a shooté à mort, croyant qu’il oubliera

Le regard terrifié de son frère qu’il abat

 

Paix à la fille sans nom qui pleurait en douceur

Au bord d’un marigot pour conjurer sa peur

Sur son corps dénudé, jeté le sac d’école,

Les soldats ont gravé l’humiliation du viol

 

Paix aux peuples innocents qu’on veut éradiquer.

Cachés sous le mépris de la conscience morte

Ils meurent en silence derrière des barbelés

N’espérant plus jamais l’ouverture d’une porte

 

Paix à la mère perdue cherchant sur un chemin

De terre et de sang noirs un signe du destin

La fin d’un cauchemar, réveil, qui remplira

Cet arrondi du vide où l’enfant ne dort pas

 

Paix à la Palestine, à l’enfant de Gaza

Au déluge de fer qui répondait aux pierres

Aux arbres calcinés, à la terre sacrifiée,

À l’agonie des hommes que l’on n’écoute pas

 

Paix aux morts innocents, au jour des attentats

Paris-Charlie, Mali, Nigeria, Sri Lanka

à la colère des dieux, à la folie des hommes

qui massacrent en priant ou déferlent en pogrom

 

Paix à la terre meurtrie, aux forêts qu'on abat

au paysan qui tombe en implorant la pluie

à la mort programmée des pôles à l'agonie

aux enfants affamés que le temps n'attend pas

 

Paix à tous ceux qui vendent, qui trafiquent et fabriquent

Des armes en tout genre pour une poignée de fric

Je rêve que leurs mains s’ouvrent sur des colombes

Où le labeur des hommes dessine un autre monde

 

Paix aux incarcérés, jugés, exécutés

Pour avoir résisté au vent des oriflammes

À ceux qui disaient non aux bombes et au napalm

À ceux qui disent oui à la fraternité

 

Paix aux miens, paix aux vôtres

Et paix à tous les autres

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 14:44

De stéphane Robelin , vu ce film :"et si on vivait tous ensemble".

Au delà du propos, sympa, envie de parler de ma vieillesse à moi. Un mot qui n'est plus trop à la mode, on dit seniors, comme la carte, ou encore "ainés" ou troisième âge , ou je ne sais quoi. Moi j'aime bien dire "vieux, vieille", car quoique vous, nous, fassions pour faire semblant, de ne pas l'être, vieux, le calendrier ne ment pas...

ET ON S'EN FOUT !

Je n'ai pas aimé passer la barrière des 60 ans, j'avoue que ça m'a même franchement déprimée, mais, au final, de ce coté de la barrière on est exactement la même qu'avant, et autant dire que si on s'y prend bien, si on accepte les bourrelets, les pattes d'oie et les cheveux blancs, y'a même moyen de bien rigoler.

J'ai beaucoup aimé Claude Rich, un des acteurs du film quand lui et moi avions 40 ans de moins. J'ai aimé le petit bidon et les rides radieuses du vieux cochon qu'il est dans le film en question, et le pli amer de Bedos, et la figure taillée à la serpe de Géraldine Chaplin, et l'air hagard de Pierre Richard (finalement ils n'ont pas du tout changé), la seule qui dénote au fond, c'est la belle Fonda de l'Oréal dont on se demande ce qui lui reste d'origine ! L'identité , c'est ce qui reste identique, quoi qu'il se passe. Plus on est vieux, plus on a d'identité, dites vous bien cela ! et comme je réponds parfois à de jeunes cons, qui me trouve "vieille conne" ( ben oui !) : "on verra dans quel état tu seras à mon âge... si tu arrives jusque là!"

Quand on est une femme, on est bien plus libre en étant vieille, même plus peur de trainer dans des endroits sordides, on sait que si on risque le braquage, on ne court plus le risque du viol, et comme, vu le niveau de ma retraite y'a plus grand chose à braquer... 

Enfin, de quoi les vieux ont-ils peur ? on a perdu tout ce qu'on avait à perdre, et n'ayant plus rien à perdre, n'ayant plus de patrons dont il faut lécher le cul, de comptes à rendre, de frais de séduction, n'ayant plus besoin d'apparence, de silence, d'enfants à charge, on peut, enfin, ouvrir sa gueule ... et si ça parait trop intempestif, une brève confusion peut faire passer tout ça pour un malheureux pré-Alzheimer, ou un taux excessif d'originalité (ce qui était une sorte d'injure dans ma jeunesse) .

Alors ! les vieux, l'Anarchie ça ne vous tente pas ? qu'est ce que vous en avez à faire des "économies d'une vie", de la respectabilité et du gris souris ? Ne pourriez-vous vous foutre royalement de tous ces gens qui veulent vous expliquer, à vous, pleins de sagesse et d'expérience, comment il faut penser, voter... et s'écraser ???

Ma grand mère paternelle, qui avait été une garce toute sa vie (avec quelques excuses cependant) enveloppait son caca dans des papiers de bonbon qu'elle offrait aux infirmières de la maison de retraite, ce qui prouve qu'elle n'était pas si folle que ça. Moi ça me fait plutôt marrer, cette histoire !

Et puisqu'on arrive au voisinage de la Mort, mais pas plus vite que le motard qui roule à 250 à l'heure, ou le gamin d'Alep qui va chercher le pain, on se dit qu'on sera les premiers à jouir du repos éternel, ce qui n'est pas une mince satisfaction. En faisant comme celui, anonyme, dont j'ai vu ces jours ci le tombeau, au cimetière Montmartre, avec cette seule mention : "mourir, plutôt crever ! "

Un doigt d'honneur et ... ni Dieu, ni Maitre !

 

cimetièreMontmartre

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 21:51

 

Premier mai :  rouge et noire manif, je défile toujours avec les anars, leurs protestations sont plus gaies, et leurs cadences plus inégales !

Sur un banc quai du Steir, premier soleil depuis des semaines. Et un sandwich vite attrappé dans le seul magasin ouvert de tout le quartier.

Devant moi, les miettes échappées du casse-dalle. Trois gros oiseaux accourent en dandinant vers la manne convoitée. Rapide, fulgurant, un petit piaf vient leur voler droit sous le bec. Les trois gros se retrouvent pigeons à plus d'un titre. Le morceau de pain tombe et retombe mais le petit s'accroche. Afflux d'affamés lourdauds qui se bastonnent pour rien. Le piaf n'aura pas tout perdu.

Et là, un vieux monsieur. Il fait semblant, semble-t-il, de téléphoner dans la seule cabine qui doit rester à mille lieues à la ronde. Et s'approche. Fait beau, dit-il. Oui, je dis. Vous vous y connaissez en pigeons, il demande. Pas trop, je réponds. Il bredouille quelque chose. Je réponds distraitement. Il regarde pensivement les emplumés qui débattent. Et tout à coup : vous croyez que cette variété là, on pourrait les manger ? Merde, il a faim ce vieux ! et moi, plus rien,  j'ai tout balancé aux oiseaux. Fin du sandwich. Fin de la conversation.

Il repart vers le banc d'à coté voir si la femme qui l'occupe a fini son quatre heures.

Pour un peu, je lui aurais bien dézingué un ou deux volatiles pour son déjeuner. Pas osé.

Mes copains anars, peut être, l'auraient fait !

 

Lap.08

 

De Quimper à La Paz, le pigeon ne change guère !

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 12:18

Les chocs répétés de l'indigence et de la haine sociale n'ont pas empêché les "grands" de fermer les yeux sur le climat délétère au goût de cadavre, étouffé dans son crachat et sa terrible déshérence.

Face à l'émergence de la brute, il n'y a que la fraternité qui tienne, et pas les calculs stratégiques du tout-pour-soi.

Moi, je n'ai pas peur. J'ai seulement envie de vomir ce relent d'infection collé sur ma langue qui n'arrive plus à crier.

Nous entrons dans un tunnel et savons ce qui nous y conduit : le petit confort, le manque de vigilance, l'égoïsme, le fatalisme et la peur.

Et la peur !

Peur de manquer, pour ceux qui manquent déjà. Peur d'être dépossédés, pour ceux qui possèdent. Peur du noir, pour les presque aveugles. Peur du rouge, pour les excités. Peur d'être laissé face à son destin avec le devoir de choisir seul. Peur de l'enfant cherchant l'amour et qui, à force de provocation, ne reçoit que des coups.

Toutes ces peurs contradictoires, sous estimées, banalisées, sont le ressort d'une adhésion complexe, et si simple en même temps : comme la fatigue qui saisit le marcheur et le fait tomber là où il ne sait pas encore que sa chute est mortelle.

Je voudrais bien parler aux hommes, aux femmes de ce bord là, aux jeunes inquiets, aux vieux dont les machoîres se serrent. mais je ne connais pas les mots fauchés par la douleur de la négation et du refus.

Ceux qui se dandinent avec l'arrogance des nantis, ceux qui arpentent les avenues pavées de fric, ceux qui entassent, ceux qui s'aveuglent, font plus que voler au peuple ce qui lui revient de droit par simple justice, par simple égalité. Ils le précipitent dans le désespoir aux mains sales, aux griffes animales, prêtes à le dépouiller du seul bien qui lui reste : la solidarité nécessaire.

Mais aussi ceux qui, par calcul, par stratégie, avec ce léger mépris envers celui qui ne compte pas mais qui se donne, ceux là aussi mettent sur la place, sans le reconnaitre, l'ignominie de leur indifférence et laissent les portes grandes ouvertes à l'enfer qu'ils veulent ignorer, qu'ils laissent grandir et se gaver, pourvu que leurs mains restent propres dans leurs poches bien serrées. Et continuent à croire que cela fera bien leur affaire, que la foudre tombe toujours à coté, que les petits dorment encore. Mais ils oublient la terrible violence de la faim, de la négligence et du ghetto. Ils oublient que le mal a déjà posé sa main sur nos épaules et qu'il peut nous broyer.

Vous, les tenants du pouvoir, les avides, les grands chefs, les ordonnateurs de festivités tapageuses, les cireurs de pompe du capital, vous avez flatté la bête, qui vous mord jusqu'au sang.

Mais vous, les sociaux-démocrates qui détournez les yeux et recomptez sur vos calculettes, le beurre, le prix du beurre et vos paquets de voix, paquets de chiffres, pour un marchandage sans âme, vous risquez à la fin de ne plus retrouver la vôtre, noyée sous le déni de réalité qui vous tient à la gorge.

Nous avons entendu, durant toutes ces semaines, une autre voix qui clamait le danger.

Qui a préféré l'utilitaire, le calcul ou la peur ?

Pauvres français, pauvre nous !

Pourtant, je souhaite à tous que la tristesse d'aujourd'hui soit le coeur battant d'un nouveau jour, où le combat toujours reprend, où le drapeau toujours se lève, où le matin toujours renait, rouge d'aurore et de promesses.

Nous sommes des millions.

On ne lâche rien, On ne demande rien.

Nous serons debout, encore debout, face à la bête immonde

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 18:22

Et puisque c'est bientôt Noël, plus que de la bouffaille, ou de la consommaille, je préfère offrir ce texte que j'avais écrit pour le mouvement de la paix le 8 mai 2011.

J'ai un peu modifié et augmenté ce texte en 2019. Je dépose ici la nouvelle version

 

Paix aux miens, paix aux vôtres

Et paix à tous les autres

 

Paix aux morts des tombeaux, au marbre et aux statues

À la fleur au fusil sur le front des vaincus

Aux gars des der des der qui lançaient leurs chansons

En vain, la peur au ventre, dans le bleu horizon

 

Paix au pays conquis dans le fracas des armes

Quand la loi du plus fort vient soumettre les âmes

Enchaîné comme un nègre, mort comme un bon indien

Soumis comme la femme, et rouge comme le vin

 

Paix aux villes martyres qu'on a abandonnées

à la coulée des pleurs, aux ruines du passé

quand la mort épousait la brûlure de l'atome,

aux déluges de fer qui transpercent les hommes

 

Paix aux folles d’Argentine, aux mères du Chili

Qui réclamaient justice pour leurs enfants meurtris

Torturés, démembrés, qu’on a lancés là-bas

Dans la blancheur du grand désert d’Atacama

 

Paix à l’enfant soldat chassant dans les rizières

Un autre enfant traqué de son pays en guerre

On l’a shooté à mort, croyant qu’il oubliera

Le regard terrifié de son frère qu’il abat

 

Paix à la fille sans nom qui pleurait en douceur

Au bord d’un marigot pour conjurer sa peur

Sur son corps dénudé, jeté le sac d’école

Les soldats ont écrit l'humiliation du viol

 

Paix aux peuples innocents qu’on veut éradiquer

Cachés sous le mépris de la conscience morte

Ils meurent en silence derrière des barbelés

N’espérant plus jamais l’ouverture d’une porte

 

Paix à la mère perdue cherchant sur un chemin

De terre et de sang noirs un signe du destin

La fin d’un cauchemar, réveil, qui remplira

Cet arrondi du vide où l’enfant ne dort pas

 

Paix à la Palestine, à l’enfant de Gaza

Au déluge de fer qui répondait aux pierres

Aux arbres calcinés, à la terre sacrifiée

À l’agonie des hommes que l’on n’écoute pas

 

Paix aux morts innocents, au jour des attentats

Paris-Charlie, Mali, Nigeria, Sri Lanka

à la colère des dieux, à la folie des hommes

qui massacrent en priant ou déferlent en pogrom

 

Paix à la terre meurtrie, aux forêts qu'on abat

au paysan qui tombe en implorant la pluie

à la mort programmée des pôles à l'agonie

aux enfants affamés que le temps n'attend pas

 

Paix à tous ceux qui vendent, qui trafiquent et fabriquent

Des armes en tout genre pour une poignée de fric

Je rêve que leurs mains s’ouvrent sur des colombes

Où le labeur des hommes dessine un autre monde

 

Paix aux incarcérés, jugés, exécutés

Pour avoir résisté au vent des oriflammes

À ceux qui disaient non aux bombes et au napalm

À ceux qui disent oui à la fraternité

 

Paix aux miens, paix aux vôtres

Et paix à tous les autres

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 13:37

D'aucuns n'ignorent pas qu'il m'arrive à des heures perdues, ou gagnées sur le quotidien, de pratiquer de façon plus qu'intermittente un métier de diseuse, de comédienne, ou de transmetteuse, en particulier dans le domaine de la poésie. Le dernier spectacle dans lequel je me mets en scène et en mots avec une amie pianiste, est axé sur la poésie de Pablo Neruda.

Cela vous dit quelque chose , n'est ce pas ? Neruda, Chili, Allende, Unita popular, coup d'état, 11 septembre ... nous y voilà !

A la fin du dit spectacle je me permets de rappeler aux spectateurs cet autre 11 septembre de 1973, qui vit les forces du "chaos" emmenées par les USA et un futur nobel de la Paix , Henri Kissinger, flinguer à bout portant une démocratie légitime d'amérique du sud  qui échappait à leur influence.

Neruda, chantre poétique de la révolution chilienne mourut le 23 septembre 1973, quelques jours après son ami Salvador Allende. Malgré l'interdiction des putschistes, le peuple assista en masse à ses obsèques, après qu'il eût écrit ceci dans son dernier poème :

«Je veux vivre dans un pays où il n'y a pas d'excommuniés.
Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette.
Je veux qu'on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries.
Je veux qu'on n'attende plus jamais personne à la porte d'un hôtel de ville pour l'arrêter, pour l'expulser.
Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie.
Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos.
Je veux que l'immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s'épanouir.»

 

A Quimper en mai, une dame vient me voir après le spectacle et me dit : "Bravo ! vous êtes courageuse d'avoir évoqué de cette façon le 11 septembre, c'est tellement connoté aujourd'hui !"

Et voilà que je lis dans "Le Télégramme" de ce samedi 11  septembre, sous la plume d'un autre courageux , Hervé Hamon, donc, les lignes qui suivent et que je ne résiste pas ( qu'il me pardonne de l'emprunt ) à la satisfaction de les reproduire in extenso.

 

L'AUTRE 11 SEPTEMBRE

 

"Les Américains ont bien raison de commémorer leurs morts, victimes d'un terrorisme qui n'était pas si aveugle que cela et dont l'efficacité fut redoutable. S'il n'y eut point, en l'occurrence, de «choc des civilisations», comme l'ont prétendu les amateurs d'idées simples et de raccourcis assassins, le crime fut presque parfait et ne saurait être prescrit. Même si des imbéciles s'obstinent à confondre une religion, l'Islam, avec son odieuse caricature, ou s'offrent à jeter son livre saint au bûcher, notre devoir de mémoire et de solidarité reste entier.

Mais un 11septembre peut en cacher un autre. Le 11septembre 1973, Salvador Allende, président démocratiquement élu de la République chilienne, fut assiégé dans son propre palais, la Moneda, au coeur de Santiago. Les putschistes étaient des militaires qui lui avaient juré obédience, et leur chef, Augusto Pinochet, avait été nommé par Allende lui-même au commandement suprême des forces armées.

Depuis la veille, comme par hasard, la marine chilienne et l'US Navy menaient ensemble des manoeuvres au large de Valparaiso. Le président Nixon ne cachait pas son exaspération devant ce «marxiste» élu contre toute attente dans son pré carré, et le conseiller spécial Henry Kissinger, qui obtint le prix Nobel de la Paix, fut par la suite le seul diplomate - ou peu s'en faut - qui continua d'entretenir des liens étroits et amicaux avec la junte chilienne.

Bombardé par l'aviation, encerclé par les chars, Allende refusa de se rendre. Le numéro deux des putschistes félons téléphona pour lui offrir un avion vers l'exil (on sut plus tard que l'intention des insurgés était de le balancer par-dessus bord), mais le président refusa, fit sortir tous ses amis et son personnel, puis se suicida dans son propre bureau avec une arme automatique.

La répression fut effroyable. Les stades débordèrent d'hommes et de femmes raflés, dont beaucoup subirent les pires exactions et furent l'objet de massacres collectifs. Toutes les libertés, tous les partis, tous les syndicats, tous les journaux furent proscrits. La police politique, la terrible Dina, commença son travail. On estime à plus de 150.000 les citoyens emprisonnés, à 25.000 les torturés, à plusieurs milliers leurs compatriotes disparus. Pinochet tenta d'effacer les traces de ces exactions, mais les témoins subsistent. Récemment, un cortège énorme, où se mêlaient jeunes et vieux, a porté en terre les restes de Victor Jara, chanteur magnifique dont les mains furent coupées au stade national, avant liquidation violente. Le devoir de mémoire ne se partage pas. Puisse le souvenir du 11septembre 2001 ne pas occulter celui du 11 septembre 1973. "

 

Est-il besoin d'en dire plus ?

Et merci à lui de l'avoir rappelé aux nombreux lecteurs de son journal

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 13:55

Il n'y a aucun évènement de la vie sociale qui, plus que le deuil, suscite des rituels et des rassemblements d'individus pour affermir la convention permettant à la vie, une fois ceux ci accomplis, de reprendre son cours normal et mouvementé.

tant que le mort est encore présent, la mort arrête le temps, suspendu en un point d'exclamation incrédule, douloureux, ou révolté, que le passage par un autre espace temps, celui du rite, permet de dépasser.

je ne sais pour quelle raison ces questions m'ont toujours fascinée.

quand j'étais en fac de psycho, j'avais rédigé mon mémoire de fin de licence sur le thème "la mort et l'imagination de l'au delà", ayant eu connaissance à cette époque du livre d'Anatole Le Braz "légende de la mort", alors peu lu en dehors de la Bretagne, où je ne résidais pas

j'ai plongé, avec une sorte de trouble délicieux dans l'étude des rituels au travers des cultures et des traditions mortuaires qui les accompagnent

cette rêverie symbolique et culturelle résiste-t-elle à l'épreuve de la réalité pour celui, celle, dont je suis, qui ne croit en aucun au-delà ?

ainsi  divaguaient mes pensées, lundi, lors d'un deuil familial et d'une cérémonie empreinte d'un recueillement bien marqué du sceau du catholicisme le plus affirmé

comme lorsque j'écoute la musique de Bach, ou que je visite une cathédrale, mon coeur voudrait se tourner vers la beauté humaine des choses et non vers le ciel qui rajoute à la gratuité du beau et, dans ce cas, à la simplicité naturelle du rite, un sens omniprésent, étouffant, asséné et perturbateur qui fait parfois monter la colère au lieu de la pitié, le ressentiment en lieu et place de la tendresse, la révolte là où l'humanité ne devrait qu'être amour et compassion

comme si la petite maman ratatinée qui gisait dans le cercueil ne pouvait suffire à emplir ses amis, sa famille, de larmes attendries, mais qu'il eût fallu, pour faire bonne mesure, y accoler sans fin le nom de dieu et de tous ses saints pour accorder à cette vie là une once de valeur "en soi"

le rite de partage et de passage, ainsi pollué par un appel constant à l'espérance des croyants, devient pour l'incroyant un moment où le mensonge se subsitue à la beauté véridique et humaine de l'accomplissement des créations, des naissances, d'enfants ou d'oeuvres, que sont nos humbles productions et nos parcours insensés.

j'eusse aimé que le nom seul de cette petite vieille, soufflé comme une bougie qui n'a plus de réserve, demeurât un instant sur nos têtes et restât dans les coeurs sans plus d'explications et de pesants appels à l'éternité du songe au delà de la mort nécessaire.

le rite m'avait semblé autrefois ce moment universel où l'on referme un livre, chacun ayant écrit sa page, mais je ne vois nulle part où il en soit ainsi

ce que j'aimais dans mes études n'était donc pas la vision du rituel, mais celle du mort, dénudé face au silence et au vertige du mystère, sans effet de prière pour conjurer quelle peur ? sans autre lieu, espace, et temps que celui d'un arrêt où le vivant reprend son souffle, avant de repartir vers sa mort douce, panthère gracile à l'équilibre d'un arbre ignoré

 

mortdouce

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 13:00
quelques poèmes encore, pour toutes les femmes, de tous les jours
et une image de notre "freezing" concarnois 


8mars13

dans les sèves
dans sa fièvre
écartant ses voiles
craquant ses carapaces
glissant hors de ses peaux

la femme des longues patiences
se met
lentement
au monde

dans ses volcans
dans ses vergers
cherchant cadence et gravitations
étreignant sa chair la plus tendre
questionnant ses fibres les plus rabotées

la femme des longues patiences
se donne
lentement
le jour

Andrée Chedid


impose ta chance
sert ton bonheur et va vers ton risque.


A te regarder,
ils s'habitueront.

René Char

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 11:33
il est vrai qu'un jour par an pour tout redire, c'est peu ... mais voilà :

Nous avons fait hier à Concarneau (29) un défilé d'anti mode qui s'est appelé
"belles mais harnachées"

dont voici le poème de présentation...  qui parlera mieux qu'un long discours


Corseter, entraver, baleiner, aiguiller, bander, pincer, brider, lacer, peser, marquer, serrer, visser, fermer, ceinturer, ...

Tout ce que le vocabulaire imagine comme étant lié au supplice a été utilisé pour la toilette des femmes.

Parce qu’ainsi harnachées,
telles des pouliches qu’on mène à la saillie,
à bout de souffle et de résistance,
elles ne risquaient pas
de s’échapper, de se sauver, de s’enfuir, de divaguer, de courir, cavaler, balader, danser, baguenauder,
de se détourner en un mot du droit chemin,
ligne la plus courte entre un père et un mari,
entre un fourneau et un berceau,
entre un fantasme et un vouloir,
qui n’étaient pas les siens.



avec l'envie aussi, de réhabiliter en ce jour la belle et vraie nudité... qui fait fi du "bridage" façon poulette !

      avec une amie modèle, nous avions en 2001, au moment de l'offensive des talibans,
      proposé un atelier public de modèle vivant

      simplement pour dire que
      dans certaines parties du mode,
      montrer sa cheville, ses cheveux, ses seins ou sa bouche est passible de la peine de mort

pour nous qui posions nues, le risque n'était pas si grand !

bosom




en conclusion
un beau texte  de Frank Lalou extrait de "tes seins sont des grenades - pour en finir avec le cantique des cantiques" (editions alternatives)

Éloge de la nudité
Les corps sont toujours à nu. L'homme et la femme sont nus. Les jambes, le nombril, les seins, le sexe, le cou, les yeux, tout le cadastre corporel est visité. Ils sont nus et en mouvement. Ces corps nus ne sont pas des académies statiques, des statues de musée. Ils vont par les montagnes, sautent les collines, courent la campagne, s'offrent parmi les rangs des vignes. Mais qu'ont-ils fait de cet enseignement de la nudité, ceux qui nous ont transmis ce Cantique ? Ils sont toujours habillés de la tête aux pieds. Ils sont engoncés dans leur chasuble, ils sont coincés dans leur vêtement sacerdotal. Les uns n'ont même pas femme, ne peuvent même pas explorer les paysages intimes dont on leur parle, les autres ont des femmes qu'ils veulent toujours surmontées d'une coiffe, ou pire d'une perruque, ou pire encore d'une perruque sous une coiffe. Les uns ne nous montrent qu'un seul corps, couvert de plaies, les paumes crevées par des clous, les pieds dégoulinant de sang. Les autres couvrent les jambes de leur bien-aimée de bas, les bras de leur bien-aimée de longues manches. Ils se cachent tous pour s'habiller, se déshabiller, pour se laver, pour se baigner. Ils éteignent pour faire l'amour. Quel cantique nous écriraient-ils ? Quelle Sulamith timorée ? Quelle tristesse sortirait de leur plume malade ?

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 11:58
au cours d'aventures poétiques et spectaculaires qui datent quand même de presque 20 ans, j'ai eu le plaisir de travailler avec anne-do, une artiste récupératrice (avant , bien avant, que cela ne soit dans les préoccupations ambiantes)

poésie absolue, regard amoureux sur les choses extraordinaires de l'ordinaire quotidien, et, cerise sur le gateau (sur le gaté? :-), actions positives et pédagogiques de sensibilisation à l'utilisation des déchets pour en faire des merveilles anachroniques et délirantes

je me souviens... d'un spectacle créé en 1994 (me souviens-je bien , à moins que ... 93? ou 9.3 comme elle vit?) autour du texte de calvino "les villes invisibles" (que j'invite chacun à lire d'extrême urgence !!)

si j'avais retrouvé une image montrable de ce spectacle ...
mais bon !

pour l'heure il faut filer voir le site de DECHETS D'ARTS


avec les créations, les idées, la poésie brute de la nouvelle vie des objets

je ne sais pas si cela change le monde
mais je sais que si nous étions tous à fabriquer de la beauté
dans ce monde et à partir de lui
il s'en porterait mieux
et nous aussi !



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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 14:35

 

discours contradictoires de politiques français à Dakar à propos de l'esclavage et autres avanies subies par les africains de la part des européens au moment des traites négrières, colonisation, et  pillages organisés...

alors, faut-il demander pardon ?

il semble qu'il y ait une différence fondamentale de nature entre "reconnaissance" et "repentance" : la première est de l'ordre de la justice, du respect des vérités historiques et humaines que les évènements en question ont souvent malmenées, la seconde de l'ordre d'un discours moralisateur qui, n'engageant que les mots, traduit par une sorte de vertige d'abaissement, l'idée qu'on se met ainsi à la portée de celui qu'on a blessé
c'est à dire qu'on n'est jamais à la bonne hauteur pour se regarder en face, au bout du compte, et que cette pseudo humiliation ne recouvre que des ambiguités douteuses qui nous font ainsi rejeter des fautes irréparables vers les poubelles fatalistes de l'histoire.

je ne demande pas pardon pour les actes de mes ancêtres, même si je les trouve odieux, même si je clame haut et fort qu'ils ont existé et que ce furent des tragédies, parce que c'est aujourd'hui et maintenant qu'il m'appartient de considérer l'autre sans arrogance, de le respecter autant que de demander son respect en retour, sachant que ce sentiment entre nous ne peut exister que par nos actes en présence

n'allez pas croire que je serais prête à reconnaitre le "rôle positif de la colonisation" ( me suis-assez battue contre cette loi !), ni que je n'ai sentie, maintes et maintes fois, combien ma peau de blanche avait une signification douloureuse intégrée au profond de nos inconscients lors de rencontres avec vous, amis africains.
tout cela je le reconnais, c'est à dire que j'accepte que cela me revienne à la conscience, avec l'histoire, avec les mots, avec les images insoutenables de ces déchéances que vous avez endurées

mais pour moi vous n'êtes pas déchus, vous n'êtes pas à terre
je ne vous relève pas
je ne m'agenouille pas

je vous écoute et je vous parle
je comprends que je ne comprends pas tout

il est certain que jamais , au grand jamais je ne m'autoriserai à dire que  "vous n'êtes pas entrés dans l'histoire" ou que "Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé." (discours de Nicolas Sarkozy à Dakar)

cette intolérable façon de savoir mieux que l'autre ce qui est bon pour lui, de lui asséner des jugements portés en fonction de ses propres analyses, sans aucune distance, sans aucune écoute, sans aucun doute, mais avec le mépris avéré de celui qui croit pouvoir se le permettre, me met en fureur

mais je  ne peux pas me repentir

parce que je ne cautionne ni ce qu'ont fait mes pères ou mes semblables, ni ce qu'ont fait ou feront les français, les blancs, les européens à votre égard

la couleur de peau ne crée pas, pour moi cette sorte de fraternité solidaire, donc pas cette redevance à l'expiation de ce que je n'ai pas commis

je vous respecte et je vous aime, pas à cause de votre couleur, ni en dépit d'elle, mais parce que nous nous rencontrons et que nous nous acceptons
égaux et différents
frères et étrangers
semblables et inconnus

 

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  • : Chroniques, poésies, photos, créations pour illustrer mes voyages, mes rencontres avec les humains solidaires, avec l'Art et les cultures, ici et partout ailleurs. Livres parus à ce jour : "lettres d'Anisara aux enfants du Togo" (Harmattan), "Villes d'Afrique" et "Voyager entre les lignes" (Ed. Le Chien du Vent)
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